Décision de référence : cc • N° 04-18.372 • 2007-09-19 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un immeuble à Corte, et vous avez cédé une créance locative à une banque pour obtenir un financement. Puis, un accord amiable avec cette banque semble annuler la cession. Mais voilà que le débiteur (votre locataire) conteste votre droit à réclamer les loyers. Que se passe-t-il juridiquement ? Cette question, cruciale pour tout propriétaire ou professionnel de l'immobilier, est au cœur d'une décision de la Cour de cassation du 19 septembre 2007. L'arrêt rappelle une distinction fondamentale : celle entre cession de créance à titre d'escompte et cession à titre de garantie. Sans cette vérification, aucune annulation n'est possible.
Vous êtes bailleur, locataire ou professionnel de l'immobilier ? Cette décision vous concerne directement. Elle précise les conditions dans lesquelles une cession de créance peut être remise en cause. Et elle met en garde contre les accords trop simplistes entre cédant et cessionnaire. Explications.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Mme Y., propriétaire d'un bien à Grosseto-Prugna, avait cédé une créance à une banque dans le cadre d'un financement professionnel. Cette cession avait été réalisée selon les modalités de la loi Dailly (loi n° 81-1 du 2 janvier 1981, aujourd'hui codifiée aux articles L. 313-23 et suivants du Code monétaire et financier). Par la suite, un accord intervient entre Mme Y. et la banque pour mettre fin à cette cession. Le débiteur cédé (un locataire) en est informé. Mais lorsque Mme Y. assigne le locataire pour obtenir le paiement des loyers, ce dernier soulève l'irrecevabilité de sa demande, estimant que la cession n'a jamais été valablement annulée.
La cour d'appel de Saint-Denis de la Réunion donne raison au locataire, considérant que l'accord entre le cédant et le cessionnaire suffit à anéantir la cession. Mais la Cour de cassation censure ce raisonnement. Pour elle, la cour d'appel aurait dû vérifier si la cession avait été effectuée à titre d'escompte ou à titre de garantie. Car seule une cession à titre de garantie peut être annulée sans formalité particulière, le cédant retrouvant alors automatiquement la propriété de sa créance.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 19 septembre 2007 (n° 04-18.372), rappelle un principe essentiel : la cession de créance Dailly peut avoir deux finalités distinctes. L'escompte (cession à titre onéreux) transfère définitivement la propriété de la créance au cessionnaire (la banque). La garantie (cession à titre de sûreté) conserve au cédant un droit de récupérer la créance lorsque la dette garantie est éteinte. Dans ce second cas, l'accord entre cédant et cessionnaire suffit à mettre fin à la cession, car la garantie prend fin avec la créance qu'elle sécurisait. Mais dans le premier cas, l'accord seul est insuffisant : il faudrait une nouvelle cession en sens inverse.
La cour d'appel avait donc commis une erreur en ne recherchant pas la nature de la cession. Elle a privé sa décision de base légale. Cette décision confirme une jurisprudence constante : la distinction entre escompte et garantie est fondamentale. Les magistrats ont ainsi rappelé que l'information du débiteur cédé ne suffit pas à valider l'annulation si la nature de la cession n'est pas clarifiée. Un arrêt qui fait réfléchir, non ?
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur à Corte ou Grosseto-Prugna, cette décision a des implications immédiates. Si vous avez cédé vos loyers à une banque en garantie d'un prêt, vous pourrez, après remboursement, récupérer votre créance sans formalité complexe. En revanche, si la cession était à titre d'escompte (par exemple, pour obtenir une avance de trésorerie immédiate), un simple accord avec la banque ne suffira pas : il faudra un acte de rétrocession.
Prenons un exemple chiffré : vous louez un appartement à Corte pour 800 €/mois. Vous cédez cette créance à une banque pour obtenir un prêt de 50 000 €. Si la cession est à titre de garantie, une fois le prêt remboursé, vous pouvez réclamer les loyers au locataire directement. Mais si la cession était à titre d'escompte, la banque reste propriétaire de la créance, même après accord amiable. Le locataire pourrait légitimement refuser de vous payer.
Pour le locataire, cette décision le protège : il sait à qui il doit payer. Il ne peut être contraint de payer deux fois. S'il est informé de l'accord entre le propriétaire et la banque, il doit vérifier la nature de la cession initiale. En cas de doute, il peut exiger une confirmation écrite.
Si vous êtes acquéreur d'un immeuble, soyez vigilant : les créances cédées à une banque peuvent ne pas être incluses dans la vente. Vérifiez les actes de cession.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites préciser la nature de la cession dans le contrat. Lorsque vous signez une cession de créance avec une banque, exigez qu'il soit clairement mentionné s'il s'agit d'un escompte ou d'une garantie. Cette mention évitera toute contestation ultérieure.
- Conservez tous les documents relatifs à la cession. L'acte de cession, les avenants, les courriers d'information au débiteur. En cas de litige, ces éléments permettront de prouver la nature de la cession.
- En cas d'accord amiable pour annuler la cession, formalisez-le par un acte authentique. Si la cession était à titre d'escompte, un simple accord ne suffit pas. Faites établir un acte de rétrocession par un notaire ou un avocat.
- Informez le débiteur par écrit de tout changement. Que vous soyez cédant ou cessionnaire, notifiez au locataire l'accord d'annulation et la nature de la cession. Cela évitera les contestations sur le débiteur du loyer.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée cohérente de la Cour de cassation. Dans un arrêt du 15 mai 2001 (n° 99-15.224), la Cour avait déjà jugé que la cession de créance à titre de garantie ne transfère pas définitivement la propriété, et que le cédant peut la recouvrer sans formalité. En revanche, dans un arrêt du 13 novembre 2003 (n° 01-13.826), la Cour avait précisé que l'accord du cessionnaire peut suffire à mettre fin à la garantie, mais pas à l'escompte.
La tendance des tribunaux est donc claire : la distinction entre escompte et garantie est essentielle. Les juges exigent une vérification systématique. Pour l'avenir, les praticiens doivent être particulièrement attentifs à la rédaction des actes de cession. Une mention imprécise peut entraîner des années de procédure.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ :
- Q : Puis-je annuler une cession de créance par simple accord avec la banque ?
R : Cela dépend de la nature de la cession. Si c'était une garantie, oui. Si c'était un escompte, non : il faut une rétrocession formelle. - Q : Mon locataire me dit qu'il a payé à la banque, que faire ?
R : Vérifiez la nature de la cession. Si c'était une garantie et que vous avez remboursé, la créance vous revient. Sinon, la banque était bien fondée à percevoir le loyer. - Q : Quels sont les délais pour contester une cession ?
R : La prescription est de 5 ans à compter de l'acte de cession. Mais mieux vaut agir rapidement dès la connaissance du litige. - Q : Un accord verbal suffit-il pour annuler une cession ?
R : Non, surtout si la cession était à titre d'escompte. Un écrit est indispensable, de préférence authentique.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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