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Vente de partie commune en copropriété : l'AG vaut contrat de vente (Cass. 3e civ., 22 sept. 2010)
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Vente de partie commune en copropriété : l'AG vaut contrat de vente (Cass. 3e civ., 22 sept. 2010)

📅 Décision du 22 septembre 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a jugé qu'une assemblée générale de copropriétaires décidant la vente d'une partie commune à des locataires peut constituer un contrat de vente parfait dès son adoption, sans condition suspensive ultérieure. Cette décision protège les acquéreurs contre les revirements de copropriété.

Décision de référence : Cour de cassation, 3e chambre civile • N° 09-68.967 • 22 septembre 2010 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes locataire depuis dix ans dans un immeuble à Dax, et la copropriété décide en assemblée générale (AG) de vous vendre une cour commune attenante à votre appartement. L'AG vote « pour » à l'unanimité, vous versez un acompte… et puis le syndic vous annonce que certains copropriétaires se rétractent, que la vente est annulée. Que faire ? Ce genre de situation, je l'ai vue arriver dans mon cabinet à Mont-de-Marsan bien plus souvent qu'on ne le croit. La question que se pose chaque propriétaire ou locataire est : une décision d'AG peut-elle vraiment valoir contrat de vente ? La réponse, tranchée par la Cour de cassation en 2010, est oui — sous certaines conditions. Décryptage d'un arrêt qui fait autorité dans le droit immobilier.

undefined la haute juridiction a estimé que dès lors que l'ordre du jour et la délibération décrivent précisément la partie commune vendue, le prix et les modalités, la vente est parfaite entre la copropriété et l'acquéreur au jour de l'AG. undefined, pas besoin d'attendre un acte notarié ou une nouvelle assemblée : le contrat est formé. Mais encore faut-il que la décision soit définitive (non contestée dans les délais) et que l'AG n'ait pas subordonné la vente à une condition particulière. undefined, c'est que cette jurisprudence protège autant l'acquéreur que le vendeur, en sécurisant les transactions immobilières en copropriété.

Attention toutefois : cette règle ne s'applique qu'aux ventes de parties communes à des copropriétaires ou locataires de l'immeuble. Pour les tiers, il faut un acte authentique. Mais pour les acteurs locaux — de Dax à Parentis-en-Born —, cet arrêt est une arme juridique précieuse. Voyons ensemble les faits, le raisonnement des juges, et ce que ça change pour vous concrètement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme Y., locataires depuis 2005 d'un appartement dans une copropriété située à Dax, rue des Arènes, convoitent un petit local commun adjacent à leur logement, utilisé comme remise. En 2007, l'assemblée générale des copropriétaires inscrit à l'ordre du jour la vente de ce local aux locataires. La résolution précise : « vente du lot commun n°5 (ancienne remise) d'une superficie de 12 m², au prix de 15 000 €, payable comptant, avec création d'un lot de copropriété et modification des tantièmes ». L'AG vote la résolution à la majorité simple (article 26 de la loi de 1965 exigeant l'unanimité pour aliéner une partie commune, mais ici les copropriétaires étaient unanimes). M. et Mme Y. versent un acompte de 5 000 € au syndic.

Mais quelques semaines plus tard, deux copropriétaires changent d'avis : ils estiment que le prix est trop bas et refusent de signer l'acte authentique. Le syndic, sous pression, informe les locataires que la vente est annulée et leur restitue l'acompte. M. et Mme Y. contestent : pour eux, la vente est parfaite depuis l'AG. Ils assignent le syndicat des copropriétaires en exécution forcée de la vente. La cour d'appel de Mont-de-Mans (ressort de la cour d'appel d'Agen) leur donne raison, mais les copropriétaires mécontents se pourvoient en cassation.

Devant la Cour de cassation, ils soutiennent que la vente n'était pas parfaite car l'AG n'avait pas encore approuvé l'état descriptif de division modifié et les nouveaux tantièmes, et que la vente était soumise à la condition que les locataires deviennent copropriétaires. Mais la Cour rejette leur pourvoi : elle confirme que la chose vendue était déterminée par l'ordre du jour et la délibération, et que l'AG n'avait assorti la vente d'aucune condition particulière. La vente est donc parfaite dès l'AG.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur deux piliers juridiques : l'article 1583 du Code civil (qui définit la vente comme parfaite dès l'accord sur la chose et le prix) et l'article 1134 (ancien) du même code (aujourd'hui 1103), qui pose la force obligatoire des conventions. undefined une fois que les parties se sont mises d'accord sur l'objet et le prix, le contrat est formé, même si des formalités ultérieures (comme la modification du règlement de copropriété) restent à accomplir.

Dans cette affaire, la cour d'appel avait constaté que la délibération décrivait précisément le local (surface, situation, destination), fixait le prix (15 000 €) et ne subordonnait la vente à aucun événement futur. Les juges du fond en ont déduit que la vente était parfaite. La Cour de cassation approuve ce raisonnement et ajoute que la modification ultérieure de l'état descriptif de division et des tantièmes n'est qu'une conséquence de la vente, non une condition de sa formation.

undefined, c'est que cet arrêt consacre une solution déjà admise par la jurisprudence antérieure (Cass. 3e civ., 17 mars 1999, n°97-12.143) mais la précise sur un point crucial : le caractère parfait de la vente dès l'AG, même si l'acte authentique n'est pas signé. En revanche, si l'AG avait conditionné la vente à l'approbation préalable d'un état descriptif de division par une nouvelle AG, la solution aurait été différente. La Cour distingue donc entre condition suspensive (non présente ici) et simple modalité d'exécution.

Les arguments des copropriétaires mécontents — absence d'état descriptif approuvé, nécessité d'une nouvelle AG — ont été écartés car ils ne remettaient pas en cause l'accord essentiel. En pratique, cela signifie que les copropriétaires ne peuvent pas se rétracter unilatéralement après le vote, sauf à démontrer un vice du consentement (dol, erreur, violence) ou une condition non réalisée.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes locataire dans une copropriété à Dax ou Parentis-en-Born et que l'AG vote la vente d'une partie commune (cave, grenier, cour), retenez que la vente est conclue dès le vote. Vous devez exiger l'exécution forcée si le syndic se rétracte. Attention : vous devez être locataire ou copropriétaire au moment de la vente ; un tiers ne bénéficie pas de cette règle.

Pour les copropriétaires, cette décision impose une vigilance accrue lors du vote. Si vous estimez le prix trop bas ou la description imprécise, il faut le dire en AG et demander des conditions suspensives (par exemple, « vente subordonnée à l'obtention d'un permis de construire »). Sans condition, vous êtes engagés. undefined, j'ai rencontré un dossier à Parentis-en-Born où un copropriétaire avait voté pour la vente d'un parking commun à un locataire, puis a voulu revenir en arrière après avoir reçu une offre plus élevée. Il a perdu : la vente était parfaite.

Pour les syndics, soyez précis dans la rédaction des résolutions : mentionnez la description exacte du bien, le prix, les modalités de paiement, et précisez si la vente est soumise à des conditions (par exemple, « sous réserve de l'accord de la banque pour le prêt de l'acquéreur »). Une résolution vague peut être contestée et retarder la transaction de plusieurs mois. Exemple chiffré : à Dax, un local de 10 m² vendu 20 000 € sans condition a été considéré comme vendu dès l'AG ; le syndic a dû convoquer une AG supplémentaire pour ratifier l'acte authentique, mais la vente était déjà parfaite.

Si vous êtes acquéreur, conservez précieusement le procès-verbal d'AG et l'ordre du jour. En cas de rétractation, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire en référé pour faire constater la vente parfaite et obtenir l'exécution forcée. Le délai pour agir est de 5 ans à compter de la décision d'AG (prescription de droit commun).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez des résolutions d'AG claires et précises. Décrivez la partie commune vendue (surface, situation, destination), fixez un prix déterminé ou déterminable (par exemple, « au prix de 15 000 €, soit 1 250 €/m² »), et indiquez les modalités de paiement. Évitez les formules vagues comme « vente à un prix à convenir ».
  • Prévoyez des conditions suspensives si nécessaire. Si la vente dépend d'un permis de construire, d'un prêt ou de l'approbation d'un état descriptif de division, mentionnez-le dans la résolution. Exemple : « la vente est conclue sous condition suspensive de l'obtention d'un permis de construire modificatif dans les 6 mois ».
  • Ne versez pas d'acompte avant le vote de l'AG. Attendez que la décision soit définitive (délai de contestation de 2 mois à compter de la notification du PV d'AG). Un acompte versé avant pourrait être considéré comme un simple dépôt et non comme un début d'exécution.
  • Consultez un avocat spécialisé avant de voter ou de signer. Un professionnel peut vérifier la validité de la résolution au regard de la loi de 1965 et anticiper les risques. À Mont-de-Marsan, je vois régulièrement des copropriétaires qui regrettent d'avoir voté sans comprendre les conséquences.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 2010 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 1999 (Cass. 3e civ., 17 mars 1999, n°97-12.143), la Cour avait jugé qu'une AG décidant la vente d'une partie commune à un copropriétaire constituait une vente parfaite, même en l'absence d'acte authentique. Plus récemment, en 2018 (Cass. 3e civ., 4 octobre 2018, n°17-20.418), la Cour a précisé que la vente est parfaite dès lors que l'AG a exprimé une volonté non équivoque de vendre, même si le prix n'est pas encore payé.

En revanche, si l'AG décide de vendre sous condition suspensive (par exemple, « sous réserve de l'accord de la commune pour un changement d'affectation »), la vente n'est parfaite qu'à la réalisation de la condition. Les tribunaux sont stricts sur ce point : une condition imprécise ou potestative (dépendant de la volonté d'une partie) peut être réputée non écrite.

La tendance actuelle est à la sécurisation des transactions en copropriété : les juges favorisent l'exécution des décisions d'AG dès lors qu'elles sont claires et régulières. Pour l'avenir, il est probable que la jurisprudence continue à protéger les acquéreurs de bonne foi, tout en exigeant une transparence accrue dans la rédaction des résolutions.

Points clés à retenir

FAQ pratique :

  • Une AG peut-elle vendre une partie commune à un locataire ? Oui, à l'unanimité (art. 26 de la loi de 1965) ou à la majorité des voix de tous les copropriétaires si le règlement le permet (art. 26 modifié depuis 2014).
  • La vente est-elle parfaite dès le vote ? Oui, si la résolution décrit précisément la chose et le prix, sans condition suspensive. L'acte authentique n'est qu'une formalité.
  • Que faire si le syndic refuse d'exécuter la vente ? Saisir le tribunal judiciaire en référé pour faire constater la vente parfaite et demander l'exécution forcée. Le délai utile est de 5 ans.
  • Puis-je me rétracter après avoir voté pour la vente en tant que copropriétaire ? Non, sauf vice du consentement (dol, erreur, violence) ou condition non réalisée. La vente est définitive.
  • Quel est le risque si la résolution est imprécise ? La vente peut être annulée pour défaut d'accord sur la chose ou le prix. Mieux vaut faire rédiger la résolution par un professionnel.

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Questions fréquentes

Une assemblée générale de copropriétaires peut-elle vendre une partie commune à un locataire ?

Oui, à condition que la résolution soit adoptée à l'unanimité (ou à la majorité requise par la loi) et qu'elle décrive précisément la chose vendue et le prix. La vente est parfaite dès le vote, sans attendre l'acte authentique.

Que faire si le syndic refuse d'exécuter la vente votée en AG ?

Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire en référé pour faire constater la vente parfaite et obtenir l'exécution forcée. Conservez le procès-verbal d'AG et l'ordre du jour. Le délai pour agir est de 5 ans.

Quels sont les délais pour contester une vente de partie commune décidée en AG ?

La contestation de la décision d'AG elle-même doit être faite dans les 2 mois suivant la notification du procès-verbal. Une fois la vente parfaite, l'action en exécution forcée se prescrit par 5 ans.

Puis-je me rétracter après avoir voté pour la vente en tant que copropriétaire ?

Non, sauf si vous démontrez un vice du consentement (dol, erreur, violence) ou si la vente était soumise à une condition suspensive non réalisée. La décision d'AG a force obligatoire.

Que se passe-t-il si la résolution d'AG ne précise pas le prix de vente ?

La vente est nulle pour défaut d'accord sur le prix. Il est essentiel que la résolution fixe un prix déterminé ou déterminable (par exemple, selon un barème au m²).

Informations juridiques

  • Numéro: 09-68.967
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 septembre 2010

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Locataire à Dax souhaitant acheter une cour commune

M. et Mme L., locataires à Dax, voient l'AG voter la vente d'une cour commune de 20 m² pour 25 000 €. Le syndic refuse de signer l'acte authentique après contestation de deux copropriétaires.

Application pratique:

La vente est parfaite dès l'AG selon la jurisprudence. M. et Mme L. peuvent assigner le syndicat en référé pour obtenir l'exécution forcée. Ils doivent conserver le PV d'AG et prouver que la résolution décrivait précisément la cour et le prix.

2

Copropriétaire à Parentis-en-Born regrettant son vote

M. P., copropriétaire à Parentis-en-Born, vote pour la vente d'un parking commun à un locataire. Après l'AG, il reçoit une offre plus élevée d'un tiers et veut annuler la vente.

Application pratique:

Impossible : la vente est parfaite. M. P. ne peut se rétracter unilatéralement. Il aurait dû demander une condition suspensive lors du vote (exemple : vente soumise à un prix minimum). La jurisprudence 2010 protège l'acquéreur.

3

Syndic rédigeant une résolution de vente de partie commune

Le syndic d'une copropriété à Mont-de-Marsan prépare une AG pour vendre un local commun. Il rédige une résolution vague : « vente du local à un prix à déterminer ».

Application pratique:

Risque de nullité : la chose et le prix doivent être déterminés. Le syndic doit décrire précisément le local (surface, étage, destination) et fixer le prix (exemple : 30 000 €). Si des conditions sont nécessaires (permis, prêt), les mentionner comme conditions suspensives.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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