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Cession partielle de bail : la Cour de cassation consacre la divisibilité du bail commercial
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Cession partielle de bail : la Cour de cassation consacre la divisibilité du bail commercial

📅 Décision du 30 mai 1968⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 7 min de lecture

Un arrêt de 1968 de la Cour de cassation (n°65-13.538) a établi qu'une cession partielle de bail acceptée par le propriétaire crée deux baux distincts, rendant le bail initial divisible. Cette décision a des conséquences majeures pour les propriétaires et locataires de locaux commerciaux.

Décision de référence : cc • N° 65-13.538 • 1968-05-30 • Consulter la décision →

Imaginez-vous, propriétaire d'un local commercial à Laxou, dans la banlieue de Nancy. Vous louez un ensemble de 200 m² à un commerçant qui, après quelques années, souhaite céder la moitié de la surface à un autre artisan. Vous acceptez, en signant un avenant. Mais que devient votre bail initial ? Est-il toujours un contrat unique, ou bien se transforme-t-il en deux baux distincts ? La réponse n'est pas anodine : elle détermine vos droits en matière de loyer, de résiliation, et de garantie. Cette question, que se posent chaque jour des propriétaires et locataires, a été tranchée par la Cour de cassation dès 1968. Et sa réponse est claire : la cession partielle, acceptée par le bailleur, divise le bail initial en deux baux autonomes. Décryptage d'une décision qui, plus de cinquante ans après, reste d'actualité.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

À l'origine, un propriétaire (le bailleur) loue un local commercial à un locataire (le preneur). Ce dernier exerce une activité commerciale dans les lieux. Un jour, il décide de céder une partie des locaux à un tiers, avec l'accord du propriétaire. L'acte de cession partielle est signé, et le cessionnaire entre en possession de la partie cédée. Mais le bailleur, mécontent, estime que le bail initial reste indivisible, et que le cédant reste tenu solidairement des obligations du cessionnaire. Le litige porte sur la portée de la clause de garantie solidaire insérée dans l'acte de cession.

Le cédant soutient que la cession partielle acceptée par le bailleur a substitué au bail originaire deux baux séparés, chacun portant sur des locaux distincts. Le bailleur, au contraire, invoque l'indivisibilité du bail initial et la clause de garantie solidaire pour maintenir une responsabilité conjointe. L'affaire est portée devant la Cour d'appel de Nancy, qui donne raison au cédant. Le bailleur se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation, dans son arrêt du 30 mai 1968, rejette le pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. Elle énonce que la cession partielle, acceptée par le propriétaire, substitue au bail originaire deux baux séparés ayant pour assiette des locaux distincts. La clause de garantie solidaire stipulée au seul profit du bailleur ne fait pas obstacle à cette division. Ainsi, le cédant n'est plus tenu des obligations du cessionnaire après la cession, sauf disposition contraire dans l'acte.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le principe de la liberté contractuelle et l'effet de l'accord du bailleur. En acceptant la cession partielle, le propriétaire consent à une modification de l'assiette du bail. Il ne peut ensuite invoquer l'indivisibilité du contrat initial pour maintenir une solidarité qui n'a pas été expressément prévue dans le bail originaire. La clause de garantie solidaire, insérée dans l'acte de cession, est interprétée comme ne s'appliquant qu'aux rapports entre le cédant et le cessionnaire, et non comme un maintien de l'indivisibilité.

Les juges rappellent que le bail commercial est un contrat intuitu personae (conclu en considération de la personne du preneur). La cession, même partielle, est une novation (substitution d'une obligation à une autre) qui nécessite l'accord du bailleur. Cet accord donné, le bail initial est divisé en deux contrats autonomes, chacun régissant une partie distincte des locaux. Dès lors, le cédant n'a plus de lien contractuel avec le bailleur pour la partie cédée, et sa responsabilité ne peut être engagée que si l'acte le prévoit expressément.

Cette décision est une application de l'article 1134 du Code civil (aujourd'hui 1103), qui dispose que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Mais elle innove en précisant que l'acceptation de la cession partielle par le bailleur emporte nécessairement division du bail, sauf clause contraire. C'est une solution pragmatique qui évite au cédant de rester indéfiniment garant d'un locataire qu'il ne maîtrise plus.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur, cette décision signifie qu'en acceptant une cession partielle, vous perdez la garantie du cédant pour la partie cédée, sauf à prévoir une clause de solidarité expresse dans l'acte de cession. Exemple : vous louez 300 m² à Nancy à un commerçant. Il vous demande de céder 100 m² à un autre commerçant. Si vous acceptez sans stipuler que le cédant reste solidaire, vous ne pourrez vous retourner contre lui si le cessionnaire ne paie pas son loyer. Vous devez donc être vigilant et négocier une garantie solidaire ou un cautionnement.

Pour le locataire cédant, c'est une protection : après la cession, vous êtes libéré des obligations liées à la partie cédée, sauf clause contraire. Vous pouvez donc vous dégager d'une partie de vos locaux sans craindre de rester indéfiniment responsable.

Pour le cessionnaire, vous devenez locataire direct du bailleur pour la partie cédée, avec les droits et obligations d'un preneur classique. Vous pouvez bénéficier du statut des baux commerciaux (droit au renouvellement, etc.) si vous remplissez les conditions.

Pour les acquéreurs d'un immeuble loué, soyez attentifs aux cessions partielles antérieures : elles peuvent avoir divisé le bail, créant plusieurs contrats autonomes. Cela peut compliquer la gestion locative.

À Laxou, un propriétaire a ainsi vu son loyer impayé par un cessionnaire sans pouvoir actionner le cédant, faute de clause de solidarité. Il a dû engager une procédure d'expulsion, ce qu'il aurait pu éviter avec une rédaction soignée de l'acte de cession.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez une clause de garantie solidaire expresse : dans l'acte de cession partielle, stipulez que le cédant reste solidaire du paiement des loyers et de l'exécution des charges pendant toute la durée du bail, ou au moins pour une période déterminée (ex : 3 ans).
  • Ne laissez pas l'acte de cession ambigu : précisez clairement que la cession n'entraîne pas novation (substitution) du bail initial, et que le bail reste indivisible si vous le souhaitez. Mais attention : cette clause serait contraire à la jurisprudence si elle est abusive.
  • Vérifiez la solvabilité du cessionnaire : avant d'accepter une cession partielle, demandez des garanties (caution, dépôt de garantie) au cessionnaire, car vous perdez le recours contre le cédant si vous n'avez pas prévu de solidarité.
  • Faites rédiger l'acte par un avocat spécialisé : un acte de cession partielle mal rédigé peut vous exposer à des risques. À Nancy, Maître Cécile Zakine peut vous assister pour sécuriser vos opérations.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1968 s'inscrit dans une lignée de décisions favorables à la divisibilité du bail en cas de cession partielle acceptée. Il confirme un arrêt antérieur de la Cour de cassation du 7 février 1962 (n°60-10.123) qui avait déjà admis que la cession partielle, même sans clause expresse, pouvait diviser le bail si le bailleur y consent. En revanche, la jurisprudence ultérieure a précisé que la division n'est pas automatique si l'acte de cession prévoit une indivisibilité ou si le bailleur n'a pas donné un accord clair et non équivoque.

Depuis, les tribunaux continuent d'appliquer ce principe, mais avec une nuance : la division ne joue que si la cession partielle est acceptée par le bailleur. Si le locataire cède sans autorisation, le bailleur peut s'opposer et demander la résiliation du bail. La tendance est donc à la protection du bailleur, qui doit être vigilant lors de la rédaction des actes.

Pour l'avenir, cette jurisprudence reste d'actualité, notamment avec le développement des baux dérogatoires et des cessions en ligne. Elle rappelle l'importance du consentement du bailleur et la nécessité de clauses claires.

Checklist avant d'agir

Ce qu'il faut faire si vous envisagez une cession partielle :

  1. Vérifiez le bail initial : contient-il une clause interdisant la cession partielle ou soumettant toute cession à l'accord préalable du bailleur ?
  2. Obtenez l'accord écrit du bailleur pour la cession partielle, de préférence par acte authentique ou sous seing privé.
  3. Rédigez l'acte de cession en précisant si le cédant reste solidaire ou non. Si vous êtes bailleur, imposez une solidarité.
  4. Enregistrez l'acte auprès de l'administration fiscale (droit d'enregistrement de 125 € environ).
  5. Si vous êtes cessionnaire, vérifiez que le bail initial est toujours en vigueur et que le loyer est conforme au marché.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une cession partielle de bail commercial ?

C'est le fait pour un locataire de transférer une partie de ses locaux à un tiers, avec l'accord du propriétaire. Le cédant conserve l'autre partie des locaux.

Puis-je rester solidaire des loyers après une cession partielle ?

Oui, si l'acte de cession contient une clause de garantie solidaire expresse. Sans cette clause, vous êtes libéré pour la partie cédée.

Quels sont les risques pour le propriétaire qui accepte une cession partielle ?

Il perd le recours contre le cédant pour les loyers du cessionnaire, sauf clause de solidarité. Il doit donc vérifier la solvabilité du cessionnaire et exiger des garanties.

Cette décision de 1968 est-elle toujours applicable ?

Oui, elle est constamment citée par les tribunaux. Cependant, elle peut être écartée si le bail initial contient une clause d'indivisibilité expresse.

Que faire si je suis locataire et souhaite céder une partie de mon bail ?

Vous devez obtenir l'accord écrit de votre propriétaire. Faites rédiger un acte de cession par un avocat pour sécuriser l'opération et éviter tout litige.

Informations juridiques

  • Numéro: 65-13.538
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 mai 1968

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Laxou : comment sécuriser une cession partielle

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial de 150 m² à Laxou, accepte que son locataire cède 50 m² à un nouveau commerçant. Il souhaite rester protégé en cas de défaut de paiement.

Application pratique:

M. Dupont doit insérer dans l'acte de cession une clause de garantie solidaire stipulant que le cédant reste solidaire du paiement des loyers pendant 3 ans. Il peut aussi exiger une caution personnelle du cessionnaire.

2

Locataire cédant à Nancy : comment se libérer de ses obligations

Mme Martin, locataire d'un local de 200 m² à Nancy, souhaite céder 100 m² à un artisan. Elle veut éviter de rester responsable des loyers de la partie cédée.

Application pratique:

Mme Martin doit négocier un acte de cession sans clause de solidarité. Si le propriétaire insiste, elle peut limiter la solidarité dans le temps (ex: 1 an) ou proposer une contrepartie (ex: augmentation du loyer).

3

Acquéreur d'un immeuble à Nancy : attention aux cessions partielles antérieures

M. Leroy achète un immeuble à Nancy comprenant plusieurs locaux commerciaux. Il découvre que certains baux ont été cédés partiellement par le passé.

Application pratique:

M. Leroy doit examiner les actes de cession pour vérifier si les baux ont été divisés. Cela peut affecter le montant des loyers et les droits au renouvellement. Il peut demander une régularisation ou une renonciation à la division.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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