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Cession de fonds de commerce : l'indemnité d'éviction est transmise automatiquement sauf clause contraire
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Cession de fonds de commerce : l'indemnité d'éviction est transmise automatiquement sauf clause contraire

📅 Décision du 06 April 2005⚖️ Cour de cassation👁️ 23 vues📖 4 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que, sauf clause expresse contraire, la cession d'un fonds de commerce transfère automatiquement au cessionnaire le droit à l'indemnité d'éviction et le droit au maintien dans les lieux. Une décision cruciale pour tout propriétaire, locataire ou acquéreur de fonds de commerce.

Décision de référence : cc • N° 01-12.719 • 2005-04-06 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Bastia, rue Napoléon, et vous le louez à un commerçant. Le bail arrive à expiration, vous souhaitez récupérer les murs pour y installer votre propre activité. Vous notifiez donc un congé avec refus de renouvellement et offre d'une indemnité d'éviction (somme due au locataire pour le dédommager de perdre son fonds). Mais entre-temps, votre locataire a cédé son fonds de commerce à un tiers. À qui devez-vous verser l'indemnité ? Au cédant (l'ancien locataire) ou au cessionnaire (le nouveau) ? La réponse est loin d'être évidente, et pourtant, elle engage des sommes souvent considérables – parfois plusieurs centaines de milliers d'euros.

Cette question, des centaines de propriétaires et commerçants se la posent chaque année. Dans une affaire jugée par la Cour de cassation le 6 avril 2005 (n° 01-12.719), les magistrats ont tranché : sauf clause expresse contraire dans l'acte de cession, la cession du fonds de commerce emporte automatiquement la transmission de la créance d'indemnité d'éviction et du droit au maintien dans les lieux. Autrement formulé, si vous achetez un fonds, vous héritez aussi des droits nés du bail, y compris celui de réclamer une indemnité en cas d'éviction. Une décision qui change la donne pour les acquéreurs et les vendeurs, et qui oblige à une rédaction minutieuse des actes.

Dans cet article, nous allons décortiquer cette décision, comprendre ses implications pratiques et vous donner les clés pour éviter un litige. Que vous soyez propriétaire à L'Île-Rousse, locataire à Bastia ou professionnel de l'immobilier, ces règles vous concernent directement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence à Bastia, où un propriétaire, M. X, donne à bail commercial un local à un locataire, M. Y. Le bail est soumis au statut des baux commerciaux (articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce), qui protège le locataire en lui offrant un droit au renouvellement et, en cas de refus, une indemnité d'éviction. En 1999, M. Y cède son fonds de commerce à une société, sans inclure de clause particulière sur l'indemnité d'éviction. Quelques mois plus tard, le propriétaire délivre un congé avec refus de renouvellement et offre d'une indemnité d'éviction. La question se pose : à qui doit-il payer ?

Le propriétaire soutient que la cession du fonds n'a pas transféré le droit à l'indemnité, car ce droit n'était pas encore né au moment de la cession (le congé est postérieur). Il argue également que le droit au maintien dans les lieux (prévu à l'article L. 145-28) est un droit personnel du locataire, non transmissible. De son côté, le cessionnaire (la société acquéreuse) estime que, ayant acheté le fonds, elle a aussi acquis tous les droits et obligations qui y sont attachés, y compris le droit de percevoir l'indemnité d'éviction.

Le tribunal de première instance donne raison au propriétaire. La société cessionnaire fait appel : la cour d'appel de Bastia infirme le jugement et décide que l'indemnité revient au cessionnaire. Le propriétaire se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans un arrêt très clair, rejette le pourvoi et confirme la solution : sauf clause expresse contraire, toute cession de fonds de commerce emporte cession de la créance d'indemnité d'éviction due au cédant et du droit au maintien dans les lieux que celui-ci tire de l'article L. 145-28. Une décision qui fait jurisprudence depuis 2005.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour arriver à cette conclusion, la Cour de cassation s'appuie sur une interprétation téléologique du statut des baux commerciaux. Elle considère que le fonds de commerce est une universalité de biens et de droits. Lorsqu'on cède un fonds, on cède l'ensemble des éléments corporels (marchandises, matériel) et incorporels (clientèle, droit au bail, nom commercial). Le droit à l'indemnité d'éviction est un élément incorporel du fonds, car il compense la perte de la clientèle et du droit d'exploitation. Il suit donc le sort du fonds.

Les juges s'appuient sur l'article L. 145-28 du Code de commerce, qui octroie au locataire évincé un droit au maintien dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité. Ce droit, bien que temporaire, est attaché au fonds et non à la personne du locataire. La Cour précise que la cession du fonds transfère automatiquement ce droit, sauf si les parties ont expressément convenu du contraire dans l'acte de cession. En l'espèce, l'acte était silencieux, donc la transmission a eu lieu.

Le propriétaire invoquait l'argument que la créance d'indemnité n'était pas née au moment de la cession (le congé est postérieur). La Cour écarte cet argument : la créance est potentielle dès la conclusion du bail ; elle se révèle lors du refus de renouvellement, mais elle est déjà dans le patrimoine du locataire. Ainsi, elle est comprise dans la cession du fonds, même si elle n'est pas encore certaine. Cette solution est conforme à la logique économique : le cessionnaire paie un prix pour le fonds, qui inclut la valeur de la clientèle et la possibilité de percevoir une indemnité en cas d'éviction. Si l'indemnité restait au cédant, le cessionnaire serait lésé.

La décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure (notamment Cass. 3e civ., 1996), mais elle la précise et la renforce. Elle s'inscrit dans une tendance à protéger le cessionnaire de bonne foi, tout en laissant une liberté contractuelle aux parties : si le cédant souhaite conserver l'indemnité, il peut insérer une clause expresse en ce sens.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : Lorsqu

Questions fréquentes

L'indemnité d'éviction est-elle automatiquement transmise lors de la cession d'un fonds de commerce ?

Oui, sauf clause expresse contraire dans l'acte de cession. La Cour de cassation a jugé que la cession du fonds emporte cession de la créance d'indemnité d'éviction et du droit au maintien dans les lieux.

Que faire si je veux conserver mon droit à l'indemnité d'éviction après avoir vendu mon fonds ?

Vous devez insérer une clause expresse dans l'acte de cession stipulant que vous conservez la créance d'indemnité d'éviction. À défaut, elle sera transmise à l'acquéreur.

Puis-je réclamer l'indemnité d'éviction si j'ai acheté un fonds de commerce sans clause particulière ?

Oui, vous en bénéficiez automatiquement. Vérifiez toutefois que l'acte ne contient pas une clause réservant l'indemnité au vendeur.

Quels sont les risques pour le bailleur en cas de cession de fonds ?

Le bailleur risque de payer deux fois l'indemnité s'il la verse au mauvais bénéficiaire. Il doit demander une copie de l'acte de cession pour identifier le titulaire du droit.

Cette jurisprudence s'applique-t-elle à tous les baux commerciaux ?

Oui, elle s'applique à tous les baux soumis au statut des baux commerciaux (Code de commerce, articles L. 145-1 et suivants). Elle concerne aussi bien les baux conclus avant ou après 2005.

Informations juridiques

  • Numéro: 01-12.719
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 06 avril 2005

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Bastia évincé par un cessionnaire

Un propriétaire à Bastia donne congé à son locataire, mais celui-ci a cédé son fonds sans clause. Le propriétaire verse l'indemnité au cédant, puis le cessionnaire réclame une seconde indemnité de 80 000 €.

Application pratique:

Le propriétaire aurait dû vérifier l'acte de cession. Il est désormais redevable envers le cessionnaire. Il peut négocier un échelonnement du paiement, mais devra probablement payer.

2

Commerçant cédant son fonds à L'Île-Rousse souhaitant conserver l'indemnité

Un commerçant à L'Île-Rousse vend son fonds alors qu'un congé avec refus de renouvellement est imminent. Il veut percevoir l'indemnité de 120 000 € lui-même.

Application pratique:

Il doit faire insérer une clause expresse dans l'acte de cession réservant la créance d'indemnité. Sans cela, l'indemnité ira à l'acquéreur.

3

Acquéreur d'un fonds à Bastia confronté à un refus de renouvellement

Un entrepreneur achète un fonds de commerce à Bastia. Six mois plus tard, le propriétaire refuse le renouvellement et offre une indemnité de 60 000 €.

Application pratique:

L'acquéreur bénéficie de la jurisprudence : sauf clause contraire, l'indemnité lui revient. Il doit vérifier l'acte et, le cas échéant, réclamer le paiement au bailleur.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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