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Cautionnement d'acompte travaux : quand la banque n'a pas à rembourser
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Cautionnement d'acompte travaux : quand la banque n'a pas à rembourser

📅 Décision du 26 février 1992⚖️ Cour de cassation👁️ 17 vues📖 7 min de lecture

Une décision de la Cour de cassation de 1992 précise les limites du cautionnement d'acompte versé à un entrepreneur : si les travaux ont bien démarré, la banque caution n'est pas tenue de rembourser le maître d'ouvrage, même si le chantier s'arrête ensuite.

Décision de référence : cc • N° 90-12.684 • 1992-02-26 • Consulter la décision →

Imaginez : vous confiez à un entrepreneur la rénovation de votre appartement à Saint-Denis. Le contrat prévoit un acompte de 10% au démarrage, garanti par une caution bancaire. Vous versez l'acompte, l'entrepreneur commence les travaux… puis il disparaît du jour au lendemain. Le chantier est à l'abandon. Vous vous tournez vers la banque pour récupérer votre acompte. Elle vous répond : « Désolé, les travaux ont commencé, notre garantie ne joue plus. » Injuste ? Pas forcément, comme l'explique une décision de la Cour de cassation du 26 février 1992 (n° 90-12.684).

Cette affaire, qui concerne un promoteur social à Saint-Denis, pose une question cruciale pour tout maître d'ouvrage : à quoi sert exactement un cautionnement d'acompte ? La réponse est moins simple qu'il n'y paraît. Les juges ont tranché : si l'entrepreneur a effectivement démarré les travaux, même partiellement, la caution n'a pas à rembourser l'acompte, sauf si le maître d'ouvrage prouve que l'avance n'était pas justifiée.

Cette décision, rendue il y a plus de trente ans, reste d'actualité. Elle rappelle que le cautionnement d'acompte n'est pas une assurance tous risques. Il garantit que l'acompte servira bien à financer le début du chantier, pas que les travaux iront jusqu'à leur terme. Une nuance qui peut coûter cher à ceux qui ne lisent pas les petits caractères du contrat de cautionnement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1984, l'office HLM « La Seimaroise » (le maître d'ouvrage) confie à la société Novabat la construction de logements sociaux à Saint-Denis. Trois marchés sont signés, chacun prévoyant un acompte de 10% du prix total, garanti par un cautionnement bancaire. La banque BPRNP accorde sa garantie à hauteur de 1 322 524,50 francs pour l'ensemble des marchés, conformément à l'article 9-2 du contrat.

L'entrepreneur encaisse l'acompte, commence les travaux… mais très vite, le chantier patine. Les travaux ne se poursuivent pas comme prévu. La Seimaroise, mécontente, résilie les marchés et réclame à la banque le remboursement de l'acompte versé, soit 784 257,05 francs. La banque refuse : selon elle, la garantie ne couvre que le démarrage des travaux, et ceux-ci ont bien commencé.

Le litige arrive devant la cour d'appel de Paris, puis en cassation. La question est simple : la banque doit-elle payer ? La cour d'appel dit non, et la Cour de cassation confirme. Pour les juges, l'acte de cautionnement prévoit un acompte « au titre exclusif du démarrage des travaux ». Or, l'entrepreneur a commencé les travaux – même s'il n'a pas terminé – et la Seimaroise ne démontre pas que l'avance n'était pas justifiée par les travaux réellement exécutés. La banque est donc libérée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur une lecture stricte du contrat de cautionnement. En droit français, le cautionnement est un engagement par lequel une banque (la caution) se porte garante de l'obligation d'une autre personne (l'entrepreneur) envers le créancier (le maître d'ouvrage). Mais cet engagement est limité par les termes du contrat : ici, la garantie ne porte que sur l'utilisation de l'acompte pour le démarrage des travaux.

Les juges rappellent que le maître d'ouvrage a versé l'acompte « en exécution du marché », c'est-à-dire conformément au contrat. L'entrepreneur a bien commencé les travaux – il a donc utilisé l'acompte pour son objet. Peu importe que les travaux se soient arrêtés ensuite : la condition du cautionnement est remplie dès lors que le démarrage a eu lieu. Le maître d'ouvrage ne peut pas se retourner contre la banque pour un défaut d'exécution ultérieur, qui relève de la responsabilité contractuelle de l'entrepreneur, pas de la caution.

La Cour rejette aussi l'argument de la Seimaroise selon lequel les travaux n'étaient pas « légitimes » parce qu'ils n'ont pas été poursuivis. La preuve incombait au maître d'ouvrage : c'est à lui de démontrer que l'acompte n'a pas été utilisé pour le démarrage prévu. En l'absence de cette preuve, la banque est libérée. Cette solution est constante : la Cour de cassation applique ici une jurisprudence classique sur les cautionnements d'acompte (Civ. 3e, 26 févr. 1992, n° 90-12.684, Bull. III, n° 57).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur : si vous versez un acompte garanti par caution et que l'entrepreneur arrête le chantier après avoir commencé, vous ne pourrez pas réclamer le remboursement à la banque. Vous devrez agir directement contre l'entrepreneur. Exemple : à Créteil, un propriétaire confie la rénovation de sa copropriété pour 200 000 €, avec un acompte de 20 000 € garanti. L'entrepreneur creuse les fondations puis disparaît. La banque refusera de rembourser, car les travaux ont démarré.

Pour un locataire : si vous êtes locataire et que le propriétaire engage des travaux avec un acompte, cette décision ne vous concerne pas directement. Mais si le chantier s'arrête, vous pourriez subir des nuisances prolongées. Vous pouvez demander une réduction de loyer ou des dommages-intérêts au propriétaire, mais pas à la banque.

Pour un acquéreur en VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) : attention aux garanties d'achèvement. Le cautionnement d'acompte est distinct de la garantie d'achèvement. Si le promoteur cesse les travaux après avoir commencé, vous pourrez actionner la garantie d'achèvement, mais pas le cautionnement d'acompte.

En pratique, retenez que le cautionnement d'acompte est une garantie limitée au démarrage. Pour être protégé contre l'abandon de chantier, il faut exiger une garantie de bonne fin ou une caution de restitution d'acompte (qui couvre l'intégralité de l'avance en cas de non-exécution).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Lisez attentivement l'acte de cautionnement : vérifiez si la garantie couvre uniquement le démarrage ou l'intégralité de l'exécution. Si le texte mentionne « acompte au titre du démarrage », la banque sera libérée dès que les premiers coups de pioche sont donnés.
  • Exigez une caution de restitution d'acompte : cette garantie, plus protectrice, oblige la banque à rembourser l'acompte si l'entrepreneur n'exécute pas ses obligations, qu'il ait commencé ou non. Négociez-la dans le contrat.
  • Étalez les versements : au lieu d'un acompte unique de 10 ou 20 %, prévoyez des versements échelonnés en fonction de l'avancement réel (ex : 10% à la signature, 20% après les fondations, 30% après le hors-d'eau, etc.).
  • Documentez le démarrage : si vous êtes maître d'ouvrage, faites constater par un huissier ou un expert l'état d'avancement des travaux avant de verser l'acompte. En cas de litige, vous pourrez prouver que les travaux n'étaient pas justifiés.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1992 s'inscrit dans une jurisprudence constante de la troisième chambre civile de la Cour de cassation. On peut citer un arrêt du 5 juillet 1994 (n° 92-15.032) qui juge que « la caution n'est tenue que dans les limites de son engagement » : si l'acte de cautionnement prévoit une condition précise (comme le démarrage des travaux), le créancier ne peut pas étendre la garantie au-delà.

Plus récemment, la Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 10 mars 2016 (n° 15-10.204) que la banque qui a versé l'acompte à l'entrepreneur sur ordre du maître d'ouvrage n'est pas tenue de vérifier l'utilisation des fonds. La charge de la preuve incombe toujours au maître d'ouvrage, comme en 1992.

La tendance est donc constante : les juges interprètent strictement les cautionnements. Si vous voulez une protection large, il faut le stipuler expressément dans le contrat de cautionnement. Les modèles types des banques sont souvent minimalistes : à vous de négocier.

Questions fréquentes

  1. Puis-je récupérer mon acompte si l'entrepreneur a commencé les travaux mais les abandonne ? Non, auprès de la banque caution, si le cautionnement ne couvre que le démarrage. Vous devez poursuivre l'entrepreneur en justice pour inexécution.
  2. Quelle est la différence entre cautionnement d'acompte et caution de bonne fin ? Le cautionnement d'acompte garantit uniquement l'utilisation de l'avance pour le démarrage. La caution de bonne fin garantit la bonne exécution de l'ensemble du contrat jusqu'à la réception des travaux.
  3. Que faire si je suis maître d'ouvrage et que je veux être protégé ? Exigez une caution de restitution d'acompte (ou « caution de remboursement d'acompte ») qui couvre l'intégralité de l'avance en cas de non-exécution, sans condition de démarrage.
  4. Cette décision s'applique-t-elle aux particuliers qui font des travaux chez eux ? Oui, les mêmes principes s'appliquent. Si vous signez un contrat avec un artisan et que la banque garantit l'acompte pour le démarrage, vous serez lié par cette clause.
  5. Quel délai pour agir contre l'entrepreneur ? Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la résiliation du contrat ou de l'abandon du chantier (article 2224 du Code civil). Agissez vite, car retrouver un entrepreneur défaillant peut être difficile.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je récupérer mon acompte si l'entrepreneur abandonne le chantier après avoir commencé ?

Non, si le cautionnement ne couvre que le démarrage des travaux. La banque n'est pas tenue de rembourser. Vous devez agir contre l'entrepreneur.

Quelle est la différence entre cautionnement d'acompte et caution de restitution d'acompte ?

Le cautionnement d'acompte garantit l'utilisation de l'avance pour le démarrage. La caution de restitution d'acompte garantit le remboursement en cas de non-exécution, quel que soit l'avancement.

Que faire pour être protégé en tant que maître d'ouvrage ?

Exigez une caution de restitution d'acompte dans le contrat. Elle vous couvre intégralement si l'entrepreneur n'exécute pas ses obligations.

Cette décision s'applique-t-elle aux particuliers qui font des travaux chez eux ?

Oui, les mêmes règles s'appliquent. Vérifiez toujours les termes de la garantie bancaire avant de signer.

Informations juridiques

  • Numéro: 90-12.684
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 26 février 1992

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Créteil : acompte perdu après abandon de chantier

Un propriétaire verse 15 000 € d'acompte pour la rénovation d'un studio à Créteil, garanti par caution bancaire. L'entrepreneur commence la démolition puis disparaît. La banque refuse de rembourser.

Application pratique:

Le propriétaire ne peut pas actionner la caution. Il doit assigner l'entrepreneur en justice pour inexécution, mais celui-ci est introuvable. Il aurait dû négocier une caution de restitution d'acompte.

2

Promoteur à Saint-Denis : travaux démarrés mais inachevés

Un promoteur social verse un acompte de 100 000 € garanti pour un programme de logements. L'entrepreneur réalise les fondations puis cesse le chantier. La banque invoque la clause de démarrage.

Application pratique:

La banque est libérée car les travaux ont commencé. Le promoteur doit se retourner contre l'entrepreneur et actionner éventuellement la garantie d'achèvement si elle existe.

3

Acquéreur en VEFA : confusion entre caution d'acompte et garantie d'achèvement

Un couple achète un appartement sur plan à Créteil. Le promoteur perçoit 20% du prix à la réservation, garanti par caution. Les travaux démarrent puis s'arrêtent.

Application pratique:

La caution d'acompte ne joue pas si les travaux ont commencé. Les acquéreurs doivent vérifier s'ils bénéficient d'une garantie d'achèvement (souvent obligatoire en VEFA) pour obtenir la fin du chantier.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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