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Agios bancaires : quand le taux effectif global doit être prouvé par écrit
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Agios bancaires : quand le taux effectif global doit être prouvé par écrit

📅 Décision du 24 Juni 1997⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que pour être valables, les agios perçus par une banque doivent être fondés sur un taux effectif global (TEG) clairement mentionné dans un écrit remis au client avant leur perception. Sans cette preuve, la banque ne peut pas réclamer les intérêts.

Décision de référence : cc • N° 95-16.646 • 1997-06-24 • Consulter la décision →

Vous habitez à Vitry-le-François et votre banque vient de vous facturer 1 200 € d'agios sur votre compte courant ? Comme beaucoup, vous vous demandez sans doute si ces frais sont légitimes. La question est cruciale : derrière des lignes de chiffres opaques se joue parfois votre budget familial. Que dit la loi ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 24 juin 1997, a tranché : pour que les agios soient valables, la banque doit prouver qu'elle vous a communiqué par écrit le taux effectif global (TEG) avant de les prélever. Une décision qui fait jurisprudence et qui peut vous permettre de contester des sommes injustement perçues.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Vitry-le-François, avait ouvert un compte courant auprès de la Banque populaire de la région économique de Strasbourg. Comme beaucoup, il utilisait son compte pour ses dépenses courantes et professionnelles. Un jour, le découvert s'est creusé, et la banque a commencé à prélever des agios (frais d'intérêts sur le découvert). Mécontent, M. X a contesté le montant des agios, estimant que la banque n'avait pas correctement calculé les intérêts. La banque a alors assigné M. X en paiement de la somme de 51 787,89 francs (environ 7 900 €).

Le tribunal de grande instance de Strasbourg a donné raison à la banque en première instance. M. X a fait appel. La cour d'appel de Colmar a confirmé le jugement : selon elle, les relevés périodiques du compte mentionnaient le taux effectif global (TEG), ce qui suffisait à justifier les agios. Mais M. X n'était pas satisfait : il estimait que la banque aurait dû lui fournir un document écrit avant la perception des agios, et pas seulement sur les relevés.

Il s'est donc pourvu en cassation. La Cour de cassation a examiné l'affaire et a cassé l'arrêt de la cour d'appel. Pour les magistrats de la Haute juridiction, la cour d'appel n'avait pas vérifié un point essentiel : la banque avait-elle bien remis à M. X, avant de prélever les agios, un document écrit mentionnant le TEG ? La simple indication sur les relevés périodiques ne suffit pas, car ces relevés sont envoyés après les faits. Il faut un document préalable, comme la convention d'ouverture de crédit ou une notice d'information.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du litige porte sur l'application des articles L. 313-1 et suivants du Code de la consommation (aujourd'hui codifiés, mais à l'époque dans la loi du 28 décembre 1966). Ces textes imposent que le taux effectif global (TEG) soit mentionné dans tout écrit constatant un prêt ou un crédit. Pour un compte courant avec découvert, la jurisprudence considère que la convention d'ouverture de crédit constitue cet écrit. Si la banque ne peut pas prouver que ce document a été remis au client avant l'utilisation du découvert, les agios ne sont pas dus.

La Cour de cassation a donc reproché à la cour d'appel de n'avoir pas constaté que, outre l'indication du TEG sur les relevés périodiques, la mention d'un TEG correspondant à des exemples chiffrés figurait dans la convention d'ouverture de crédit ou dans tout autre document reçu par le client préalablement à la perception des agios. En d'autres termes, la banque doit prouver qu'elle a bien informé le client du coût du crédit avant de lui facturer des intérêts.

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence protectrice des consommateurs. Elle confirme que le formalisme imposé par le Code de la consommation n'est pas une simple formalité : il a pour but de permettre au client de comparer les offres et de prendre une décision éclairée. Sans cette information préalable, la banque ne peut pas réclamer les intérêts, même si le client a utilisé son découvert en connaissance de cause.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur à Tinqueux et que vous utilisez un compte professionnel avec découvert, cette décision vous concerne directement. Imaginez que votre banque vous facture 800 € d'agios sur un trimestre. Si elle ne peut pas prouver qu'elle vous a remis un document écrit mentionnant le TEG avant le début du découvert, vous pouvez contester ces frais. Vous pourriez obtenir le remboursement des agios, voire une indemnisation pour le préjudice subi.

Pour un locataire, la situation est différente, mais le principe reste valable : si vous empruntez pour votre logement ou si vous utilisez un crédit renouvelable, la banque doit vous informer du TEG par écrit avant le déblocage des fonds. Sans cela, les intérêts ne sont pas dus.

Un acquéreur qui finance son achat immobilier par un prêt doit également vérifier que la banque lui a remis une offre de prêt mentionnant le TEG. Si ce n'est pas le cas, il peut demander la nullité de la clause d'intérêts et ne rembourser que le capital.

Enfin, pour un copropriétaire, si la copropriété souscrit un prêt pour des travaux, le syndic doit s'assurer que l'offre de prêt mentionne le TEG. À défaut, la copropriété pourrait contester les intérêts.

Exemple chiffré : si votre découvert moyen est de 5 000 € sur 3 mois avec un TEG de 15 %, les agios s'élèveraient à environ 187,50 €. Sans preuve écrite du TEG, vous pouvez réclamer ce montant. Cumulé sur plusieurs années, cela peut représenter plusieurs milliers d'euros.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez un écrit avant de signer : ne vous contentez pas d'un accord verbal pour un découvert. Demandez une convention d'ouverture de crédit ou une offre de prêt mentionnant le TEG, le montant du découvert autorisé et les conditions de remboursement.
  • Conservez précieusement tous les documents

Questions fréquentes

Puis-je contester des agios perçus il y a 5 ans ?

Oui, si vous n'avez pas reçu l'écrit préalable mentionnant le TEG. La prescription est de 5 ans à compter de la date de perception des agios. Consultez un avocat pour vérifier votre situation.

Que faire si ma banque refuse de me rembourser les agios ?

Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Si elle reste sans réponse, saisissez le tribunal judiciaire. Un avocat spécialisé peut vous assister.

Quels frais puis-je réclamer en plus des agios ?

Vous pouvez demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi, par exemple si vous avez dû souscrire un autre crédit à cause des agios. Le montant dépend des circonstances.

La décision s'applique-t-elle aux découverts non autorisés ?

Oui, car la banque facture des agios même en cas de découvert non autorisé. Le formalisme s'applique dès lors qu'il y a une ouverture de crédit, même tacite.

Dois-je prouver que je n'ai pas reçu l'écrit ?

Non, c'est à la banque de prouver qu'elle vous a remis le document mentionnant le TEG. Elle doit fournir un document signé de votre main ou une preuve d'envoi.

Informations juridiques

  • Numéro: 95-16.646
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 juin 1997

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur avec découvert professionnel

M. Dupont, propriétaire à Tinqueux, a un compte professionnel avec découvert autorisé. Sa banque lui facture 1 500 € d'agios sur un an. Il n'a jamais reçu de convention écrite mentionnant le TEG.

Application pratique:

M. Dupont peut contester les agios en invoquant l'arrêt du 24 juin 1997. Il doit envoyer une lettre recommandée à sa banque demandant le remboursement des agios, faute de preuve écrite du TEG. Si la banque refuse, il peut saisir le tribunal judiciaire.

2

Locataire avec crédit renouvelable

Mme Martin, locataire à Vitry-le-François, a souscrit un crédit renouvelable pour financer des meubles. La banque lui a facturé des intérêts sans lui remettre une offre préalable mentionnant le TEG.

Application pratique:

Mme Martin peut demander la nullité de la clause d'intérêts et ne rembourser que le capital emprunté. Elle doit consulter un avocat pour engager une action en justice.

3

Acquéreur immobilier avec prêt bancaire

M. et Mme Lefèvre ont acheté une maison à Reims avec un prêt immobilier. L'offre de prêt ne mentionnait pas le TEG. La banque leur réclame des intérêts.

Application pratique:

Ils peuvent demander la nullité de la stipulation d'intérêts et ne rembourser que le capital. La jurisprudence de 2020 (Civ. 1re, 10 juin 2020) est favorable. Ils doivent agir rapidement pour éviter la prescription.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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