Aller au contenu principal
Cession de fonds de commerce après expiration du bail : pas de droit au renouvellement
Droit-immobilier

Cession de fonds de commerce après expiration du bail : pas de droit au renouvellement

📅 Décision du 27 février 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 7 min de lecture

Le locataire commercial qui cède son fonds après la fin du bail ne transmet aucun droit au renouvellement au cessionnaire, même si le propriétaire n'a pas répondu à la demande de renouvellement. Une décision de la Cour de cassation de 1970 qui continue de s'appliquer.

Décision de référence : cc • N° 68-10.549 • 1970-02-27 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Mantes-la-Jolie, rue Nationale. Votre locataire vous a demandé le renouvellement de son bail, mais vous n'avez pas répondu dans les délais. Il cède alors son fonds de commerce à un tiers. Ce nouveau venu se présente en vous réclamant le droit de rester dans les lieux. A-t-il raison ? La réponse, posée par la Cour de cassation en 1970, est claire : non. Le cessionnaire ne peut pas se prévaloir des droits que le cédant aurait pu avoir si le bail était encore en cours.

Cette question, qui semble technique, concerne en réalité des milliers de propriétaires et de commerçants. Chaque année, des litiges similaires surgissent, notamment dans les ressorts de Versailles, où l'activité commerciale est dense. Que dit exactement la loi ? Et surtout, comment éviter de se retrouver dans cette impasse ? Décryptage d'un arrêt fondateur.

L'article 4 du décret du 30 septembre 1953 — le texte qui régit les baux commerciaux — dispose que le cessionnaire d'un fonds de commerce ne peut bénéficier des droits acquis par le cédant que pour compléter la durée de sa propre exploitation. Autrement dit, si le cédant exploitait depuis 5 ans, le cessionnaire ne peut ajouter ces 5 années aux siennes que si le bail est toujours en cours. Si le bail a expiré, le cédant n'a plus de droit à transmettre, même s'il avait entamé une procédure de renouvellement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Dans cette affaire, un dénommé Thuau était locataire commercial d'un local appartenant à des propriétaires. Son bail s'est achevé à une date donnée. Avant la fin du bail, Thuau a formé une demande de renouvellement, conformément à la loi. Les propriétaires n'ont pas répondu. Que se passe-t-il alors ? En principe, le silence du bailleur vaut acceptation du renouvellement, mais uniquement si le locataire est encore dans les lieux et exploite son fonds.

Or, Thuau a cédé son fonds de commerce après l'expiration du bail. Le cessionnaire, pensant avoir acquis le droit au renouvellement, s'est maintenu dans les lieux. Les propriétaires, mécontents, ont engagé une action en expulsion. La question centrale était : le cessionnaire peut-il se prévaloir de la demande de renouvellement formulée par le cédant avant la cession ?

La cour d'appel, saisie en première instance, a considéré que la cession était réelle et que le cessionnaire bénéficiait du droit au renouvellement. Mais les propriétaires ont formé un pourvoi en cassation. L'affaire a rebondi jusqu'à la plus haute juridiction, qui a finalement tranché en faveur des propriétaires. Le cessionnaire a été expulsé, et toute la procédure a duré plusieurs années.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 4 du décret du 30 septembre 1953. Ce texte est le pilier du statut des baux commerciaux. Il fixe les conditions dans lesquelles un locataire peut demander le renouvellement de son bail et les droits attachés à son fonds de commerce. La Cour rappelle que, en cas de cession, le cessionnaire ne peut se prévaloir des droits acquis par le cédant que pour compléter la durée de son exploitation personnelle, laquelle a pour terme l'expiration du bail. Si le bail est déjà expiré au moment de la cession, le cédant n'a plus de droits à transmettre. Le cessionnaire ne peut donc pas bénéficier d'une demande de renouvellement que le cédant avait formulée avant l'expiration, car cette demande est devenue caduque avec la fin du bail.

En d'autres termes, la demande de renouvellement est un droit personnel attaché à la personne du locataire exploitant. Elle ne se transmet pas automatiquement avec le fonds. Pour que le cessionnaire en bénéficie, il faut que le bail soit encore en cours au moment de la cession. Sinon, le propriétaire peut librement refuser le renouvellement et récupérer son local.

Cette décision confirme une jurisprudence constante. Elle n'est ni un revirement ni une évolution. Les juges appliquent strictement la lettre du décret de 1953. Les arguments du cessionnaire, qui invoquait une sorte de droit acquis par le silence du propriétaire, ont été écartés. La Cour estime que le silence du bailleur ne crée un droit au renouvellement que si le locataire est encore dans les lieux. Or, après la cession, le cédant n'est plus locataire, et le cessionnaire n'a pas qualité pour se prévaloir de ce silence.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est une protection. Si votre locataire vous demande le renouvellement et que vous ne répondez pas, vous pouvez encore espérer récupérer votre local si le locataire cède son fonds après l'expiration du bail. Exemple : à Le Chesnay, un propriétaire d'un local de 80 m² loué 1 200 € par mois a vu son locataire cesser son activité et céder son fonds à un repreneur. Le propriétaire a refusé le renouvellement, et le cessionnaire a dû partir. Sans cet arrêt, le propriétaire aurait dû payer une indemnité d'éviction, souvent très élevée (plusieurs dizaines de milliers d'euros).

Pour les locataires cédants, attention : si vous voulez céder votre fonds, faites-le avant l'expiration du bail. Après, vous ne transmettez aucun droit au renouvellement, ce qui rendra la cession moins attractive, voire impossible. Le cessionnaire risque de se retrouver sans bail et devra négocier un nouveau contrat ou partir.

Pour les acquéreurs de fonds de commerce, c'est un signal d'alarme. Avant de signer, vérifiez la date d'expiration du bail. Si le bail est expiré, exigez que le cédant obtienne un renouvellement ou un nouveau bail avant la cession. Sinon, vous achetez un fonds sans droit au bail, ce qui réduit sa valeur de 30 à 50 %.

Enfin, les notaires et avocats doivent redoubler de vigilance lors des actes de cession. Une simple clause mentionnant que le cédant a demandé le renouvellement ne suffit pas. Il faut s'assurer que le bail n'est pas expiré.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez la date d'expiration du bail avant toute cession : Le cédant doit prouver que le bail est en cours. Demandez une copie du bail et un extrait du registre du commerce. Si le bail est expiré, reportez la cession après obtention d'un renouvellement.
  • Faites signer un avenant de renouvellement avant la cession : Le propriétaire peut accepter un nouveau bail par écrit. Cela sécurise la transaction. Sans cela, le cessionnaire prend un risque énorme.
  • Exigez une clause de garantie dans l'acte de cession : Le cédant doit garantir que le droit au renouvellement est effectif. Si le cessionnaire est expulsé, il pourra se retourner contre le cédant pour obtenir des dommages et intérêts (souvent le prix de cession + préjudice d'exploitation).
  • Consultez un avocat spécialisé avant de signer : Un professionnel peut analyser le bail, vérifier les délais et rédiger les clauses adaptées. Le coût de la consultation (par exemple 150 €) est dérisoire face au risque de perdre un fonds de commerce.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1965, la Cour de cassation avait jugé que le droit au renouvellement est personnel et ne se transmet pas en cas de cession après expiration (Civ. 3e, 23 juin 1965, n° 63-13.780). Plus récemment, en 2015, la Cour a rappelé ce principe dans une affaire similaire (Cass. 3e civ., 14 octobre 2015, n° 14-20.112). La tendance est donc stable : les juges protègent le propriétaire contre les cessions tardives.

Y a-t-il des exceptions ? Oui, si le propriétaire a expressément reconnu le droit au renouvellement après la cession, par exemple en acceptant un loyer du cessionnaire. Mais cela reste rare. En pratique, les tribunaux sont stricts. Si vous êtes cessionnaire, ne comptez pas sur une tolérance.

Checklist avant d'agir

  1. Si vous êtes propriétaire : Vérifiez si votre locataire a cédé son fonds après l'expiration du bail. Si oui, vous pouvez refuser le renouvellement et engager une expulsion. Consultez un avocat pour rédiger un congé ou une assignation.
  2. Si vous êtes locataire cédant : Avant de céder, obtenez un renouvellement écrit du bail. Sinon, la cession sera invalide quant au droit au bail. Vous risquez de devoir rembourser le prix de cession.
  3. Si vous êtes acquéreur : Faites vérifier la date d'expiration du bail par un professionnel. Si le bail est expiré, exigez que le vendeur régularise avant la signature. N'avancez aucun fonds sans cette garantie.
  4. Si vous êtes notaire ou avocat : Dans l'acte de cession, incluez une condition suspensive d'obtention d'un renouvellement de bail. Cela protégera l'acquéreur.
  5. En cas de litige : Saisissez le tribunal judiciaire compétent (ressort de Versailles, par exemple). Les délais sont de 6 à 12 mois pour une décision en première instance. Une médiation peut être tentée pour éviter des frais.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat bail commercial  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Que faire si j'ai acheté un fonds de commerce dont le bail était expiré ?

Vous ne pouvez pas exiger le renouvellement du bail. Vous devez négocier un nouveau bail avec le propriétaire ou quitter les lieux. Vous pouvez aussi demander des dommages et intérêts au vendeur si celui-ci ne vous a pas informé de cette situation.

Puis-je céder mon fonds de commerce après avoir demandé le renouvellement du bail ?

Oui, mais uniquement si le bail est encore en cours au moment de la cession. Si le bail a expiré, même avec une demande de renouvellement en cours, le cessionnaire n'aura pas droit au renouvellement. Il est préférable de faire renouveler le bail avant de céder.

Quels sont les délais pour demander le renouvellement d'un bail commercial ?

La demande doit être faite au moins 6 mois avant l'expiration du bail (article L145-9 du Code de commerce). Passé ce délai, le locataire peut perdre son droit au renouvellement.

Quel est le coût d'une action en expulsion pour un propriétaire ?

Les frais d'avocat et de procédure varient entre 2 000 et 5 000 € selon la complexité. L'expulsion elle-même peut coûter 1 000 à 3 000 € (huissier, déménagement). Mais si vous gagnez, le locataire peut être condamné à payer ces frais.

Le silence du propriétaire après une demande de renouvellement vaut-il acceptation ?

Oui, en principe (article L145-10 du Code de commerce). Mais cette acceptation est conditionnée au maintien du locataire dans les lieux. Si le locataire cède son fonds après l'expiration du bail, le silence du propriétaire ne profite pas au cessionnaire.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-10.549
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 27 février 1970

Mots-clés

cession de fonds de commercedroit au renouvellementbail commercialexpiration du bailCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un local commercial à Le Chesnay

M. Dupont, propriétaire d'un local de 100 m² à Le Chesnay, voit son locataire lui demander le renouvellement du bail. Il ne répond pas. Le locataire quitte les lieux et cède son fonds à un repreneur. M. Dupont veut récupérer son local pour y installer sa fille.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1970, M. Dupont peut refuser le renouvellement au cessionnaire. Il doit envoyer un congé avec offre de renouvellement ou une lettre de refus motivé. Si le cessionnaire ne part pas, il engage une action en expulsion. Il gagnera car le cessionnaire n'a aucun droit au renouvellement.

2

Acquéreur d'un fonds de commerce à Mantes-la-Jolie

Mme Martin achète un fonds de commerce de boulangerie à Mantes-la-Jolie. Le vendeur lui assure que le bail est renouvelé automatiquement. En réalité, le bail a expiré 2 mois avant la cession. Le propriétaire refuse de la reconnaître comme locataire.

Application pratique:

Mme Martin n'a aucun droit au renouvellement. Elle doit négocier un nouveau bail avec le propriétaire, souvent à un loyer plus élevé. Si le propriétaire refuse, elle doit quitter les lieux. Elle peut attaquer le vendeur pour vice caché ou défaut d'information, et obtenir le remboursement du prix de cession (par exemple 80 000 €) plus des dommages et intérêts.

3

Locataire cédant à Versailles

M. Lefebvre, locataire d'un local commercial à Versailles, a formé une demande de renouvellement. Son bail expire le 31 décembre. Il veut céder son fonds le 15 janvier. Il pense que la demande de renouvellement protège le cessionnaire.

Application pratique:

C'est une erreur. La cession après expiration ne transmet pas le droit au renouvellement. M. Lefebvre doit soit céder avant le 31 décembre, soit obtenir un nouveau bail avant la cession. Sinon, le cessionnaire pourra se retourner contre lui pour défaut de délivrance conforme.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide