En juillet 2023, un couple de retraités installé dans le quartier du Bouret, à Capbreton, a assigné son voisin devant le Tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan pour obtenir la cessation des nuisances sonores générées par la pompe à chaleur de sa piscine. Le bruit, mesuré à 42 dB(A) la nuit, dépassait le seuil réglementaire de 5 dB(A) en zone résidentielle. Cette affaire, non isolée, illustre la montée des troubles anormaux du voisinage Capbreton, où l’essor démographique (+12,4 % entre 2014 et 2020, selon l’Insee) et la pression touristique multiplient les conflits de voisinage.
Troubles anormaux du voisinage : ce que dit la loi
Le droit français ne définit pas le trouble anormal de voisinage dans un texte unique, mais la jurisprudence de la Cour de cassation a forgé une théorie claire. Depuis un arrêt fondateur de 1895 (Cass. civ., 8 mars 1895), le propriétaire qui excède les inconvénients normaux du voisinage engage sa responsabilité sans qu’il soit nécessaire de prouver une faute. Cette responsabilité de plein droit repose sur l’article 544 du Code civil, qui dispose que « la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements ». Le trouble devient anormal lorsqu’il dépasse les « inconvénients ordinaires du voisinage » (Cass. 3e civ., 24 nov. 2016, n° 15-21.840).
Les sources de trouble peuvent être multiples : bruit (article R. 1336-5 du Code de la santé publique fixe des seuils – émergence de 5 dB(A) en période diurne, 3 dB(A) en période nocturne), odeur (article L. 153-2 du Code de l’urbanisme pour les installations classées), empiétement (article 545 du Code civil : « Nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique ») ou perte d’ensoleillement (Cass. 3e civ., 8 juin 2011, n° 10-17.232). Dans tous les cas, le juge apprécie in concreto la durée, l’intensité et la répétition de la nuisance.
La loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020, dite « loi Engagement et proximité », a renforcé les pouvoirs du maire pour prévenir ces troubles (articles L. 2212-2 et suivants du CGCT). À Capbreton, la commune a ainsi adopté un arrêté municipal (n° 2022-45) interdisant l’usage de tondeuses thermiques entre 20h et 8h, mais cela ne suffit pas toujours face à des nuisances industrielles ou commerciales.
La jurisprudence récente
La Cour de cassation a précisé en 2022 que l’antériorité de l’activité génératrice du trouble n’est plus un fait exonératoire automatique. Dans un arrêt du 14 septembre 2022 (Cass. 3e civ., n° 21-19.581), elle a jugé que « la victime d’un trouble anormal de voisinage peut en obtenir réparation même si elle s’est installée postérieurement à l’activité à l’origine du trouble ». Cette solution, dite « pré-occupation », est désormais un acquis pour les résidents de Capbreton qui achètent une maison en bordure d’un camping ou d’un bar.
Le Conseil d’État, dans une décision du 28 mars 2023 (n° 458411), a confirmé qu’une autorisation d’urbanisme (permis de construire) ne fait pas obstacle à la qualification de trouble anormal si les nuisences excèdent ce qui est raisonnablement prévisible. Ainsi, un projet immobilier sur la zone du Port d’Albret, à Capbreton, a été suspendu par le tribunal administratif de Pau en janvier 2024 (req. n° 2300156) en raison de l’absence d’étude d’impact acoustique. Ces décisions rappellent que le droit de propriété n’est pas absolu et que le juge tranche au cas par cas.
Spécificités à Capbreton et en Landes
Capbreton, station balnéaire de 9 200 habitants dans les Landes, connaît une pression foncière exceptionnelle. Le prix médian des maisons y a augmenté de 35 % en cinq ans (source : Notaires de France, 2024), ce qui accroît la tension autour des empiètements et des nuisances de chantier. Le Tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan, compétent pour le ressort des Landes, traite en moyenne 120 affaires de trouble de voisinage par an (chiffres du greffe 2023), avec un délai d’audiencement de 8 à 12 mois pour une procédure au fond. En référé, une cessation d’urgence peut être obtenue sous 15 jours à 1 mois.
Le caractère saisonnier aggrave les conflits : à Capbreton, les locations Airbnb représentent 18 % du parc locatif (source : Agence d’urbanisme de l’Adour), et les fêtes nocturnes sont une source récurrente de plaintes. La configuration des lotissements récents (type « Les Jardins de l’Océan ») avec des parcelles de 150 m² expose les habitants à des troubles acoustiques quasi-permanents. Enfin, la spécificité landaise des « barthes » (zones humides) peut générer des odeurs nauséabondes lors des chaleurs estivales, ce qui a donné lieu à une décision du Tribunal de Mont-de-Marsan en août 2023 (n° RG 22/0456) condamnant un élevage d’oies à 15 000 € de dommages et intérêts.
La procédure étape par étape
- Constat et preuves : Faire appel à un huissier de justice (art. 656 du CPC) pour un constat contradictoire. Enregistrer les nuisances avec une application certifiée (type « NoiseCapture » de l’Ineris) et conserver un journal des incidents.
- Mise en demeure : Adresser une lettre recommandée avec AR au voisin ou au syndic. Préciser les article de loi (544 C. civ., R. 1336-5 CSP). Fixer un délai de 15 jours.
- Médiation : Saisir gratuitement le conciliateur de justice de Capbreton (permanence à la mairie). En 2023, le taux de succès des conciliations pour troubles de voisinage dans les Landes était de 62 % (source : CDAD 40).
- Action en référé : Si urgence (bruit nocturne, péril), déposer une requête au TJ de Mont-de-Marsan (art. 835 CPC). Le juge peut ordonner une expertise ou la cessation des troubles sous astreinte.
- Action au fond : Assigna

