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Responsabilité d'un entrepreneur : quand le locataire se blesse dans les parties communes
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Responsabilité d'un entrepreneur : quand le locataire se blesse dans les parties communes

📅 Décision du 26 avril 1972⚖️ Cour de cassation👁️ 19 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation casse un arrêt qui condamnait un entrepreneur à garantir intégralement le propriétaire d'un immeuble après la chute d'un locataire dans un escalier mal éclairé et dégradé, rappelant que le défaut d'éclairage incombait au propriétaire lui-même. Cette décision clarifie le partage de responsabilité entre propriétaire et entrepreneur en cas d'accident dans un immeuble.

Décision de référence : cc • N° 70-14.043 • 1972-04-26 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un petit immeuble à Caen. Un locataire emprunte l'escalier commun un soir d'hiver, l'ampoule du palier est grillée, une marche est descellée. Il chute, se blesse, et vous assigne en réparation. Vous vous retournez alors contre l'entrepreneur que vous aviez chargé de l'entretien, estimant que les travaux non faits sont la cause de l'accident. Mais qui doit vraiment payer ? Votre responsabilité peut-elle être totalement transférée à l'entrepreneur ?

La question que se pose chaque propriétaire bailleur est simple : si je confie l'entretien de mon immeuble à un professionnel, suis-je déchargé de toute responsabilité en cas d'accident ? La réponse n'est pas aussi évidente qu'on le croit. Cette décision de la Cour de cassation de 1972 vient justement trancher un cas où le propriétaire, un office HLM de Paris, avait été condamné pour la chute d'un locataire, et avait tenté de se faire garantir par l'entrepreneur.

Ce qu'il faut retenir, c'est que la responsabilité ne se transfère pas automatiquement. Les juges doivent analyser les causes exactes du dommage : si l'accident résulte à la fois d'un défaut imputable à l'entrepreneur (marches non réparées) et d'une négligence du propriétaire lui-même (éclairage insuffisant), ce dernier ne peut pas exiger une garantie totale. Décryptage d'une affaire qui a des échos directs dans nos copropriétés caennaises et ouistrehamaises.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Revenons en 1969. L'Office Public d'Habitations à Loyers Modérés de la ville de Paris (l'équivalent d'un bailleur social) possède un immeuble. Il confie à une entreprise des travaux d'entretien courant, dont la réparation des marches d'un escalier. Le 15 mars, l'office donne l'ordre de commencer les travaux. Mais l'entrepreneur tarde. Pendant ce temps, un locataire emprunte l'escalier. Le 20 avril, soit plus d'un mois après l'ordre, l'escalier est toujours en mauvais état, et en plus, l'éclairage est défaillant. Le locataire chute et se blesse grièvement.

Le locataire assigne alors le propriétaire (l'office HLM) en responsabilité. Le tribunal de grande instance de Paris, puis la cour d'appel de Paris, condamnent l'office à indemniser la victime. Mais l'office, estimant que l'entrepreneur est le seul fautif pour ne pas avoir réparé les marches, appelle ce dernier en garantie. La cour d'appel, dans son arrêt du 13 mai 1970, fait droit à cette demande : elle condamne l'entrepreneur à garantir intégralement l'office des sommes versées au locataire.

L'entrepreneur se pourvoit en cassation. Son argument ? La cour d'appel a retenu, comme cause de l'accident, non seulement l'état défectueux de l'escalier (qui relève de sa mission), mais aussi l'insuffisance de l'éclairage (qui relève de la responsabilité du propriétaire). Or, en le condamnant à garantir la totalité, les juges du fond n'ont pas tiré les conséquences de leurs propres constatations.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans un arrêt court mais incisif, casse partiellement l'arrêt de la cour d'appel. Le raisonnement est le suivant : l'article 1382 du Code civil (aujourd'hui 1240) dispose que « tout fait quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». Pour qu'un entrepreneur soit tenu de garantir le propriétaire, il faut que sa faute soit la cause exclusive du dommage.

Or, en l'espèce, la cour d'appel avait elle-même relevé deux causes : l'état défectueux de l'escalier (imputable à l'entrepreneur, qui n'avait pas exécuté les travaux) et l'insuffisance de l'éclairage (imputable au propriétaire, qui n'avait pas veillé à l'entretien des parties communes). En condamnant l'entrepreneur à garantir intégralement le propriétaire, la cour d'appel a violé l'article 1382. La Cour de cassation reproche aux juges du fond de ne pas avoir limité la garantie à la part de responsabilité correspondant à la faute de l'entrepreneur.

Ce n'est ni une confirmation, ni un revirement : c'est une application stricte du droit de la responsabilité civile. Chaque fautif doit répondre de sa propre faute, proportionnellement. L'entrepreneur ne peut être tenu de réparer les conséquences d'une négligence qui incombe au propriétaire. La décision rappelle un principe fondamental : on ne peut pas transférer à autrui la charge d'un dommage qu'on a soi-même contribué à causer.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : vous ne pouvez pas vous décharger entièrement sur votre entrepreneur. Si vous négligez l'entretien des parties communes (éclairage, nettoyage, sécurité incendie), vous restez responsable de votre part. Exemple concret : à Ouistreham, un propriétaire d'un immeuble de 6 logements confie la réparation d'une rampe d'escalier à un artisan. Mais il oublie de remplacer l'ampoule du hall. Un locataire chute dans l'obscurité. L'artisan n'aura à répondre que du défaut de rampe, pas de l'obscurité.

Pour les locataires : en cas d'accident, vous devez identifier précisément la ou les causes. Ne vous contentez pas d'assigner le propriétaire. Si un défaut d'entretien est dû à un entrepreneur, vous pouvez le citer directement dans la procédure. Mais gardez à l'esprit que le propriétaire reste tenu de l'éclairage et de la sécurité générale.

Pour les entrepreneurs : cette décision vous protège. Si vous intervenez sur un immeuble, documentez l'état des lieux avant travaux. Photographiez l'éclairage, les marches, tout ce qui pourrait être une cause indépendante d'accident. En cas de litige, vous pourrez démontrer que votre responsabilité est limitée à votre seule intervention.

Un exemple chiffré : imaginons un préjudice total de 50 000 €. Si la faute de l'entrepreneur est estimée à 60 % (marches non réparées) et celle du propriétaire à 40 % (éclairage absent), l'entrepreneur ne devra garantir que 30 000 €, pas la totalité. Soit une économie de 20 000 € pour l'artisan.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Propriétaires : réalisez un diagnostic sécurité annuel de vos parties communes. Vérifiez éclairage, revêtements de sol, rampes, marches. Consignez par écrit et photos. Cela vous permettra de prouver votre diligence.
  • Entrepreneurs : avant de commencer, faites un état des lieux contradictoire avec le propriétaire ou le syndic. Notez les défectuosités existantes, notamment l'éclairage. Signez un document commun.
  • Locataires : signalez immédiatement tout défaut par lettre recommandée avec accusé de réception à votre bailleur. Conservez une copie. En cas d'accident, ce signalement sera une preuve que le propriétaire était informé.
  • En cas de travaux urgents, ne tardez pas : un délai d'un mois comme dans l'affaire est jugé « plus que suffisant » par la Cour. Si vous êtes entrepreneur, exécutez dans les meilleurs délais. Si vous êtes propriétaire, relancez par écrit.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1972 s'inscrit dans une lignée constante : le principe de l'effet relatif des contrats et de la responsabilité pour faute personnelle. On peut citer un arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 1967 (n° 65-13.412) qui avait déjà jugé que le propriétaire ne peut pas se prévaloir de la faute de l'entrepreneur pour s'exonérer totalement de sa propre responsabilité délictuelle envers la victime. Plus récemment, la chambre mixte du 27 février 1970 (n° 68-10.276) a précisé que le maître d'ouvrage peut être tenu solidairement avec l'entrepreneur si sa faute a concouru au dommage.

La tendance des tribunaux est de plus en plus à un partage précis des responsabilités, parfois au prorata des fautes. Avec l'essor des diagnostics techniques obligatoires (DPE, amiante, électricité), les propriétaires ont davantage d'obligations de sécurité. Il est donc essentiel de ne pas négliger les éléments qui vous incombent personnellement, même si vous déléguez certains travaux.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

  • Q : Puis-je être condamné si mon entrepreneur n'a pas fait les travaux ? R : Oui, si vous avez vous-même contribué au dommage (ex : éclairage défaillant). Vous pouvez appeler l'entrepreneur en garantie, mais seulement pour sa part.
  • Q : Que faire si je suis propriétaire et que mon locataire se blesse ? R : Rassemblez toutes les preuves de vos entretiens (factures, contrats, photos). Contactez votre assurance responsabilité civile. Ne reconnaissez pas votre faute sans avis juridique.
  • Q : L'entrepreneur peut-il refuser de payer si le propriétaire est aussi fautif ? R : Oui, il peut demander un partage de responsabilité. Il devra prouver la faute du propriétaire (ex : éclairage insuffisant).
  • Q : Quel délai pour agir après un accident ? R : La prescription est de 5 ans en matière de responsabilité contractuelle (article 2224 du Code civil), mais attention, en cas de dommage corporel, le point de départ peut être la consolidation. Consultez rapidement.

Checklist si vous êtes impliqué dans un accident : 1. Sécurisez les lieux. 2. Photographiez tout (éclairage, marches, chaussures de la victime). 3. Recueillez les témoignages. 4. Déclarez à votre assurance dans les 5 jours. 5. Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je être condamné si mon entrepreneur n'a pas fait les travaux ?

Oui, si vous avez vous-même contribué au dommage (ex : éclairage défaillant). Vous pouvez appeler l'entrepreneur en garantie, mais seulement pour sa part.

Que faire si je suis propriétaire et que mon locataire se blesse ?

Rassemblez toutes les preuves de vos entretiens (factures, contrats, photos). Contactez votre assurance responsabilité civile. Ne reconnaissez pas votre faute sans avis juridique.

L'entrepreneur peut-il refuser de payer si le propriétaire est aussi fautif ?

Oui, il peut demander un partage de responsabilité. Il devra prouver la faute du propriétaire (ex : éclairage insuffisant).

Quel délai pour agir après un accident ?

La prescription est de 5 ans en matière de responsabilité contractuelle (article 2224 du Code civil), mais attention, en cas de dommage corporel, le point de départ peut être la consolidation. Consultez rapidement.

Puis-je me retourner contre l'entrepreneur si je suis condamné en tant que propriétaire ?

Oui, par une action en garantie. Mais le juge limitera la condamnation de l'entrepreneur à la part de responsabilité qui lui incombe réellement, en fonction des causes du dommage.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-14.043
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 26 avril 1972

Mots-clés

responsabilité civileentrepreneurpropriétaire bailleurchute escaliergarantie

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Caen : chute d'un locataire dans l'escalier

Un propriétaire d'un immeuble de 8 logements à Caen confie la réparation de marches à un artisan. L'éclairage du hall est défaillant. Un locataire chute et se blesse. Le propriétaire est assigné. Il appelle l'artisan en garantie.

Application pratique:

Le juge partagera la responsabilité : l'artisan répondra des marches non réparées (60%), le propriétaire de l'éclairage insuffisant (40%). Le propriétaire devra payer 40% de l'indemnité. Il doit donc veiller à l'éclairage et ne pas tout déléguer.

2

Entrepreneur à Ouistreham : travaux d'entretien d'un escalier

Un entrepreneur est chargé de refaire le revêtement d'un escalier dans une copropriété à Ouistreham. Avant de commencer, l'éclairage est déjà défectueux. Un résident chute dans l'escalier en attendant les travaux.

Application pratique:

L'entrepreneur doit photographier l'éclairage et faire constater le défaut par le syndic. En cas de procès, il pourra prouver que sa faute (retard) n'est pas la cause exclusive. Il ne garantira que le préjudice lié à l'état des marches, pas celui lié à l'obscurité.

3

Locataire victime d'une chute : comment obtenir réparation

Un locataire d'un immeuble à Caen chute dans l'escalier à cause d'une marche descellée et d'un éclairage faible. Il subit une fracture du poignet. Il veut être indemnisé.

Application pratique:

Il doit assigner à la fois le propriétaire (pour l'éclairage) et l'entrepreneur (pour la marche), ou au moins le propriétaire qui appellera l'entrepreneur en garantie. Il faut conserver des photos et un certificat médical. L'indemnisation sera proportionnelle aux fautes de chacun.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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