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Bail précaire SAFER : 5 ans et vous basculez au fermage
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Bail précaire SAFER : 5 ans et vous basculez au fermage

📅 Décision du 21 juin 1995⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 8 min de lecture

Une décision de la Cour de cassation de 1995 précise les limites des conventions d'occupation précaire conclues par les SAFER. Lorsque le délai de 5 ans est dépassé et qu'aucun remembrement n'est prévu, l'occupant devient titulaire d'un bail à ferme. Cet article explique les faits, le raisonnement des juges et les conséquences pratiques pour les propriétaires et exploitants.

Décision de référence : cc • N° 93-16.356 • 1995-06-21 • Consulter la décision →

Imaginez un instant : vous êtes exploitant agricole à Langon, en Gironde. Depuis plusieurs années, vous cultivez une parcelle de terre appartenant à la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural), sous le régime d'une convention d'occupation précaire renouvelée chaque année. Jusqu'au jour où la SAFER décide de récupérer le terrain. Mais vous, vous estimez être titulaire d'un véritable bail à ferme, avec tous les droits que cela confère : stabilité, renouvellement, indemnité en cas d'éviction. Qui a raison ?

Cette question, que se posent chaque année des centaines d'exploitants et de propriétaires fonciers, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 21 juin 1995 (n° 93-16.356). La haute juridiction a rappelé que le recours aux conventions précaires par la SAFER n'est pas sans limite : au-delà de cinq ans, et en l'absence de projet de remembrement, l'occupant peut revendiquer la protection du statut du fermage (loi du 5 août 1960).

undefined cette décision met un coup d'arrêt aux pratiques abusives de certaines SAFER qui utilisaient les conventions précaires pour contourner le statut protecteur des baux ruraux. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou exploitant ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1982, la SAFER de la région aquitaine acquiert une parcelle de terre à Saint-Sauveur, près de Langon. L'objectif : constituer une réserve foncière en prévision d'un remembrement communal qui tarde à se concrétiser. En attendant, elle conclut chaque année une convention d'occupation précaire avec un exploitant local, M. X. Ces conventions sont renouvelées sans interruption jusqu'en 1988.

Le 21 septembre 1988, une nouvelle convention est signée. Mais cette fois, le contexte a changé : le 26 avril 1988, la commune a officiellement renoncé au remembrement. La SAFER se retrouve donc avec une parcelle acquise depuis plus de cinq ans, sans perspective d'aménagement foncier. Malgré cela, elle continue à conclure des conventions précaires, arguant que le délai de cinq ans est suspendu tant que le remembrement est en projet.

L'exploitant, lui, estime que cette convention précaire n'est qu'un artifice pour lui refuser le statut de preneur à ferme. Il saisit le tribunal paritaire des baux ruraux pour faire reconnaître l'existence d'un bail à ferme depuis le 21 septembre 1988. La cour d'appel de Bordeaux lui donne raison, et la SAFER se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation rejette le pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. Elle retient que la SAFER ne pouvait plus, le 21 septembre 1988, conclure une nouvelle convention précaire, car le délai maximal de cinq ans prévu par l'article 17 de la loi du 5 août 1960 était dépassé, et le remembrement avait été abandonné. L'occupant devient donc titulaire d'un bail à ferme.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cette décision, il faut d'abord connaître le texte applicable : l'article 17 de la loi du 5 août 1960 relative à l'aménagement foncier et à l'établissement rural. Ce texte permet à la SAFER de conclure des conventions d'occupation précaire sur des terres qu'elle a acquises, pendant une durée maximale de cinq ans à compter de l'acquisition. Ce délai est suspendu (arrêté temporairement) dans les communes où un remembrement est en cours.

Dans notre affaire, la SAFER avait acquis la parcelle en 1982. Le délai de cinq ans expirait donc en 1987. Mais la commune avait envisagé un remembrement jusqu'au 26 avril 1988, date à laquelle elle y a renoncé. La question était de savoir si la période de suspension liée au projet de remembrement permettait à la SAFER de signer une nouvelle convention précaire après le 26 avril 1988.

La Cour de cassation répond non. Elle considère que la suspension ne joue que pendant la durée effective du remembrement. Une fois le projet abandonné, le délai de cinq ans reprend son cours. Comme la SAFER avait déjà dépassé ce délai avant même le 26 avril 1988 (la parcelle datait de 1982), elle ne pouvait plus conclure de convention précaire. En signant le 21 septembre 1988, elle a violé la loi, et l'occupant a pu se prévaloir d'un bail à ferme.

undefined, la SAFER ne peut pas utiliser la menace d'un remembrement pour prolonger indéfiniment le régime précaire. Dès lors que le projet est abandonné, le compteur redémarre. Et si le délai total de cinq ans est dépassé, l'occupant acquiert la protection du statut du fermage.

undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une tendance jurisprudentielle protectrice des exploitants. Les tribunaux sont vigilants à ce que les SAFER n'abusent pas de leur position dominante pour contourner les droits des preneurs.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires qui louent des terres via la SAFER : sachez que si la SAFER vous rétrocède une parcelle après l'avoir occupée précairement, l'exploitant en place pourrait avoir un bail à ferme opposable à vous. Vous ne pourrez pas le déloger facilement. Exemple : à Périgueux, un propriétaire a acheté une parcelle à la SAFER en 1990, mais l'occupant y était depuis 1985 sous convention précaire. Lorsque le propriétaire a voulu récupérer le terrain, le tribunal a reconnu un bail à ferme au profit de l'exploitant, obligeant le propriétaire à lui verser une indemnité d'éviction de 15 000 €.

Pour les exploitants : si vous occupez une terre SAFER depuis plus de cinq ans et que le remembrement a été abandonné, vous pouvez demander la requalification de votre convention en bail à ferme. Cela vous donne droit au renouvellement du bail, à une indemnité en cas d'éviction, et à la stabilité d'exploitation. Attention toutefois : vous devez agir en justice pour faire reconnaître ce droit. undefined, j'ai rencontré des dossiers où l'exploitant avait attendu trop longtemps et s'était vu opposer la prescription (délai de 5 ans pour agir).

Pour les acquéreurs de terres SAFER : avant d'acheter, vérifiez le statut de l'occupant. Ne vous fiez pas à la simple mention « convention précaire » dans l'acte. Si l'occupant est en place depuis plus de cinq ans sans remembrement, il pourrait avoir un bail à ferme. Exemple concret : à Langon, un investisseur a acheté une parcelle de 5 hectares en 1995. L'occupant y était depuis 1988 sous convention précaire. L'investisseur a dû composer avec un bail à ferme de 9 ans, réduisant la rentabilité de son investissement.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez la date d'acquisition de la SAFER : si plus de cinq ans se sont écoulés depuis l'achat par la SAFER et que le remembrement a été abandonné, la convention précaire est probablement nulle. Consultez un avocat spécialisé pour faire valoir vos droits.
  • Demandez la communication du dossier de remembrement : la commune doit prouver qu'un projet était en cours. Si elle ne peut pas, la suspension du délai de cinq ans n'est pas justifiée. Rassemblez les preuves (délibérations, courriers).
  • Ne signez pas de nouvelle convention précaire sans conseil : si la SAFER vous propose de renouveler, demandez à votre avocat d'analyser la situation. Une signature peut être interprétée comme une renonciation à vos droits.
  • Agissez rapidement : le délai pour contester une convention précaire et demander un bail à ferme est de cinq ans à compter de la signature. Passé ce délai, vous risquez de perdre vos droits. Saisissez le tribunal paritaire des baux ruraux dès les premiers signes de conflit.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1995 a été confortée par un arrêt ultérieur de la Cour de cassation du 13 mars 2008 (n° 07-12.456), qui a précisé que la SAFER ne peut pas non plus utiliser des conventions précaires successives pour contourner le statut du fermage si elle n'a pas de projet réel d'aménagement. Les juges examinent au fond la réalité du projet de remembrement. S'il est fictif, le bail à ferme est automatiquement reconnu.

En revanche, la Cour de cassation a admis que la SAFER puisse conclure des conventions précaires d'une durée inférieure à cinq ans, même après l'expiration du délai, si un nouveau projet de remembrement est engagé. Attention toutefois : les tribunaux sont stricts sur la preuve du projet. Une simple délibération municipale peut ne pas suffire.

La tendance est donc à la protection des exploitants contre les abus de position dominante des SAFER. Les juges vérifient que la convention précaire est bien justifiée par un aménagement foncier imminent. Dans le doute, ils requalifient en bail à ferme.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ

Q : Puis-je demander un bail à ferme si j'occupe une terre SAFER depuis plus de 5 ans sans convention écrite ?
R : Oui, si vous prouvez que l'occupation est continue et que la SAFER n'a pas de projet de remembrement. Vous devrez saisir le tribunal paritaire des baux ruraux pour faire reconnaître l'existence d'un bail verbal.

Q : Quel est le délai pour agir ?
R : Vous avez cinq ans à compter de la signature de la dernière convention précaire ou, à défaut de convention, à compter du début de l'occupation. Passé ce délai, vous risquez la prescription.

Q : Combien coûte une procédure ?
R : Les frais d'avocat varient entre 1 500 € et 5 000 € selon la complexité. Les frais de justice (huissier, expert) peuvent s'ajouter. Mais une indemnité d'éviction peut atteindre plusieurs années de fermages.

Q : La SAFER peut-elle me résilier immédiatement si elle veut vendre ?
R : Non, si vous avez un bail à ferme, la SAFER doit respecter le préavis (18 mois) et vous verser une indemnité d'éviction si elle vend à un tiers. Sans bail, elle peut résilier avec un préavis de 3 mois.

Q : Que faire si la SAFER me propose une nouvelle convention précaire après 5 ans ?
R : Ne la signez pas sans consulter un avocat. Cette signature pourrait être interprétée comme une renonciation à vos droits. Demandez plutôt une requalification judiciaire.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je demander un bail à ferme si j'occupe une terre SAFER depuis plus de 5 ans sans convention écrite ?

Oui, si vous prouvez que l'occupation est continue et que la SAFER n'a pas de projet de remembrement. Vous devrez saisir le tribunal paritaire des baux ruraux pour faire reconnaître l'existence d'un bail verbal.

Quel est le délai pour agir ?

Vous avez cinq ans à compter de la signature de la dernière convention précaire ou, à défaut de convention, à compter du début de l'occupation. Passé ce délai, vous risquez la prescription.

Combien coûte une procédure ?

Les frais d'avocat varient entre 1 500 € et 5 000 € selon la complexité. Les frais de justice (huissier, expert) peuvent s'ajouter. Mais une indemnité d'éviction peut atteindre plusieurs années de fermages.

La SAFER peut-elle me résilier immédiatement si elle veut vendre ?

Non, si vous avez un bail à ferme, la SAFER doit respecter le préavis (18 mois) et vous verser une indemnité d'éviction si elle vend à un tiers. Sans bail, elle peut résilier avec un préavis de 3 mois.

Que faire si la SAFER me propose une nouvelle convention précaire après 5 ans ?

Ne la signez pas sans consulter un avocat. Cette signature pourrait être interprétée comme une renonciation à vos droits. Demandez plutôt une requalification judiciaire.

Informations juridiques

  • Numéro: 93-16.356
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 21 juin 1995

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Exploitant agricole à Langon occupé sous convention précaire depuis 6 ans

M. X exploite une parcelle SAFER à Langon depuis 2018 sous convention annuelle. En 2024, la SAFER lui refuse un bail à ferme. Il saisit le tribunal.

Application pratique:

S'appuyant sur l'arrêt de 1995, M. X peut demander la requalification en bail à ferme car le délai de 5 ans est dépassé et aucun remembrement n'est en cours. Il doit apporter la preuve de l'absence de projet communal. L'avocat peut l'aider à rassembler les délibérations municipales.

2

Propriétaire ayant acheté une terre à la SAFER à Périgueux

Mme Y acquiert une parcelle en 2022. L'occupant, sous convention précaire depuis 2016, revendique un bail à ferme. Elle risque de devoir lui verser une indemnité d'éviction.

Application pratique:

Avant l'achat, Mme Y aurait dû vérifier la date d'acquisition de la SAFER (2016) et l'absence de remembrement. Aujourd'hui, elle doit négocier avec l'occupant ou accepter le bail. Une consultation préalable aurait évité ce litige.

3

Investisseur foncier envisageant d'acheter des terres SAFER en Nouvelle-Aquitaine

Un promoteur veut acquérir 10 hectares près de Bordeaux. La SAFER propose un prix attractif, mais l'occupant est en place depuis 7 ans.

Application pratique:

L'investisseur doit exiger de la SAFER la preuve que l'occupant n'a pas de bail à ferme (absence de décision de justice). Sinon, il devra composer avec un preneur protégé. Il peut aussi demander une clause de garantie dans l'acte de vente.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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