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Bornage non signé par un époux : l'exception de nullité est perpétuelle (Cass. civ., 4 mars 2009)
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Bornage non signé par un époux : l'exception de nullité est perpétuelle (Cass. civ., 4 mars 2009)

📅 Décision du 04 mars 2009⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que l'exception de nullité d'un bornage non signé par un époux peut être invoquée à tout moment, même après l'expiration du délai d'action en nullité. Une décision protectrice pour les propriétaires.

Décision de référence : cc • N° 07-17.991 • 2009-03-04 • Consulter la décision →

Imaginez : vous achetez une maison à Parentis-en-Born, avec un joli jardin. Quelques années plus tard, votre voisin fait réaliser un bornage amiable (délimitation des propriétés) et, sans que vous le sachiez, signe un procès-verbal qui vous grignote deux mètres de terrain. Vous découvrez le pot aux roses bien après, quand vous voulez clôturer. Trop tard pour agir en nullité, pensez-vous ? Pas forcément.

La question que tout propriétaire se pose : puis-je encore contester un bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage irrégulier si je n'ai pas réagi dans les délais ? La réponse de la Cour de cassation, dans un arrêt du 4 mars 2009, est claire : tant que l'acte n'a pas été exécuté de manière irréversible, vous pouvez toujours opposer la nullité par voie d'exception (c'est-à-dire comme défense à une action en justice).

Cette décision, rendue dans le cadre d'un litige entre époux et voisins, protège les propriétaires contre les actes passés sans leur consentement, même longtemps après. Décryptons ensemble une affaire qui pourrait bien concerner votre terrain.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme Y sont propriétaires d'une maison à Tarnos, dans les Landes. Leur voisin, M. X, décide de faire borner sa propriété en 1973. À l'époque, seul M. Y signe le procès-verbal de bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage (document officiel fixant les limites entre deux terrains). Son épouse, pourtant copropriétaire (car le bien est commun), n'est ni présente ni signataire. Le procès-verbal est donc entaché d'une nullité : l'article 1427 du Code civil impose que les deux époux consentent aux actes portant sur un bien commun. Mais le temps passe. En 2000, M. X engage une action en revendication (pour réclamer une bande de terrain) et demande l'exécution du bornage-titre-propriete-conteste-nouveau" class="internal-link" title="Bornage et titre de propriété : que faire quand un titre ancien est contesté par un titre nouveau ?">bornage de 1973. Les époux Y, qui ont entre-temps vendu leur maison à leurs enfants (les consorts Y), invoquent la nullité du bornage pour défaut de signature de l'épouse. Le tribunal de première instance leur donne raison. M. X fait appel, et la cour d'appel le déboute : elle déclare l'action en nullité prescrite (trop tard, car le délai de 5 ans de l'article 1427 était dépassé). Mais les consorts Y se défendent en disant : « Nous n'attaquons pas le bornage, nous l'opposons comme exception à la demande de M. X. » La Cour de cassation leur donne raison : l'exception de nullité (le fait de se défendre en invoquant la nullité d'un acte) est perpétuelle, contrairement à l'action en nullité. undefined, vous pouvez toujours vous prévaloir de la nullité d'un acte pour repousser une demande en justice, même si vous ne pouvez plus l'attaquer directement.

Cette affaire montre à quel point un bornage mal signé peut créer des décennies de contentieux. À Parentis-en-Born comme ailleurs, la vigilance s'impose.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du raisonnement tient en une phrase : « L'exception de nullité étant perpétuelle, le délai imparti par l'article 1427, alinéa 2, du code civil pour l'exercice de l'action en nullité contre un procès-verbal de bornage non signé par un époux, ne peut empêcher ledit époux d'opposer à une demande en justice un moyen tiré de la nullité d'un acte irrégulièrement passé par l'autre époux. » undefined la Cour distingue deux notions juridiques fondamentales : l'action en nullité (demander au juge d'annuler un acte) et l'exception de nullité (invoquer la nullité pour se défendre). L'action en nullité est soumise à un délai de prescription (ici 5 ans selon l'article 1427 du Code civil, qui fixe le délai pour contester un acte passé sans l'accord d'un époux sur un bien commun). Mais l'exception de nullité, elle, peut être soulevée à tout moment, tant que l'acte n'a pas été exécuté volontairement ou confirmé. Pourquoi cette différence ? Parce que l'exception de nullité n'est pas une attaque, c'est un bouclier. On ne peut pas laisser une partie profiter d'un acte nul pour obtenir gain de cause, sous prétexte que le délai pour l'attaquer est passé. Les juges du fond (cour d'appel) avaient commis l'erreur de confondre les deux : ils avaient jugé que l'action en nullité était prescrite, donc que la nullité était couverte. La Cour de cassation rectifie : la prescription de l'action ne fait pas disparaître la nullité ; celle-ci peut toujours être opposée en défense. Ce principe est constant en droit français : l'exception de nullité est perpétuelle (sauf exceptions légales, comme en droit des sociétés). Ici, la Cour applique ce principe au bornage, un acte souvent négligé mais aux conséquences lourdes. Attention toutefois : l'exception de nullité ne peut être invoquée que par celui qui n'a pas exécuté volontairement l'acte nul. Si les époux Y avaient, par exemple, construit une clôture en respectant le bornage litigieux, ils auraient pu être considérés comme ayant confirmé l'acte. Mais en l'espèce, ils avaient simplement contesté.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision est une protection essentielle pour les propriétaires, surtout en zone rurale comme Parentis-en-Born ou Tarnos, où les bornages amiables sont fréquents. Voyons les implications par profil :

  • Propriétaire bailleur : Si vous louez un bien et que votre locataire a signé un bornage avec le voisin sans votre accord, vous pouvez toujours opposer la nullité de cet acte si le voisin vous attaque. Exemple chiffré : à Tarnos, un terrain de 500 m² vaut environ 50 000 €. Un empiétement de 2 mètres (soit 10 m²) représente 1 000 € de moins-value. Grâce à cet arrêt, vous pouvez récupérer ce terrain même 20 ans après.
  • Acquéreur : Avant d'acheter, vérifiez que le bornage existant a bien été signé par tous les propriétaires (époux compris). Si ce n'est pas le cas, sachez que la nullité peut être invoquée indéfiniment. Demandez une attestation de régularité ou un acte confirmatif.
  • Copropriétaire : Dans une copropriété, le règlement peut prévoir des servitudes. Si l'un des copropriétaires a signé un acte sans l'accord de son conjoint, l'exception de nullité peut paralyser toute action en revendication.
  • Professionnel de l'immobilier : Lors d'une transaction, faites signer le procès-verbal de bornage par les deux époux (ou faites-le homologuer par un géomètre-expert). Un vice de forme peut être invoqué des années plus tard et bloquer une vente. Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir vite : si vous êtes attaqué, invoquez l'exception de nullité dans vos conclusions (vos arguments écrits) avant toute défense au fond. Le délai pour agir en nullité est de 5 ans à compter de la signature (article 1427), mais l'exception est perpétuelle. En pratique, si vous découvrez un bornage non signé par votre conjoint, vous pouvez soit l'attaquer en nullité (dans les 5 ans), soit attendre d'être attaqué pour l'opposer. Parfois, il est stratégique de ne pas agir et de garder cette carte en réserve.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites signer le bornage par tous les propriétaires : Le jour du bornage, assurez-vous que votre conjoint, et tout autre copropriétaire (indivision, SCI), soit présent ou donne un pouvoir écrit au géomètre-expert. Un oubli, et c'est des années de contentieux.
  • Conservez tous les documents : Gardez le procès-verbal original, les photos des bornes, et tout échange avec le voisin. En cas de contestation, vous pourrez prouver la date et les circonstances.
  • Ne construisez pas sur une zone litigieuse : Si le bornage est contesté, attendez la décision judiciaire avant de clôturer ou de construire. Sinon, vous risquez une démolition à vos frais (plusieurs milliers d'euros).
  • Consultez un avocat dès le premier désaccord : Une simple lettre recommandée peut suffire à préserver vos droits. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un courrier mal rédigé a été interprété comme une acceptation tacite du bornage. Ne prenez pas ce risque.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt s'inscrit dans une jurisprudence constante : la Cour de cassation a déjà affirmé le caractère perpétuel de l'exception de nullité dans d'autres domaines (par exemple, pour les actes de vente immobilière non signés par un époux : Civ. 1re, 17 mars 1992, n° 90-15.497). La particularité ici est l'application au bornage, un acte qui n'est pas un contrat mais un document technique à valeur juridique. Les tribunaux sont de plus en plus stricts sur la régularité des bornages, notamment dans les zones où la pression foncière est forte, comme le littoral landais. Une tendance récente : certains géomètres-experts font désormais signer un « acte de consentement » par les deux époux, même en l'absence de régime matrimonial commun. Cette décision renforce l'importance de cette pratique. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que la nullité des bornages soit plus souvent soulevée, surtout dans les successions ou les ventes après décès.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Je n'ai pas signé le bornage de mon terrain il y a 10 ans, puis-je encore le contester ? Oui, si vous êtes attaqué par le voisin, vous pouvez opposer l'exception de nullité. Mais si vous voulez agir vous-même (action en nullité), le délai de 5 ans est passé.
  • Mon voisin a construit une clôture sur la base d'un bornage non signé par mon conjoint. Que faire ? Vous pouvez demander la démolition en justice, en invoquant la nullité du bornage. L'exception de nullité vous permet de vous défendre si le voisin vous attaque.
  • Est-ce que le fait d'avoir payé le géomètre vaut acceptation du bornage ? Non, le paiement n'est pas une confirmation de l'acte. Seule l'exécution volontaire (construire, planter) peut valoir confirmation.
  • Quel est le risque si je ne fais rien ? Le voisin peut acquérir le terrain par prescription trentenaire (possession continue pendant 30 ans). L'exception de nullité ne bloque pas la prescription acquisitive. Agissez vite.

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Checklist : Si vous découvrez un bornage non signé par votre conjoint : 1) Ne construisez pas sur la zone litigieuse. 2) Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier. 3) Si vous êtes attaqué, opposez l'exception de nullité dans votre première réponse. 4) Envisagez une action en nullité si le délai de 5 ans n'est pas dépassé. 5) Mettez en demeure le voisin de régulariser la situation.

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Informations juridiques

  • Numéro: 07-17.991
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 04 mars 2009

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Achat d'une maison avec jardin à Parentis-en-Born

En 2015, vous achetez une maison avec un grand jardin à Parentis-en-Born. En 2023, votre voisin fait réaliser un bornage amiable à votre insu et signe seul un procès-verbal qui vous retire 2 mètres de terrain. Vous ne découvrez l'irrégularité qu'en 2024, lorsque vous voulez clôturer.

Application pratique:

Vous pouvez contester ce bornage par voie d'exception si votre voisin vous attaque en justice pour vous réclamer le terrain. La Cour de cassation (4 mars 2009) permet d'opposer la nullité d'un acte même longtemps après, tant qu'il n'a pas été exécuté de manière irréversible. Consultez un avocat pour préparer votre défense et ne signez aucun document sans conseil.

2

Copropriétaire non signataire d'un bornage

M. et Mme Dupont sont propriétaires d'une maison commune à Tarnos. En 1973, M. Dupont signe seul un procès-verbal de bornage avec le voisin. En 2000, le voisin réclame une bande de terrain en se fondant sur ce bornage. Mme Dupont, qui n'a jamais signé, invoque la nullité.

Application pratique:

La nullité pour défaut de consentement de l'épouse peut être invoquée en défense, même après le délai de prescription de 5 ans de l'article 1427 du Code civil. La Cour de cassation a jugé que l'exception de nullité est perpétuelle tant que l'acte n'a pas été exécuté. Si vous êtes dans cette situation, ne cédez pas le terrain et opposez la nullité dans le cadre de la procédure.

3

Vente d'un bien après un bornage contesté

En 2005, M. Martin vend sa maison à ses enfants. Le voisin, qui avait fait borner en 1973 sans la signature de l'épouse de M. Martin, intente en 2000 une action en revendication. Les enfants héritent du litige et découvrent le bornage irrégulier en 2020.

Application pratique:

Les enfants peuvent se prévaloir de la nullité du bornage par voie d'exception, même si l'action en nullité est prescrite. La Cour de cassation (4 mars 2009) protège les acquéreurs successifs. Ils doivent consulter un avocat pour préparer leur défense et ne pas accepter l'exécution du bornage. Une solution amiable ou judiciaire peut être envisagée pour établir un nouveau bornage régulier.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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