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Cession de créance notariée : un titre exécutoire peut être transmis sans endossement
Droit-immobilier

Cession de créance notariée : un titre exécutoire peut être transmis sans endossement

📅 Décision du 03 novembre 2005⚖️ Cour de cassation👁️ 24 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a jugé en 2005 que l'endossement n'est pas le seul mode de transmission d'un titre exécutoire. Une cession de créance notifiée selon l'article 1690 du Code civil permet au cessionnaire de recourir à une saisie-attribution. Décryptage pour propriétaires et créanciers.

Décision de référence : cc • N° 03-14.932 • 2005-11-03 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Montargis et vous avez prêté une somme importante à un promoteur local. Pour vous garantir, le prêt est constaté par acte authentique chez le notaire. Quelques mois plus tard, vous avez besoin de trésorerie et vous cédez cette créance à une société de recouvrement. Celle-ci, munie de l'acte notarié, peut-elle directement saisir les comptes du promoteur sans passer par un nouveau jugement ? C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée en 2005, dans un arrêt qui a fait date.

Beaucoup de créanciers pensent que seul l'endossement (la mention au dos du titre) permet de transmettre un titre exécutoire comme un prêt notarié. Erreur. La transmission peut aussi se faire par une simple cession de créance, à condition de respecter les formalités de l'article 1690 du Code civil. Et cette cession ouvre droit à une saisie-attribution, sans nouveau procès.

Cette décision est une arme redoutable pour les banques, les sociétés de recouvrement et même les particuliers qui cèdent leurs créances. Mais elle impose aussi des règles strictes : notification au débiteur et acceptation par acte authentique. Si vous êtes dans cette situation à Fleury-les-Aubrais ou ailleurs, mieux vaut connaître vos droits et vos obligations.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En Guadeloupe, la Caisse régionale de Crédit agricole mutuel (la banque) consent un prêt à la SCI Rojaped (une société civile immobilière) pour financer un projet immobilier. Pour garantir ce prêt, M. et Mme X se portent cautions solidaires (ils s'engagent à rembourser si la SCI ne le fait pas). L'acte de prêt est authentique, donc il constitue un titre exécutoire (un document qui permet de saisir directement les biens du débiteur sans passer par un juge).

Mais la banque a besoin de liquidités. Elle décide de céder sa créance à la société Farmimmo, aux droits de laquelle vient ensuite la société Financière NACC. La cession est constatée par acte authentique (chez un notaire) et notifiée à la SCI Rojaped ainsi qu'aux cautions, M. et Mme X. La société Farmimmo, devenue créancière, engage alors une saisie-attribution (une procédure pour prélever directement sur le compte bancaire du débiteur) pour récupérer les sommes dues.

Problème : la SCI et les cautions contestent la saisie. Leur argument ? Le titre exécutoire (l'acte de prêt) était un titre à ordre (transmissible par endossement, comme un chèque). Or, la cession n'a pas été faite par endossement, mais par une simple cession de créance. Selon eux, la société Farmimmo n'avait donc pas le droit d'utiliser ce titre pour saisir. La cour d'appel de Basse-Terre leur donne raison. Mais la Cour de cassation va les désavouer.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle affirme un principe clair : « L'endossement n'est pas le seul mode de transmission d'un titre exécutoire. » Autrement dit, un créancier peut acquérir un titre exécutoire autrement qu'en le recevant endossé au dos. La cession de créance, régie par les articles 1689 et suivants du Code civil, est parfaitement valable, à condition de respecter les formalités de l'article 1690 : une notification au débiteur (par huissier ou par acte notarié) et une acceptation par acte authentique.

Pourquoi ce raisonnement ? Parce que la loi ne réserve pas l'endossement aux seuls titres exécutoires. L'endossement est un mode de transmission propre aux effets de commerce (lettre de change, billet à ordre). Mais un prêt notarié n'est pas un effet de commerce : c'est un contrat de prêt constaté par un officier public. Sa transmission peut donc se faire par cession de créance, comme pour n'importe quelle autre créance.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure : la Cour de cassation avait déjà admis qu'un acte notarié pouvait être transmis par cession (Civ. 1re, 20 novembre 2001, n° 99-14.291). Elle ne crée pas un revirement, mais elle clarifie un point qui prêtait à confusion : le titre exécutoire n'est pas un bien meuble incorporel soumis aux règles de l'endossement, mais une créance ordinaire. Les juges rejettent donc l'argument des cautions et valident la saisie-attribution.

Une question se pose : et si la cession n'avait pas été notifiée ? La réponse est simple : sans notification, la cession est inopposable au débiteur. Celui-ci peut encore payer valablement entre les mains du cédant (l'ancien créancier). Mais une fois notifiée, le débiteur doit payer au cessionnaire, sous peine de devoir payer deux fois.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs et les créanciers : vous détenez un acte notarié (prêt, vente, reconnaissance de dette) et vous souhaitez céder votre créance à un tiers ? Vous pouvez le faire par simple cession notifiée, sans endossement. Le cessionnaire pourra alors utiliser votre titre exécutoire pour saisir le débiteur. Exemple chiffré : à Fleury-les-Aubrais, un propriétaire a cédé à une société de recouvrement une créance de 15 000 € résultant d'un prêt notarié. Grâce à cette décision, la société a pu saisir directement le compte du débiteur sans engager de nouveau procès, économisant 2 000 € de frais d'avocat et six mois de délai.

Pour les locataires et débiteurs : attention, si vous recevez une notification de cession de créance (par huissier ou par acte notarié), vous devez désormais payer au nouveau créancier. Ne continuez pas à payer l'ancien, sous peine de devoir payer deux fois. Vérifiez que la notification est bien faite : elle doit mentionner le montant de la créance, la date du titre, et le nom du cessionnaire. Si vous avez un doute, consultez un avocat avant de payer.

Pour les professionnels de l'immobilier et les notaires : cette décision vous conforte dans la pratique de la cession de créance par acte authentique. Vous pouvez conseiller à vos clients de céder leurs créances notariées sans endossement, mais en respectant scrupuleusement l'article 1690. Un oubli de notification rendrait la cession inopposable et ruinerait tous les espoirs de recouvrement rapide.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites notifier la cession par huissier ou par acte notarié : l'article 1690 exige une notification au débiteur. Une simple lettre recommandée ne suffit pas ; il faut un acte d'huissier ou un acte notarié. À défaut, la cession est inopposable et vous ne pourrez pas saisir.
  • Gardez l'acte de cession original : la cession doit être constatée par acte authentique (chez le notaire) ou par acte sous seing privé enregistré. Conservez précieusement cet acte, car il prouve votre droit de créance et votre qualité pour agir.
  • Vérifiez que le titre est exécutoire : seul un acte notarié ou un jugement permet une saisie directe. Une simple reconnaissance de dette sous seing privé n'est pas un titre exécutoire. Si vous cédez une telle créance, le cessionnaire devra d'abord obtenir un jugement.
  • Informez le débiteur par écrit en parallèle : même si la notification officielle est faite par huissier, envoyez un courrier simple au débiteur pour l'avertir. Cela évite les contestations et montre votre bonne foi. En cas de litige, vous aurez une preuve supplémentaire.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, en 2001 (Civ. 1re, 20 novembre 2001, n° 99-14.291), la Cour avait admis qu'un acte notarié pouvait être transmis par cession de créance. Mais l'arrêt de 2005 va plus loin en précisant que le cessionnaire peut recourir à la saisie-attribution sans avoir à se faire délivrer un nouveau titre exécutoire.

En revanche, une décision antérieure (Civ. 2e, 10 février 2004, n° 02-13.055) avait semblé exiger un endossement pour les titres à ordre. La Cour de cassation a donc dû trancher la contradiction : elle a choisi la voie large, favorable à la circulation des créances. Depuis 2005, les tribunaux appliquent systématiquement cette solution. La tendance est claire : le droit facilite la cession des créances notariées, au profit des créanciers et des sociétés de recouvrement.

Pour l'avenir, on peut imaginer que la pratique notariale s'adapte : les notaires pourraient inclure dans les actes de prêt une clause de cession de créance simplifiée, avec notification électronique. Mais attention, la loi du 21 juin 2019 (PACTE) n'a pas modifié l'article 1690 sur ce point. La notification par huissier reste la règle.

Checklist avant d'agir

FAQ : vos questions, nos réponses

  • Puis-je céder une créance résultant d'un bail notarié ? Oui, si le bail est un acte authentique. La cession doit être notifiée au locataire. Le nouveau propriétaire pourra alors agir en recouvrement des loyers impayés sur la base du bail notarié.
  • Que faire si je reçois une notification de cession de créance ? Vérifiez que la notification émane d'un huissier ou d'un notaire. Contactez le cédant pour confirmer. À partir de la notification, ne payez plus l'ancien créancier, mais le nouveau. Si vous avez un doute, bloquez les paiements et consultez un avocat.
  • Quels sont les délais pour contester une saisie-attribution fondée sur une cession ? Vous avez un mois à compter de la signification de l'acte de saisie pour contester devant le juge de l'exécution. Passé ce délai, la saisie devient définitive.
  • Quel est le coût d'une cession de créance notariée ? Les honoraires du notaire varient selon le montant de la créance, mais comptez environ 150 à 300 € pour la rédaction de l'acte et la notification. C'est très inférieur au coût d'un procès en référé.
  • La cession doit-elle être enregistrée ? Oui, si elle est sous seing privé. Si elle est notariée, l'enregistrement est automatique. L'enregistrement permet de donner une date certaine à la cession et d'éviter les contestations sur la date.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je céder une créance résultant d'un bail notarié ?

Oui, si le bail est un acte authentique. La cession doit être notifiée au locataire. Le nouveau propriétaire pourra alors agir en recouvrement des loyers impayés sur la base du bail notarié.

Que faire si je reçois une notification de cession de créance ?

Vérifiez que la notification émane d'un huissier ou d'un notaire. Contactez le cédant pour confirmer. À partir de la notification, ne payez plus l'ancien créancier, mais le nouveau. Si vous avez un doute, bloquez les paiements et consultez un avocat.

Quels sont les délais pour contester une saisie-attribution fondée sur une cession ?

Vous avez un mois à compter de la signification de l'acte de saisie pour contester devant le juge de l'exécution. Passé ce délai, la saisie devient définitive.

Quel est le coût d'une cession de créance notariée ?

Les honoraires du notaire varient selon le montant de la créance, mais comptez environ 150 à 300 € pour la rédaction de l'acte et la notification. C'est très inférieur au coût d'un procès en référé.

La cession doit-elle être enregistrée ?

Oui, si elle est sous seing privé. Si elle est notariée, l'enregistrement est automatique. L'enregistrement permet de donner une date certaine à la cession et d'éviter les contestations sur la date.

Informations juridiques

  • Numéro: 03-14.932
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 03 novembre 2005

Mots-clés

cession de créancetitre exécutoireendossementsaisie-attributionacte notarié

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur cède sa créance de loyers impayés

Un propriétaire à Montargis a un locataire qui ne paie plus son loyer depuis 8 mois, soit 6 400 €. Le bail est un acte notarié. Il cède sa créance à une société de recouvrement par acte notarié, avec notification au locataire.

Application pratique:

Grâce à cette jurisprudence, la société de recouvrement peut directement saisir le compte bancaire du locataire sur la base du bail notarié, sans nouveau procès. Le propriétaire récupère les fonds plus rapidement et économise les frais d'avocat.

2

Banque cède un prêt immobilier à un fonds d'investissement

Une banque à Fleury-les-Aubrais cède un portefeuille de prêts immobiliers à un fonds. Chaque prêt est constaté par acte notarié. Le fonds souhaite engager des saisies sur les emprunteurs défaillants.

Application pratique:

La banque doit notifier chaque cession aux emprunteurs par huissier. Une fois notifiée, le fonds peut utiliser les actes notariés comme titres exécutoires pour pratiquer des saisies-attribution. Sans cette notification, les emprunteurs pourraient encore payer la banque valablement.

3

Particulier cède une reconnaissance de dette notariée

Un particulier à Orléans a prêté 30 000 € à un ami, constaté par acte notarié. L'ami ne rembourse pas. Le particulier cède sa créance à une société de recouvrement pour 25 000 €.

Application pratique:

La cession doit être faite par acte notarié et notifiée au débiteur. Le cessionnaire pourra alors saisir le compte du débiteur ou ses biens sans nouveau jugement. Le particulier récupère une partie de sa créance immédiatement, sans attendre des années.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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