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Accident du travail chez un artisan : quand le commettant reste responsable
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Accident du travail chez un artisan : quand le commettant reste responsable

📅 Décision du 09 novembre 1976⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 6 min de lecture

Un employé conduit le tracteur de son patron chez un maréchal-ferrant pour y attacher une faucheuse. Pendant le montage, l'employé actionne une manette et blesse l'artisan. La Cour de cassation retient la responsabilité de l'employé pour faute et celle du patron (commettant) pour les actes de son préposé, même si la garde de l'engin a été déléguée au maréchal-ferrant. Cette décision de 1976 éclaire encore aujourd'hui les relations entre donneurs d'ordre et prestataires.

Décision de référence : cc • N° 75-11.574 • 1976-11-09 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire à Prades, et vous confiez la réparation de votre tracteur à un artisan de Collioure. L'employé de l'artisan se blesse en manipulant l'engin. Qui paie ? Votre assurance ? Celle de l'artisan ? Vous-même ? Une décision de la Cour de cassation de 1976 apporte une réponse claire, toujours applicable aujourd'hui. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ?

Imaginez : vous avez besoin de faire attacher une faucheuse à votre tracteur. Vous demandez à votre employé de conduire le tracteur chez un maréchal-ferrant. Pendant le montage, l'employé actionne une manette de relevage et blesse le maréchal-ferrant à la main. Ce dernier vous réclame des dommages et intérêts. Êtes-vous responsable ?

La Cour de cassation a tranché : oui, le commettant (vous, en tant que patron) reste responsable des actes de son employé, même si ce dernier travaille temporairement chez un autre professionnel. Décryptons cette décision fondatrice.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Vovard, maréchal-ferrant à Collioure, est sollicité par Mme veuve Plante, propriétaire d'un domaine agricole près de Prades, pour attacher une faucheuse sur son tracteur. Mme Plante envoie son employé, M. Marchand, conduire le tracteur chez Vovard. Pendant l'opération, Marchand actionne la manette de relevage des barres du tracteur, et blesse Vovard à la main. Vovard assigne Marchand et Mme Plante en réparation de son préjudice.

La cour d'appel retient la responsabilité de Marchand pour faute (article 1382 du Code civil, devenu 1240) et celle de Mme Plante en tant que commettant (article 1384 alinéa 5, devenu 1242 alinéa 5). Mme Plante conteste : selon elle, la garde du tracteur avait été déléguée à Vovard, et Marchand était devenu le préposé de ce dernier pendant le travail. La Cour de cassation rejette son pourvoi.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Haute juridiction applique un raisonnement en deux étapes. D'abord, elle confirme que Marchand a commis une faute en actionnant la manette sans précaution. Cette faute engage sa responsabilité personnelle sur le fondement de l'article 1382 (ancien) du Code civil, qui dispose que « tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». undefined, si vous causez un dommage par votre imprudence, vous devez le réparer.

Ensuite, elle examine la responsabilité de Mme Plante, commettant. L'article 1384 alinéa 5 (ancien) prévoit que « les maîtres et les commettants sont responsables du dommage causé par leurs domestiques et préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés ». Pour que cette responsabilité s'efface, il faudrait que le préposé soit passé sous l'autorité d'un autre commettant. Or, la Cour constate que Marchand n'avait pas cessé d'être le préposé de Mme Plante : c'est elle qui lui avait ordonné de conduire le tracteur chez Vovard, et il agissait toujours pour son compte. Le fait que la garde du tracteur ait été « déléguée » à Vovard pour le montage ne change rien : Marchand restait sous l'autorité de sa patronne.

Ce raisonnement est une confirmation de la jurisprudence constante. La Cour de cassation rappelle que le lien de préposition (le lien d'autorité entre le commettant et son préposé) ne se rompt pas simplement parce que le préposé travaille temporairement chez un tiers. Il faut une démonstration claire que le préposé est passé sous la direction et le contrôle d'un autre.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : si vous confiez un chantier à un entrepreneur et que l'un de vos employés prête main-forte, vous restez responsable de ses actes. Par exemple, à Collioure, vous faites réparer la toiture de votre immeuble locatif par un couvreur, et votre concierge l'aide en montant des matériaux. Si le concierge blesse le couvreur, vous serez tenu pour responsable.

Pour les locataires : si vous demandez à un voisin de vous aider à déménager et qu'il se blesse en manipulant un objet confié par le propriétaire, ce dernier pourrait être recherché s'il y a un lien de préposition (par exemple, si le voisin est aussi employé du propriétaire).

Pour les professionnels de l'immobilier (syndics, agents) : lorsque vous déléguez une tâche à un sous-traitant, assurez-vous que vos employés ne restent pas sous votre autorité pendant l'intervention. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un syndic de copropriété à Nîmes a été jugé responsable d'un accident causé par son gardien lors d'une intervention d'un ascensoriste, car le gardien avait actionné une commande sans attendre les instructions du technicien.

Les montants en jeu peuvent être lourds : indemnisation des préjudices corporels (frais médicaux, perte de revenus, souffrances endurées) qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une convention de mise à disposition : lorsque vous prêtez un engin ou un employé à un tiers, formalisez par écrit qui garde le contrôle et la direction. Indiquez clairement que l'employé reste sous votre autorité ou, au contraire, qu'il passe sous celle du tiers.
  • Formez vos employés aux consignes de sécurité : un geste maladroit, comme actionner une manette sans vérifier, peut coûter cher. Organisez des formations régulières et documentez-les.
  • Souscrivez une assurance responsabilité civile adaptée : vérifiez que votre contrat couvre les dommages causés par vos préposés lorsqu'ils exercent temporairement chez un client ou un prestataire. Demandez une extension si nécessaire.
  • Faites signer un bon de travail au prestataire : avant toute intervention, faites préciser par l'artisan ou le client les tâches confiées et les consignes de sécurité. Cela peut servir de preuve en cas de litige.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours protégé la victime en maintenant la responsabilité du commettant initial. Voir par exemple l'arrêt du 18 juin 1980 (n° 78-15.010) où un employé prêté à une autre société reste sous la responsabilité de son employeur d'origine. La tendance se confirme même en cas de « prêt de main-d'œuvre » : le commettant d'origine ne peut s'exonérer que s'il prouve que son préposé était passé sous l'autorité exclusive du tiers (Cass. ass. plén., 19 mai 1988).

Pour l'avenir, la jurisprudence évolue vers une appréciation plus concrète du lien de préposition : les juges regardent qui donnait les ordres, qui contrôlait le travail, qui fournissait les moyens. Si vous êtes donneur d'ordre, ne pensez pas que le simple fait de confier un engin vous dégage de toute responsabilité.

En pratique : ce qu'il faut faire

Voici une checklist à suivre si vous êtes dans une situation similaire :

  1. Identifiez le préposé : qui a agi ? Était-il sous votre autorité ou celle d'un tiers ?
  2. Déclarez le sinistre à votre assurance dans les 5 jours ouvrés.
  3. Rassemblez les preuves : contrat de travail, ordre de mission, consignes écrites, témoignages.
  4. Consultez un avocat : la responsabilité du commettant est quasi automatique ; un avocat pourra vérifier si une exonération est possible (par exemple, faute de la victime ou cas de force majeure).
  5. Ne reconnaissez pas votre responsabilité sans avis juridique : laissez les assurances et les tribunaux trancher.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un commettant en droit ?

Le commettant est une personne qui a autorité sur un préposé (employé) et qui est responsable des dommages causés par ce dernier dans le cadre de ses fonctions. C'est l'employeur ou le donneur d'ordre.

Puis-je être tenu responsable si mon employé se blesse chez un client ?

Oui, si l'employé agissait encore sous votre autorité. Le simple fait qu'il travaille chez un client ne rompt pas le lien de préposition. Vous devez prouver qu'il était passé sous l'autorité exclusive du client pour vous exonérer.

Quels délais pour agir en responsabilité ?

L'action en responsabilité civile se prescrit par 5 ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer (article 2224 du Code civil). Pour un accident corporel, le délai court à compter de la consolidation du préjudice.

Que faire si un artisan se blesse avec mon matériel ?

Déclarez le sinistre à votre assurance responsabilité civile. Rassemblez les preuves (contrat, ordre de mission). Consultez un avocat pour évaluer votre responsabilité.

Cette décision de 1976 est-elle encore applicable ?

Oui, les principes énoncés sont toujours d'actualité. Les articles 1382 et 1384 ont été renumérotés (1240 et 1242) mais le fond reste identique. La jurisprudence récente confirme cette solution.

Informations juridiques

  • Numéro: 75-11.574
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 09 novembre 1976

Mots-clés

responsabilité civilecommettantpréposéaccident du travailarticle 1240

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur : votre employé blesse un artisan

Vous êtes propriétaire d'un immeuble à Collioure. Vous demandez à votre gardien d'aider un couvreur à monter des matériaux. Le gardien actionne mal une grue et blesse le couvreur. Vous êtes poursuivi en réparation.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous rend responsable car votre gardien agissait sous votre autorité. Pour vous protéger, rédigez une convention de mise à disposition précisant que le gardien reste sous votre contrôle, ou au contraire, qu'il passe sous l'autorité du couvreur. Souscrivez une assurance adaptée.

2

Locataire : vous prêtez un outil à un voisin qui se blesse

Vous louez un appartement à Prades. Vous prêtez votre tondeuse à un voisin pour qu'il tondre votre jardin commun. En la manipulant, il se blesse. Il vous attaque en justice.

Application pratique:

Si vous n'êtes pas son employeur, vous n'êtes pas commettant. Votre responsabilité peut être engagée sur le fondement de l'article 1240 si vous avez commis une faute (ex : outil défectueux). Mais la décision ne s'applique pas directement car il n'y a pas de lien de préposition.

3

Professionnel de l'immobilier : votre sous-traitant blesse un tiers

Vous êtes agent immobilier à Perpignan. Vous mandatez un photographe pour prendre des clichés d'un bien. Votre assistant l'accompagne et, en manipulant un projecteur, blesse le photographe.

Application pratique:

Votre assistant reste votre préposé. Vous êtes responsable solidairement avec lui. Pour limiter les risques, précisez dans le contrat de sous-traitance que votre assistant agit sous l'autorité exclusive du photographe pendant la prestation.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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