Décision de référence : cc • N° 79-14.797 • 1981-05-20 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local professionnel à Saint-Doulchard, loué à un artisan. Vous avez accepté une majoration de loyer au maximum légal. Mais voilà que votre locataire veut céder son droit au bail à un tiers, sans vous demander votre avis. Vous pouvez l'interdire ? Cette décision de la Cour de cassation de 1981 répond clairement : oui, à condition que le bail le prévoie. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou locataire ? Plongeons dans les détails.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. Nougarède, locataire de locaux à usage professionnel appartenant à un bailleur, souhaitait céder son droit au bail seul, sans l'activité professionnelle qu'il y exerçait. Le bail contenait une clause limitant la cession à l'ensemble des droits attachés à l'exercice de sa profession. Le bailleur a refusé la cession isolée. Nougarède a saisi la justice, arguant que la majoration maximale du loyer (prévue par la loi) lui donnait droit à une liberté totale de cession. La cour d'appel lui a donné tort, et la Cour de cassation a confirmé en 1981.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1134 du Code civil (devenu 1103) : les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Autrement dit, le bail fait la loi entre les parties. Ici, la clause de cession était claire : elle exigeait que le cessionnaire reprenne l'ensemble des droits attachés à la profession (clientèle, matériel, etc.). Le locataire ne pouvait céder un « droit au bail » nu, sans l'activité. La Cour rejette l'argument du locataire selon lequel la majoration de loyer (plafond légal) lui donnerait un droit absolu de céder librement. Elle rappelle que la loi n'interdit pas au bailleur de limiter la cession, même en cas de loyer maximum. En clair, la liberté contractuelle prime sur la réglementation des loyers.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : vous pouvez insérer dans le bail une clause qui interdit la cession isolée du droit au bail. Même si vous avez déjà pratiqué une majoration de loyer, cette clause reste valable. Attention toutefois : elle doit être rédigée clairement, comme « le preneur ne peut céder son droit au bail qu'avec l'ensemble des droits attachés à l'exercice de sa profession ».
Pour les locataires : si vous envisagez de céder votre bail, vérifiez les clauses. Si le bail exige une cession globale (clientèle + bail), vous ne pouvez pas céder le bail seul. À Aubigny-sur-Nère, un coiffeur qui veut vendre son salon devra inclure le bail dans la vente, pas le céder séparément.
Pour les acquéreurs : avant d'acheter un droit au bail, assurez-vous que le bail autorise la cession. Sinon, vous risquez un refus du propriétaire.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez une clause de cession précise dans le bail : mentionnez explicitement si la cession est libre, soumise à agrément, ou limitée à la cession de l'entreprise. Exemple : « Toute cession du droit au bail est subordonnée à l'accord écrit du bailleur, sauf si elle intervient avec la cession de la totalité du fonds artisanal. »
- Conservez une trace écrite des échanges : si vous refusez une cession, notifiez votre refus par lettre recommandée avec accusé de réception, en motivant votre décision.
- Anticipez les conséquences fiscales : la cession d'un droit au bail peut générer des plus-values. Consultez un expert-comptable.
- Faites relire votre bail par un avocat spécialisé : Maître Zakine peut vérifier la conformité de vos clauses avec la jurisprudence récente.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1981 a été confirmée par la suite : la Cour de cassation a jugé que même en présence d'un loyer réglementé, le bailleur peut limiter la cession (Civ. 3e, 12 mars 1985, n°83-16.789). En revanche, attention : si la clause est jugée abusive (par exemple, interdiction totale sans motif légitime), elle pourrait être annulée. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où le locataire voulait céder son bail à un concurrent direct : le bailleur peut légitimement refuser pour protéger son local. La tendance des tribunaux est de respecter la volonté des parties, tant que la clause est claire et non discriminatoire.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
- Puis-je céder mon droit au bail si le bail ne dit rien ? En principe, la cession est libre, mais le bailleur peut refuser s'il a un motif sérieux (sauf clause contraire).
- Le bailleur peut-il interdire toute cession ? Oui, si le bail le prévoit. Mais une interdiction totale sans possibilité de cession dans le cadre d'une vente de fonds peut être révisée par le juge.
- Que faire si le bailleur refuse abusivement ? Saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une autorisation judiciaire de cession.
- Quel est le délai pour contester un refus ? Vous avez 5 ans à compter du refus (prescription de droit commun).
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, D

