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Arrêté du 14 juin 1982 et ordre public international : ce que les propriétaires doivent savoir
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Arrêté du 14 juin 1982 et ordre public international : ce que les propriétaires doivent savoir

📅 Décision du 19 novembre 1991⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation précise que l'arrêté du 14 juin 1982, visant à éviter une hausse des prix liée à la dévaluation, n'est pas un obstacle à l'exécution d'une sentence arbitrale étrangère si l'atteinte à cet objectif n'est que formelle. Explications pour propriétaires et professionnels.

Décision de référence : cc • N° 89-22.042 • 1991-11-19 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Porto-Vecchio, et vous avez signé un contrat de vente avec un acheteur étranger. La livraison est fixée à une date précise, mais un arrêté ministériel survient la veille, modifiant les montants compensatoires monétaires. Qui doit supporter la différence ? Cette question, qui peut sembler technique, a été tranchée par la Cour de cassation en 1991. Et la réponse pourrait bien vous surprendre.

En 1982, le gouvernement français a pris un arrêté pour éviter une flambée des prix après une dévaluation. Mais dans les relations internationales, cet arrêté n'a pas la même force que dans les litiges internes. La Cour de cassation a dû décider si une sentence arbitrale étrangère qui ignorait cet arrêté était contraire à l'ordre public international.

Dans cet article, je vais vous expliquer cette décision en termes simples, avec des exemples concrets tirés de ma pratique en Corse et ailleurs. Que vous soyez propriétaire à Sartène, promoteur à Ajaccio ou simplement curieux, vous comprendrez comment cet arrêt vous protège – ou vous expose.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

La société des Grands Moulins de Strasbourg avait conclu un contrat international pour la livraison de marchandises. Le prix était fixé, mais l'arrêté du 14 juin 1982 a institué, au 16 juin à 0 heure, des montants compensatoires monétaires (MCM). Ces MCM visaient à compenser les variations de change liées à la dévaluation. Le contrat prévoyait que le risque de change était supporté par l'acheteur en fonction de la date de livraison.

Un différend est né : le vendeur estimait que les MCM lui revenaient, l'acheteur contestait. Les parties ont soumis le litige à un arbitrage international. La sentence arbitrale a donné raison au vendeur, attribuant les MCM en vertu du contrat. L'acheteur a alors demandé l'annulation de l'exequatur (la reconnaissance de la sentence en France) au motif que cette attribution violait l'arrêté ministériel, donc l'ordre public français.

La cour d'appel a confirmé l'exequatur, et la Cour de cassation a validé cette décision. Pour elle, l'arrêté du 14 juin 1982 avait pour objectif d'éviter une hausse des prix liée à la dévaluation. Mais en l'espèce, l'attribution contractuelle des MCM ne portait qu'une atteinte formelle à cet objectif, pas une atteinte réelle. Dans les relations internationales, l'ordre public s'apprécie de manière moins rigoureuse qu'en interne.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article 1502 du Code de procédure civile (ancien), qui énumère les cas d'ouverture du recours en annulation d'une sentence arbitrale internationale. L'un de ces cas est la contrariété à l'ordre public international. Mais l'ordre public international n'est pas une copie conforme de l'ordre public interne : il est plus souple, plus limité aux principes fondamentaux du droit français.

Les juges ont distingué deux niveaux : d'une part, la règle interne (l'arrêté) ; d'autre part, la conception française de l'ordre public international. Pour qu'une sentence soit annulée, il faut qu'elle heurte des conceptions fondamentales du droit français, comme la prohibition de l'esclavage ou la fraude fiscale. Une simple mesure économique temporaire, comme l'arrêté de 1982, n'atteint pas ce seuil.

En l'espèce, la cour d'appel avait constaté que l'attribution des MCM ne contrecarrait pas réellement l'objectif de l'arrêté (éviter une hausse des prix). La Cour de cassation a donc approuvé le raisonnement : l'exécution de la sentence n'était pas contraire à l'ordre public international. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure, qui tend à limiter l'exception d'ordre public dans l'arbitrage international.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur à Sartène et que vous louez un bien à un locataire étranger, cette décision vous concerne indirectement. En cas de litige sur une clause contractuelle liée à une fluctuation monétaire, un arbitrage international pourrait écarter une réglementation française jugée trop ponctuelle.

Pour un promoteur immobilier à Ajaccio, cela signifie que les contrats internationaux de vente ou de construction peuvent prévoir des clauses de révision de prix basées sur des indices étrangers, sans craindre qu'un arrêté français ne les invalide. Exemple concret : un promoteur achète du marbre italien à un prix fixé en lires, puis en euros. Si un décret français limite les hausses de prix, le tribunal arbitral pourrait ne pas en tenir compte si le contrat le prévoit.

Pour un acquéreur particulier, soyez vigilant : si vous achetez un bien à l'étranger avec un vendeur français, la loi applicable peut être celle du contrat, pas nécessairement la française. En cas de litige, vous pourriez être lié par une sentence arbitrale qui ignore certaines dispositions françaises.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une clause de révision précise : dans tout contrat international, prévoyez explicitement qui supporte le risque de change et comment les variations sont répercutées. Évitez les formules vagues comme « selon la législation en vigueur ».
  • Choisissez la loi applicable avec soin : optez pour un droit stable et prévisible (droit suisse, droit anglais) si votre contrat comporte des montants importants. Cela réduit les surprises réglementaires.
  • Privilégiez l'arbitrage avec des clauses types : utilisez des modèles de la Chambre de commerce internationale (CCI) qui intègrent les principes d'ordre public international. Cela sécurise l'exécution de la sentence.
  • Consultez un avocat spécialisé avant de signer : un professionnel peut anticiper les conflits de normes et rédiger des clauses qui résisteront à un contrôle judiciaire. À Porto-Vecchio comme à Paris, mieux vaut prévenir que guérir.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a confirmé cette approche dans un arrêt du 20 février 2007 (n° 05-14.082), où elle a rappelé que l'ordre public international ne s'oppose pas à l'exécution d'une sentence arbitrale étrangère qui applique une loi étrangère contraire à une règle interne, sauf si cette règle est fondamentale. En revanche, dans un arrêt du 4 juin 2008 (n° 06-15.320), la Cour a annulé une sentence qui violait le principe de la libre concurrence, considéré comme fondamental.

La tendance est claire : les juges français protègent l'arbitrage international en limitant l'exception d'ordre public aux seules valeurs essentielles. Pour les professionnels de l'immobilier, cela signifie que les réglementations économiques temporaires (contrôle des prix, moratoires) ne feront pas nécessairement obstacle à l'exécution d'une sentence. À l'avenir, attendez-vous à une stabilité jurisprudentielle, sauf évolution législative majeure.

Checklist avant d'agir

FAQ : 5 questions pratiques

  • Puis-je ignorer un arrêté français dans un contrat international ? Oui, si le contrat prévoit une loi étrangère et que l'arrêté n'est pas d'ordre public international. Mais attention aux clauses abusives.
  • Que faire si une sentence arbitrale m'impose de payer un montant contraire à un règlement français ? Vous pouvez contester l'exequatur, mais vous devrez prouver une atteinte réelle à un principe fondamental, pas seulement formelle.
  • Quels sont les délais pour agir ? Le recours en annulation doit être formé dans le mois suivant la signification de l'ordonnance d'exequatur. Passé ce délai, la sentence est définitive.
  • Quel coût pour un tel litige ? Les frais d'avocat et d'arbitrage varient de 5 000 à 50 000 € selon la complexité. Une médiation peut réduire les coûts.
  • Dois-je inclure une clause compromissoire dans mon contrat de vente ? Oui, surtout si l'acheteur est étranger. Cela permet de régler les litiges plus rapidement et en privé.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'ordre public international ?

C'est un ensemble de principes fondamentaux du droit français qui s'imposent même dans les relations internationales. Il est plus restreint que l'ordre public interne.

Puis-je contester une sentence arbitrale étrangère en France ?

Oui, mais seulement pour des motifs limités, comme la violation de l'ordre public international ou la fraude. Un simple arrêté ministériel ne suffit pas.

Quels sont les délais pour demander l'annulation d'une sentence ?

Vous disposez d'un mois à compter de la signification de la décision d'exequatur (reconnaissance de la sentence en France). Passé ce délai, la sentence devient exécutoire.

Que faire si mon contrat ne prévoit pas la loi applicable ?

Le tribunal arbitral appliquera la loi qu'il juge la plus appropriée. Pour éviter l'incertitude, faites rédiger une clause de choix de loi par un avocat.

Informations juridiques

  • Numéro: 89-22.042
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 novembre 1991

Mots-clés

ordre public internationalarbitragemontant compensatoire monétairecontrat internationalCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Promoteur immobilier à Ajaccio et contrat d'approvisionnement international

Un promoteur corse achète du granit en Inde avec un contrat prévoyant un prix en dollars. Un arrêté français limite les hausses de prix. Le fournisseur indien saisit un arbitre à Londres.

Application pratique:

La sentence arbitrale peut appliquer le contrat sans tenir compte de l'arrêté français, car celui-ci n'est pas d'ordre public international. Le promoteur devra payer le prix convenu, sauf à démontrer une atteinte réelle à l'objectif de l'arrêté.

2

Propriétaire à Sartène louant à un locataire étranger

Un propriétaire loue une villa à un locataire suisse avec un loyer indexé sur le franc suisse. Un décret français bloque l'indexation. Le locataire refuse d'augmenter le loyer.

Application pratique:

Si le contrat prévoit l'application du droit suisse, le propriétaire peut obtenir gain de cause devant un arbitre. Mais attention : l'indexation sur une monnaie étrangère peut être considérée comme une clause abusive si elle n'est pas équilibrée.

3

Acquéreur à Porto-Vecchio achetant un bien à un vendeur américain

Un particulier achète un terrain via une société américaine. Le contrat fixe le prix en dollars avec une clause de révision basée sur l'inflation américaine. Une loi française plafonne les prix de vente.

Application pratique:

L'acquéreur pourrait être contraint de payer le prix révisé si l'arbitre applique le droit américain. Avant de signer, faites vérifier la compatibilité de la clause avec l'ordre public français.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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