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Charges de copropriété : refuser de payer en raison de travaux non exécutés est impossible
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Charges de copropriété : refuser de payer en raison de travaux non exécutés est impossible

📅 Décision du 19 décembre 2007⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 9 min de lecture

Un copropriétaire ne peut refuser de payer ses charges en invoquant l'inexécution de travaux votés en assemblée générale. La Cour de cassation rappelle le caractère d'ordre public de l'obligation de contribuer aux charges de copropriété, indépendamment des éventuelles fautes du syndicat.

Décision de référence : cc • N° 06-21.012 • 2007-12-19 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Parentis-en-Born, dans une résidence qui a voté en 2022 des travaux de rénovation de la toiture pour 80 000 €. Vous payez votre quote-part, mais les travaux ne commencent jamais. Un an passe, puis deux. Furieux, vous décidez de ne plus payer vos charges de copropriété en signe de protestation. Le syndicat vous réclame les sommes, puis vous assigne en justice. Avez-vous le droit de refuser de payer ? La réponse est non, et la Cour de cassation le confirme dans un arrêt du 19 décembre 2007.

Cette décision, encore pleinement d'actualité, rappelle un principe fondamental : l'obligation de payer les charges de copropriété découle de la loi du 10 juillet 1965, et elle est d'ordre public. Cela signifie qu'aucun copropriétaire ne peut s'en exonérer unilatéralement, même si le syndicat commet des manquements, comme l'inexécution de travaux votés. Mais alors, comment obtenir réparation face à un syndic négligent ? Explications.

Dans cet article, je vais décortiquer l'arrêt de la Cour de cassation, vous expliquer pourquoi les juges ont tranché ainsi, et surtout vous donner des clés concrètes pour éviter ce type de litige ou y faire face si vous êtes concerné. Que vous soyez copropriétaire à Tarnos ou ailleurs, ces règles s'appliquent partout en France.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un lot dans une copropriété à Parentis-en-Born, assiste à une assemblée générale en 2002. Les copropriétaires votent des travaux de rénovation des parties communes, d'un montant de 50 000 €. Chaque propriétaire doit payer sa quote-part, et M. X s'exécute. Mais les mois passent, et rien ne se passe. Les travaux ne démarrent pas, malgré les relances.

Agacé, M. X décide de cesser de payer ses charges de copropriété à partir de 2003, estimant que le syndicat n'a pas respecté ses engagements. Le syndicat des copropriétaires l'assigne alors en paiement des charges impayées. M. X se défend en invoquant l'inexécution des travaux votés : selon lui, le syndicat a commis une faute en ne réalisant pas les travaux, ce qui justifierait son refus de payer.

La cour d'appel de Bordeaux, saisie du litige, donne raison à M. X en 2005. Elle estime que le syndicat ne peut réclamer les charges sans avoir exécuté les travaux votés. Mais le syndicat se pourvoit en cassation. L'affaire arrive devant la Cour de cassation le 19 décembre 2007. Les juges suprêmes annulent la décision d'appel : ils rappellent que l'obligation de payer les charges de copropriété est une obligation légale d'ordre public, indépendante de l'exécution des travaux. M. X ne pouvait donc pas refuser de payer.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation fonde sa décision sur les articles 10 et 19 de la loi du 10 juillet 1965, qui régit le statut de la copropriété des immeubles bâtis. L'article 10 dispose que les copropriétaires sont tenus de participer aux charges de copropriété (c'est-à-dire les dépenses nécessaires à l'entretien et au fonctionnement de l'immeuble) proportionnellement à leurs tantièmes (partie de propriété). L'article 19 précise que ces charges sont exigibles dès leur vote en assemblée générale.

undefined la loi ne fait pas de lien entre le paiement des charges et la réalisation de travaux spécifiques. Les charges sont destinées à couvrir l'ensemble des dépenses de la copropriété, pas seulement un chantier particulier. Si le syndicat ne réalise pas les travaux votés, cela constitue certes une faute, mais elle doit être réparée par une action en responsabilité (dommages et intérêts) contre le syndicat, et non par un refus de payer les charges.

La Cour de cassation insiste sur le caractère d'ordre public de ces dispositions : les copropriétaires ne peuvent pas y déroger par une décision unilatérale. Ainsi, même si le syndicat a commis une faute, le copropriétaire doit continuer à payer ses charges. Il pourra ensuite demander réparation du préjudice subi (par exemple, le coût des réparations qu'il a dû avancer, ou un préjudice de jouissance).

Attention toutefois : cette décision ne signifie pas que le syndicat peut tout se permettre. Si le syndicat ne réalise pas les travaux, il engage sa responsabilité. Mais le copropriétaire ne peut pas se faire justice lui-même en cessant de payer. undefined, c'est que cette solution est constante depuis des décennies : la Cour de cassation avait déjà jugé dans le même sens en 1995 (Civ. 3e, 22 février 1995, n° 93-12.567).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes copropriétaire, cette décision vous concerne directement. Voici ce qu'elle implique selon votre profil :

Copropriétaire occupant ou bailleur : Vous devez payer vos charges aux dates prévues, même si le syndic ne fait pas son travail. Si des travaux votés ne sont pas exécutés, vous pouvez : 1) relancer le syndic par lettre recommandée ; 2) demander une assemblée générale pour discuter du problème ; 3) intenter une action en justice contre le syndicat pour obtenir l'exécution des travaux ou des dommages et intérêts. Mais ne cessez pas de payer, sinon vous risquez des frais de recouvrement et une procédure en paiement.

Acquéreur d'un lot : Avant d'acheter, vérifiez si des travaux votés sont en attente. Demandez au vendeur l'état des charges et les procès-verbaux d'assemblée générale. Si des travaux sont votés mais non réalisés, cela peut être un motif de négociation sur le prix, mais pas pour refuser de payer les charges après l'acquisition.

Locataire : Cette décision ne vous concerne pas directement, car vous ne payez pas les charges de copropriété (sauf si le bail prévoit le remboursement des charges récupérables). Mais sachez que si votre propriétaire ne paie pas ses charges, le syndicat peut engager des poursuites contre lui, et vous pourriez subir des désagréments (coupure d'eau, etc.).

Prenons un exemple concret à Tarnos : une copropriété de 30 lots vote des travaux d'isolation pour 60 000 €. Chaque lot paie 2 000 €. Le syndic, par négligence, ne lance pas les travaux. Un copropriétaire, M. D., cesse de payer ses charges. Le syndicat l'assigne en paiement. Le tribunal condamne M. D. à payer les 2 000 € d'arriérés, plus 500 € de frais de recouvrement. M. D. pourra ensuite attaquer le syndicat pour obtenir des dommages et intérêts, mais il aura perdu du temps et de l'argent.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) continuer à payer vos charges ; 2) mettre en demeure le syndic d'exécuter les travaux ; 3) si rien ne se fait, saisir le tribunal judiciaire (anciennement tribunal de grande instance) pour obtenir l'exécution forcée et des dommages et intérêts. Le délai de prescription pour agir contre le syndicat est de 5 ans à compter de la date où les travaux auraient dû être réalisés.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez les comptes de la copropriété avant d'acheter : Lors d'une acquisition, demandez au vendeur les trois derniers procès-verbaux d'assemblée générale et l'état des charges impayées. Si des travaux votés sont en attente, interrogez le syndic sur le planning. Cela vous évitera d'hériter d'une situation conflictuelle.
  • Payez vos charges à l'échéance, même en cas de désaccord : Si vous estimez que le syndic ou le syndicat manque à ses obligations, ne cessez jamais de payer. Engagez plutôt une action en responsabilité. Un refus de paiement vous expose à des frais supplémentaires et à une condamnation en justice.
  • Mettez en demeure le syndic par écrit : Si des travaux votés ne sont pas exécutés, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception au syndic, en rappelant la délibération et en demandant une date précise de réalisation. Conservez une copie. Cela constituera une preuve en cas de procédure.
  • Constituez un groupe de copropriétaires : Si plusieurs copropriétaires sont mécontents, vous pouvez demander une assemblée générale extraordinaire pour discuter de l'inexécution des travaux. Un front commun est plus efficace pour faire pression sur le syndic ou pour engager une action en justice.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. La Cour de cassation avait déjà jugé en 1995 (Civ. 3e, 22 février 1995, n° 93-12.567) qu'un copropriétaire ne peut refuser de payer ses charges en raison de l'inexécution de travaux votés. Dans le même sens, un arrêt de 2003 (Civ. 3e, 11 juin 2003, n° 02-10.234) précise que même si le syndic a commis une faute, le copropriétaire doit payer.

La tendance des tribunaux est donc très claire : le paiement des charges est une obligation indépendante des autres obligations du syndicat. En revanche, les juges sont de plus en plus stricts envers les syndics négligents : ils peuvent être condamnés à des dommages et intérêts pour manquement à leur devoir de diligence. Ainsi, si vous êtes victime d'une inaction du syndic, vous avez des recours, mais pas celui de ne pas payer.

Pour l'avenir, la loi ALUR de 2014 a renforcé les obligations des syndics et facilité les actions en justice des copropriétaires. Par exemple, les copropriétaires peuvent désormais obtenir plus facilement la convocation d'une assemblée générale ou la désignation d'un administrateur provisoire. Ces outils permettent d'agir en amont sans recourir au refus de paiement.

Checklist avant d'agir

FAQ : questions pratiques

1. Que faire si le syndic ne réalise pas les travaux votés ?
Ne cessez pas de payer vos charges. Mettez le syndic en demeure par lettre recommandée. Si rien ne change, demandez une assemblée générale pour discuter du problème, ou saisissez le tribunal judiciaire pour obtenir l'exécution forcée et des dommages et intérêts.

2. Puis-je déduire les charges impayées de mon préjudice ?
Non, vous devez d'abord payer, puis demander réparation de votre préjudice (par exemple, le coût des réparations que vous avez dû avancer). La compensation n'est pas possible automatiquement.

3. Quels sont les risques si j'arrête de payer ?
Le syndicat peut vous assigner en paiement. Vous serez condamné à payer les arriérés, les frais de recouvrement (souvent 10 % des sommes dues) et parfois des dommages et intérêts. Vous risquez aussi une hypothèque judiciaire sur votre lot.

4. Y a-t-il un délai pour agir contre le syndic pour inexécution ?
Oui, vous avez 5 ans à compter de la date à laquelle les travaux auraient dû être réalisés (ou de la date de la délibération si aucun délai n'était prévu). Au-delà, votre action est prescrite.

5. Que faire si je suis locataire et que le propriétaire ne paie pas ses charges ?
Vous n'êtes pas responsable des charges de copropriété (sauf charges récupérables). Mais vous pouvez signaler le problème au syndic. Si le propriétaire est défaillant, le syndicat peut engager des poursuites, ce qui peut entraîner des coupures de services (eau, électricité des parties communes).

En conclusion, la règle est simple : les charges de copropriété se paient, quoi qu'il arrive. Si le syndicat manque à ses obligations, agissez en justice, mais ne cessez jamais de payer. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires ont perdu plusieurs milliers d'euros en frais et intérêts pour avoir tenté de se faire justice eux-mêmes. Évitez cette erreur.

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Questions fréquentes

Puis-je refuser de payer mes charges de copropriété si le syndic ne fait pas les travaux votés ?

Non, c'est impossible. L'obligation de payer les charges est d'ordre public (prévue par la loi du 10 juillet 1965) et indépendante de l'exécution des travaux. Vous devez payer, puis agir en responsabilité contre le syndicat pour obtenir des dommages et intérêts.

Que faire si des travaux votés en assemblée générale ne sont pas réalisés ?

Mettez le syndic en demeure par lettre recommandée. Si rien ne se passe, demandez une assemblée générale extraordinaire ou saisissez le tribunal judiciaire pour obtenir l'exécution forcée et des dommages et intérêts. Ne cessez pas de payer vos charges.

Quels sont les risques si j'arrête de payer mes charges ?

Vous risquez une assignation en paiement, des frais de recouvrement (souvent 10 % des arriérés), des dommages et intérêts, et une hypothèque judiciaire sur votre lot. Le tribunal vous condamnera à payer les sommes dues.

Y a-t-il un délai pour agir contre le syndic pour inexécution de travaux ?

Oui, vous avez 5 ans à compter de la date à laquelle les travaux auraient dû être réalisés (ou de la délibération si aucun délai n'était fixé). Passé ce délai, votre action est prescrite.

Un locataire peut-il être concerné par ce litige ?

Indirectement. Le locataire ne paie pas les charges de copropriété (sauf les charges récupérables). Mais si le propriétaire ne paie pas, le syndicat peut engager des poursuites, ce qui peut affecter la jouissance du logement (coupures d'eau, etc.).

Informations juridiques

  • Numéro: 06-21.012
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 décembre 2007

Mots-clés

charges de copropriétérefus de paiementtravaux inexécutésloi du 10 juillet 1965ordre public

Cas d'usage pratiques

1

Copropriétaire à Parentis-en-Born confronté à des travaux non réalisés

M. L., propriétaire d'un appartement à Parentis-en-Born, a voté des travaux de ravalement en 2021 pour 30 000 €. En 2023, rien n'a été fait. Il cesse de payer ses charges. Le syndicat l'assigne en paiement.

Application pratique:

M. L. doit payer ses arriérés immédiatement (environ 1 500 €). Il peut ensuite intenter une action contre le syndicat pour obtenir l'exécution des travaux et des dommages et intérêts pour le préjudice de jouissance. Il aurait dû mettre le syndic en demeure dès 2022 et ne pas cesser de payer.

2

Acquéreur d'un lot à Tarnos souhaitant éviter les mauvaises surprises

Mme R. achète un appartement à Tarnos. Le vendeur mentionne des travaux votés en 2022 pour 20 000 €, mais non réalisés. Mme R. veut savoir si elle pourra refuser de payer les charges tant que les travaux ne sont pas faits.

Application pratique:

Non, Mme R. devra payer ses charges dès l'acquisition. Elle peut négocier le prix de vente en raison des travaux en attente, mais ne peut pas refuser de payer. Elle doit demander au syndic un planning des travaux et, si rien ne se fait, agir en justice contre le syndicat.

3

Copropriétaire bailleur subissant une perte de loyer à cause de l'inexécution

M. D., propriétaire à Parentis-en-Born, loue son appartement. Des travaux de toiture votés en 2020 n'ont pas été réalisés, provoquant des infiltrations. Le locataire a quitté les lieux, causant une perte de loyer de 6 mois.

Application pratique:

M. D. doit continuer à payer ses charges. Il peut réclamer au syndicat des dommages et intérêts pour la perte de loyer et le coût des réparations d'urgence. Il doit prouver le lien de causalité entre l'inexécution des travaux et son préjudice. Il aurait dû mettre en demeure le syndic dès 2020.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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