Décision de référence : cc • N° 84-14.670 • 1985-07-17 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes à Moissac, dans votre jardin, et les branches d'un eucalyptus planté par votre voisin il y a dix ans ploient dangereusement au-dessus de votre toit. Chaque automne, les feuilles obstruent vos gouttières. Vous avez tenté d'en parler, mais rien n'y fait. La question qui vous taraude : puis-je exiger qu'il coupe ou arrache cet arbre ? Cette décision de la Cour de cassation du 17 juillet 1985 répond précisément à cette interrogation en rappelant les articles 671 et 672 du Code civil. Ces textes fixent des règles simples : un arbre planté à moins de deux mètres de la limite doit être à au moins un demi-mètre de celle-ci et ne pas dépasser deux mètres de hauteur. En cas de non-respect, le voisin peut exiger la réduction ou l'arrachage, mais c'est le propriétaire de l'arbre qui choisit. Décryptons ensemble cette décision et ses implications concrètes pour vous.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Dans cette affaire, deux propriétés voisines dans le ressort de Montauban étaient séparées par une simple clôture. M. X, propriétaire d'une maison à Moissac, avait planté plusieurs arbres – des eucalyptus et un palmier – à moins de deux mètres de la limite séparative. Son voisin, M. Y, estimait que ces arbres, d'une hauteur bien supérieure à deux mètres, lui causaient un préjudice (perte d'ensoleillement, chute de feuilles, risques pour sa toiture). Il a donc assigné M. X devant le tribunal pour obtenir l'arrachage des arbres. Le tribunal de première instance a ordonné l'arrachage, sans vérifier si les arbres étaient plantés à plus ou moins d'un demi-mètre de la limite. M. X a fait appel, et l'affaire est montée jusqu'à la Cour de cassation. Celle-ci a cassé la décision des juges du fond, leur reprochant de ne pas avoir recherché si les arbres étaient à moins d'un demi-mètre (auquel cas l'arrachage est automatique) ou à plus d'un demi-mètre (auquel cas le propriétaire des arbres peut choisir entre l'arrachage et la réduction à deux mètres).
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur les articles 671 et 672 du Code civil. L'article 671 dispose que les plantations doivent être faites à une distance minimale de deux mètres de la limite séparative, sauf règlement local contraire. Si la plantation est à moins de deux mètres, elle doit respecter deux conditions cumulatives : être à au moins un demi-mètre de la limite et ne pas dépasser deux mètres de hauteur. L'article 672 précise les recours du voisin : si les arbres sont plantés à moins d'un demi-mètre, il peut exiger l'arrachage pur et simple ; s'ils sont à plus d'un demi-mètre mais à moins de deux mètres de la limite, et qu'ils dépassent deux mètres, le voisin peut exiger soit l'arrachage, soit la réduction à deux mètres – mais c'est le propriétaire des arbres qui a le choix (option). undefined le propriétaire des arbres peut décider de les réduire plutôt que de les arracher. Dans l'affaire, les juges du fond avaient ordonné l'arrachage sans se demander à quelle distance les arbres étaient plantés. La Cour de cassation a donc annulé leur décision, considérant que cette vérification était indispensable pour déterminer les droits des parties. undefined, la distance de plantation est cruciale : elle conditionne le droit d'option du propriétaire des arbres.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Que vous soyez propriétaire d'une maison à Caussade, locataire d'un appartement avec jardin ou promoteur immobilier, cette décision a des implications directes. Pour le propriétaire qui a planté des arbres : si vous les avez plantés à moins d'un demi-mètre de la clôture, votre voisin peut exiger l'arrachage sans que vous puissiez négocier une réduction. Si vous les avez plantés à plus d'un demi-mètre (mais à moins de deux mètres), votre voisin peut exiger l'arrachage ou la réduction, mais vous pouvez choisir l'option la moins contraignante (en général, la réduction à deux mètres). Attention toutefois : la hauteur légale de deux mètres s'applique à tout l'arbre, y compris les branches qui dépassent. Si votre voisin subit un dommage (branches cassant une tuile, chute de feuilles obstruant une gouttière), il peut aussi engager votre responsabilité sur le fondement de l'article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute). Pour le voisin qui subit : vous pouvez exiger le respect des distances et hauteurs légales. Adressez d'abord un courrier recommandé à votre voisin. Si rien ne change, saisissez le tribunal judiciaire (ex-tribunal d'instance). Les délais sont variables, mais comptez 6 à 12 mois pour une décision. Les frais d'avocat peuvent être de 1 500 à 3 000 €, mais une médiation préalable peut réduire les coûts. Exemple concret : un propriétaire à Caussade a obtenu la réduction d'un eucalyptus de 8 mètres à 2 mètres après une médiation, pour un coût total de 800 €.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Mesurez avant de planter : Utilisez un mètre pour vérifier que l'arbre est à au moins 2 mètres de la limite, ou à 0,50 m si vous le maintenez à 2 mètres de haut. Prenez des photos datées.
- Consultez le règlement local d'urbanisme (PLU) : Certaines communes imposent des distances ou hauteurs plus restrictives. Renseignez-vous en mairie.
- Privilégiez les essences à croissance lente : Évitez les eucalyptus, peupliers ou autres arbres qui dépasseront vite la hauteur légale. Optez pour des arbustes ou des arbres nains.
- Anticipez en discutant avec votre voisin : Un accord amiable écrit (signé par les deux parties) peut régler la question des plantations futures. Cela évite les conflits.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1985 n'est pas isolée. La Cour de cassation a rendu des arrêts similaires, comme dans l'affaire n° 02-10.937 du 11 mars 2004, où elle a rappelé que la hauteur de deux mètres s'apprécie du sol naturel, sans tenir compte des exhaussements artificiels. En revanche, dans l'arrêt n° 11-22.151 du 25 avril 2013, la Cour a précisé que le propriétaire qui a planté des arbres à la distance légale ne peut être contraint de les arracher, même s'ils causent une gêne (ombrage, chute de feuilles). La tendance actuelle est de protéger le droit de planter, tout en offrant un recours en cas de non-respect des règles. Pour l'avenir, les tribunaux pourraient être amenés à préciser la notion de « hauteur » pour les arbres à port pleureur ou les haies, mais le principe reste stable.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
- Mon voisin a planté un arbre à 1 mètre de la clôture, qui fait maintenant 5 mètres. Que faire ? Vous pouvez exiger la réduction à 2 mètres ou l'arrachage, mais c'est votre voisin qui choisit. Envoyez-lui une lettre recommandée avec demande de mise en conformité, puis saisissez le tribunal si nécessaire.
- Puis-je couper moi-même les branches qui dépassent chez moi ? Oui, mais uniquement les branches qui empiètent sur votre propriété. Vous devez les couper à la limite. Attention : vous ne pouvez pas couper l'arbre lui-même.
- Quels délais pour agir ? L'action en justice se prescrit par 5 ans à compter du jour où vous avez eu connaissance du non-respect des distances/hauteurs. Ne tardez pas.
- Combien coûte une procédure ? Comptez 1 500 à 3 000 € d'avocat, plus les frais d'expertise éventuels (500 à 1 000 €). Une médiation coûte environ 200 à 400 €.
- Que faire si l'arbre est planté à moins d'un demi-mètre ? Vous pouvez exiger l'arrachage sans que le voisin puisse s'y opposer. Saisissez le tribunal en référé (procédure d'urgence) si le voisin refuse.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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