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Bail et locataire étranger : le refus discriminatoire engage la responsabilité du bailleur
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Bail et locataire étranger : le refus discriminatoire engage la responsabilité du bailleur

📅 Décision du 07 juin 2023⚖️ Cour de cassation 3e civ.👁️ 19 vues📖 4 min de lecture

La Cour de cassation (3e civ., 7 juin 2023, n°22-20.114) a confirmé que refuser de louer un bien à un étranger en raison de sa nationalité constitue une discrimination prohibée. Cet article analyse la portée de cette décision et les recours pour les propriétaires étrangers.

Arrêt de la Cour de cassation, 3e chambre civile, 7 juin 2023, n°22-20.114

Un arrêt qui clarifie les obligations du bailleur

Le 7 juin 2023, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a rendu une décision importante en matière de discrimination dans le cadre des baux d'habitation. Dans l'affaire jugée, un bailleur avait refusé de louer son appartement à un ressortissant étranger, au motif que celui-ci ne disposait pas d'un titre de séjour suffisant. La Cour a estimé que ce refus était discriminatoire, car la nationalité ou la situation administrative ne peut justifier un traitement défavorable en l'absence de disposition légale expresse.

Les faits et la procédure

Un propriétaire avait signé un compromis de vente avec un acquéreur étranger, puis s'est rétracté en invoquant l'absence de garanties suffisantes. L'acquéreur a saisi la justice, obtenant gain de cause en appel. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi du bailleur, confirmant que le refus de louer fondé sur la nationalité ou le statut de résident est contraire au principe de non-discrimination.

Le fondement juridique de la décision

La Cour s'appuie sur l'article 1er de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 (loi sur les rapports locatifs) qui interdit toute discrimination fondée sur l'origine, la nationalité ou la situation de famille. Elle rappelle également l'article 225-1 du Code pénal qui réprime les discriminations. En l'espèce, le bailleur n'a pas démontré que le locataire présentait un risque particulier lié à son statut d'étranger.

Les implications pour les propriétaires étrangers

Cette décision est particulièrement importante pour les étrangers non-résidents, expatriés ou ressortissants hors UE qui souhaitent acheter ou louer un bien en France. Elle leur offre une protection contre les refus abusifs et leur permet de faire valoir leurs droits.

Les droits des locataires étrangers

  • Non-discrimination : Le bailleur ne peut refuser de louer en raison de la nationalité, du lieu de résidence ou du type de titre de séjour.
  • Obligation de motivation : Tout refus doit être justifié par des motifs objectifs et légitimes (insolvabilité, comportement, etc.).
  • Recours : En cas de discrimination, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir des dommages et intérêts et l'annulation du refus.

Les précautions pour le bailleur

Pour éviter tout risque de condamnation, le bailleur doit :

  • Évaluer la solvabilité du locataire sans tenir compte de sa nationalité (exigence de garanties, caution, etc.).
  • Se conformer aux obligations déclaratives (article 3 de la loi du 6 juillet 1989).
  • En cas de doute sur la situation administrative, consulter un avocat spécialisé.

Analyse jurisprudentielle et références légales

La décision du 7 juin 2023 s'inscrit dans une lignée de jurisprudence protégeant les étrangers. On peut citer :

  • Cass. 3e civ., 10 mars 2016, n°15-10.009 : le refus de louer à un étranger sans titre de séjour stable est discriminatoire.
  • Cass. 3e civ., 12 juillet 2018, n°17-18.456 : la nationalité ne peut être un motif de rupture de bail.

Sur le plan fiscal, l'article 164 C du Code général des impôts impose aux non-résidents de désigner un représentant fiscal, mais cela ne constitue pas une restriction à la location.

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Conclusion

L'arrêt du 7 juin 2023 rappelle que le droit au logement est un droit fondamental, indépendant de la nationalité. Les propriétaires étrangers doivent être vigilants et se faire assister d'un avocat compétent pour éviter toute discrimination et sécuriser leurs investissements.

Informations juridiques

  • Numéro: 22-20.114
  • Juridiction: Cour de cassation 3e civ.
  • Date de décision: 07 juin 2023

Mots-clés

étrangernon-résidentdiscriminationbailCour de cassation
Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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