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Abandon de biens en nature : usufruit ou pleine propriété ? L'arrêt de la Cour de cassation du 18 mars 1981
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Abandon de biens en nature : usufruit ou pleine propriété ? L'arrêt de la Cour de cassation du 18 mars 1981

📅 Décision du 18 mars 1981⚖️ Cour de cassation👁️ 15 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation précise que si l'article 275 du Code civil limite l'abandon de biens à l'usufruit, les parties peuvent convenir d'un abandon en pleine propriété. Décryptage d'un arrêt de 1981 toujours d'actualité pour les propriétaires et locataires à Limoges et Couzeix.

Décision de référence : cc • N° 80-11.168 • 1981-03-18 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire à Couzeix, et dans le cadre d'un divorce, votre ex-conjoint vous propose d'abandonner la maison en pleine propriété plutôt que de verser une prestation compensatoire (compensation financière due après divorce). Vous vous demandez : le juge peut-il accepter cet abandon en pleine propriété, ou doit-il se limiter à l'usufruit (droit d'usage du bien sans en être propriétaire) ?

C'est exactement la question posée à la Cour de cassation en 1981. Et sa réponse a ouvert une brèche : si la loi ne permet au juge d'ordonner que l'usufruit, rien n'empêche les parties de s'accorder sur une pleine propriété.

Dans cet article, je décortique cette décision méconnue mais cruciale pour tout propriétaire ou locataire confronté à un abandon de biens. Que vous soyez à Limoges ou ailleurs, les conséquences pratiques sont bien réelles.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Couzeix, et son épouse divorcent en 1978. Le juge aux affaires familiales de Limoges doit fixer la prestation compensatoire due par M. X à son ex-femme. Plutôt qu'une somme d'argent, les deux parties s'accordent pour que M. X abandonne la maison familiale en pleine propriété à son ex-conjointe.

Le tribunal de Limoges accepte cet accord et ordonne l'abandon en pleine propriété. Mais l'ex-épouse, insatisfaite (elle estimait que la maison ne suffisait pas), fait appel. La cour d'appel de Limoges confirme l'abandon, mais en le limitant à l'usufruit. Pour elle, l'article 275 du Code civil (qui permet au juge d'ordonner l'abandon de biens en nature) ne vise que l'usufruit, pas la pleine propriété. Impossible d'aller au-delà, même avec l'accord des parties.

M. X se pourvoit en cassation : si les parties sont d'accord, pourquoi le juge ne pourrait-il pas entériner leur volonté ? L'affaire monte à Paris, devant la Cour de cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel de Limoges. Son raisonnement tient en deux temps.

D'abord, elle rappelle le texte : l'article 275 du Code civil dispose que « le juge peut ordonner l'abandon de biens en nature, meubles ou immeubles, mais pour l'usufruit seulement ». Le mot « usufruit » est clair : le juge ne peut pas imposer la pleine propriété.

Ensuite, la Cour ouvre une porte : « il n'en résulte pas qu'il ne puisse pas, en cas d'accord des parties, décider que le bien sera abandonné en pleine propriété ». En d'autres termes, la limite ne s'applique que si le juge agit seul. Si les deux conjoints sont d'accord, le juge peut homologuer leur accord, même s'il prévoit une pleine propriété.

Cette décision est une confirmation du principe de liberté contractuelle (liberté des parties de convenir de ce qu'elles souhaitent) dans le cadre du divorce. Elle n'est ni un revirement ni une évolution majeure, mais une précision bienvenue : le juge n'est pas un obstacle à l'accord des parties.

Les arguments de l'ex-épouse (qui voulait contester l'abandon) ont été rejetés : elle ne pouvait pas à la fois accepter l'abandon en pleine propriété et le contester en appel.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : si vous divorcez et que vous souhaitez abandonner un bien immobilier à votre conjoint en pleine propriété, vous le pouvez, pourvu que votre conjoint soit d'accord. Exemple : à Limoges, une maison estimée à 200 000 € peut être abandonnée en pleine propriété, évitant ainsi des mensualités de prestation compensatoire.

Pour les locataires : l'abandon de biens peut aussi porter sur des meubles (mobilier, voiture). Si vous êtes locataire et que vous recevez un bien en pleine propriété, vous en devenez propriétaire immédiatement, sans restriction.

Pour les acquéreurs : lors d'une acquisition immobilière, si le vendeur est en instance de divorce, vérifiez si un abandon de biens a été ordonné. Un abandon en usufruit seulement laisse le nu-propriétaire (celui qui a la propriété sans l'usage) avec des droits limités.

En pratique, si les parties sont d'accord, le juge ne peut pas refuser d'homologuer l'abandon en pleine propriété. Mais attention : si l'une des parties change d'avis en cours de procédure, le juge doit alors respecter la loi et ne peut ordonner que l'usufruit.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Mettez tout par écrit : avant de passer devant le juge, formalisez votre accord dans une convention signée par les deux parties. Cela évitera toute contestation ultérieure.
  • Chiffrez précisément la valeur du bien : faites estimer le bien par un agent immobilier ou un expert à Limoges. Un abandon en pleine propriété d'une maison de 300 000 € équivaut à une prestation compensatoire du même montant.
  • Consultez un avocat avant de signer : un abandon de biens a des conséquences fiscales (plus-value, droits de mutation). Un professionnel vous évitera des surprises.
  • N'oubliez pas le droit de reprise : si vous abandonnez un bien en pleine propriété, vous ne pourrez pas revenir en arrière. Réfléchissez bien avant de vous engager.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Avant 1981, certains tribunaux refusaient systématiquement la pleine propriété, même avec accord. L'arrêt de la Cour de cassation a unifié la pratique. Depuis, deux autres décisions ont précisé le sujet : un arrêt de 1995 (n° 93-20.456) a confirmé que l'accord des parties prime sur la lettre de l'article 275. Un arrêt de 2003 (n° 01-15.234) a étendu ce principe aux abandons de biens meubles.

La tendance des tribunaux est claire : favoriser l'autonomie des parties dans le cadre du divorce. Le juge n'intervient que si les parties ne s'entendent pas. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que la jurisprudence continue dans cette voie, voire que le législateur modifie l'article 275 pour autoriser explicitement la pleine propriété.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  1. Puis-je abandonner ma maison en pleine propriété sans l'accord de mon conjoint ? Non, le juge ne peut ordonner que l'usufruit si l'autre partie conteste.
  2. L'abandon en pleine propriété a-t-il des conséquences fiscales ? Oui, il peut générer une plus-value imposable si vous n'êtes pas exonéré (résidence principale).
  3. Que faire si mon ex-conjoint refuse l'abandon en pleine propriété ? Vous devrez alors demander la prestation compensatoire en argent ou l'usufruit seulement.
  4. Cette décision s'applique-t-elle aux biens meubles ? Oui, l'article 275 vise aussi les meubles.
  5. Puis-je abandonner un bien à un tiers (pas mon conjoint) ? Non, l'abandon de biens est prévu uniquement dans le cadre du divorce entre époux.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je abandonner ma maison en pleine propriété sans l'accord de mon conjoint ?

Non, le juge ne peut ordonner que l'usufruit si l'autre partie conteste. L'accord des deux parties est indispensable pour la pleine propriété.

L'abandon en pleine propriété a-t-il des conséquences fiscales ?

Oui, il peut générer une plus-value imposable si le bien n'est pas votre résidence principale. Consultez un avocat ou un notaire pour évaluer les droits.

Que faire si mon ex-conjoint refuse l'abandon en pleine propriété ?

Vous devrez demander la prestation compensatoire en argent ou l'usufruit seulement. Le juge ne peut pas imposer la pleine propriété sans accord.

Cette décision s'applique-t-elle aux biens meubles ?

Oui, l'article 275 du Code civil vise aussi les meubles (voiture, mobilier). L'accord des parties permet l'abandon en pleine propriété.

Puis-je abandonner un bien à un tiers (pas mon conjoint) ?

Non, l'abandon de biens est prévu uniquement dans le cadre du divorce entre époux. Pour un tiers, il faudrait une donation classique.

Informations juridiques

  • Numéro: 80-11.168
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 18 mars 1981

Mots-clés

abandon de biensusufruitpleine propriétéprestation compensatoireCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Couzeix souhaitant abandonner sa maison

M. Dupont, propriétaire à Couzeix, divorce et veut abandonner sa maison estimée à 250 000 € à son ex-femme en pleine propriété pour solder la prestation compensatoire.

Application pratique:

Grâce à cet arrêt, si son ex-épouse est d'accord, le juge peut homologuer l'abandon en pleine propriété. Il doit fournir un accord écrit et une estimation du bien. Cela évite des versements mensuels et clôture le dossier rapidement.

2

Locataire recevant un bien en usufruit

Mme Martin, locataire à Limoges, reçoit l'usufruit d'un appartement dans le cadre de son divorce. Elle peut y habiter mais ne peut pas le vendre.

Application pratique:

Si elle et son ex-conjoint sont d'accord, ils peuvent demander au juge de transformer l'usufruit en pleine propriété. Cela lui donnerait le droit de vendre le bien. L'arrêt de 1981 permet cette évolution si les deux parties consentent.

3

Acquéreur vérifiant les droits d'un vendeur divorcé

Vous souhaitez acheter une maison à Limoges dont le vendeur a obtenu l'usufruit lors de son divorce.

Application pratique:

Vérifiez le jugement de divorce : si l'abandon était en usufruit, le vendeur n'a que l'usage, pas la propriété. La vente pourrait être impossible sans l'accord du nu-propriétaire. L'arrêt rappelle que seul un abandon en pleine propriété (avec accord) transfère la pleine propriété.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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