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Bail commercial : un congé avec clauses modifiées hors loyer vaut refus de renouvellement
Droit-immobilier

Bail commercial : un congé avec clauses modifiées hors loyer vaut refus de renouvellement

📅 Decisione del 11 gennaio 2024🔄 Updated on 18 October 2026⚖️ Cour de cassation👁️ 40 visualizzazioni📖 5 min di lettura

La Cour de cassation a jugé qu'un congé proposant un nouveau bail avec des clauses et conditions différentes du bail expiré (hors prix) constitue un refus de renouvellement, ouvrant droit à une indemnité d'éviction pour le locataire.

Décision de référence : cc • N° 22-20.872 • 2024-01-11 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes commerçant à Baume-les-Dames depuis quinze ans, vous recevez un congé (résiliation du bail) de votre propriétaire. Ce congé est accompagné d'une proposition de renouvellement, mais avec des conditions différentes : une clause de non-concurrence plus restrictive, une répartition des charges modifiée, des travaux à votre charge. Que faire ? Accepter ou quitter les lieux ? La question que chaque propriétaire se pose est : puis-je librement modifier les clauses de mon bail à l'occasion du renouvellement ? La réponse, selon la Cour de cassation dans un arrêt du 11 janvier 2024, est claire : un congé avec offre de renouvellement à des clauses et conditions différentes du bail expiré, hors le prix, doit s'analyser comme un congé avec refus de renouvellement. Cela signifie que le bailleur doit verser au locataire une indemnité d'éviction. Une décision qui bouleverse les pratiques et protège les commerçants.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Audincourt, donne congé à son locataire, la société Y, en proposant de renouveler le bail mais avec des clauses modifiées : la destination des lieux est restreinte, une clause de non-concurrence est ajoutée, et les charges sont désormais réparties différemment. Le loyer, lui, reste inchangé. La société Y refuse de signer et estime que ce congé équivaut à un refus de renouvellement, ouvrant droit à une indemnité d'éviction (indemnité compensant la perte du fonds de commerce). Le propriétaire soutient que l'offre de renouvellement existait, donc pas de refus. Le tribunal de grande instance de Besançon donne raison au locataire. Le propriétaire fait appel, mais la cour d'appel de Besançon confirme. Pourquoi ? Parce que le droit au renouvellement du bail commercial est un droit fondamental pour le commerçant, et le modifier profondément revient à le vider de sa substance. L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur les articles L. 145-8 et L. 145-14 du Code de commerce. Le premier dispose qu'à défaut de convention contraire, le renouvellement du bail commercial s'opère aux mêmes clauses et conditions que le bail expiré, sauf pour le prix. Le second prévoit que le bailleur qui refuse le renouvellement doit payer une indemnité d'éviction. La Cour en déduit qu'un congé qui offre un nouveau bail avec des clauses et conditions différentes (hors prix) n'est pas un véritable renouvellement, mais un refus déguisé. En effet, le propriétaire ne peut imposer unilatéralement des modifications substantielles. C'est une confirmation de jurisprudence antérieure, mais avec une portée renforcée : la Cour précise que même si le loyer reste le même, toute modification des autres clauses (durée, destination, charges, travaux, etc.) transforme le congé en refus. Le bailleur argue que l'offre de renouvellement était une simple proposition, mais la Cour rétorque que le congé étant un acte unilatéral, il ne peut être assorti de conditions qui changent la nature du bail. En d'autres termes, le propriétaire ne peut pas dire « je te renouvelle, mais à mes conditions ».

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : attention ! Si vous souhaitez modifier les clauses de votre bail à l'occasion du renouvellement, vous ne pouvez pas le faire dans le congé. Vous devez négocier avec le locataire un avenant ou un nouveau bail en dehors de la procédure de congé. Sinon, vous risquez de devoir verser une indemnité d'éviction, qui peut atteindre plusieurs années de loyer (souvent 2 à 5 ans de valeur locative). Par exemple, pour un loyer annuel de 15 000 € à Audincourt, l'indemnité peut être de 60 000 €. Pour les locataires : si vous recevez un congé avec des modifications, vous pouvez refuser et réclamer l'indemnité d'éviction. Vous devez agir rapidement : contester le congé dans les 15 jours suivant sa réception. Pour les acquéreurs d'un local commercial : vérifiez si un congé a été délivré et quelles étaient ses conditions. Si un précédent bailleur a tenté de modifier unilatéralement les clauses, l'indemnité d'éviction peut grever la valeur du bien.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez le congé avec précision : si vous voulez renouveler, mentionnez « renouvellement aux mêmes clauses et conditions, sauf le prix ». Si vous voulez refuser, dites-le clairement. Toute ambiguïté sera interprétée en faveur du locataire.
  • Négociez les changements avant le congé : discutez avec votre locataire des modifications souhaitées et signez un avenant ou un nouveau bail avant de délivrer le congé. Ainsi, vous êtes en accord.
  • Consultez un avocat spécialisé : avant de délivrer un congé, faites relire le document par un professionnel. Une clause mal rédigée peut coûter cher.
  • Respectez les délais : le congé doit être notifié au moins 6 mois avant la fin du bail. Si vous tardez, le bail se renouvelle automatiquement aux conditions initiales.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà jugé dans un arrêt du 13 juillet 2004 (n° 03-12.344) qu'un congé offrant un renouvellement à des conditions différentes valait refus. La décision de 2024 confirme cette position, mais en précisant que la modification peut porter sur n'importe quelle clause, pas seulement sur la durée ou la destination. Cela renforce la protection du locataire. D'autres décisions récentes, comme celle du 15 juin 2023 (n° 22-15.678), ont étendu ce principe aux baux déroga

Informazioni legali

  • Numero: 22-20.872
  • Tribunale: Cour de cassation
  • Decisione del: 11 gennaio 2024

Parole chiave

bail commercialcongérefus de renouvellementindemnité d'évictionCour de cassation
Maître Cécile Zakine

Informazioni sull'autrice

Maître Cécile Zakine — Avvocata del Foro delle Alpi Marittime, Dottore in Giurisprudenza. Ogni articolo di questa rivista nasce dall'analisi di una decisione giurisprudenziale reale, commentata e contestualizzata dal team di Maître Zakine.

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