Décision de référence : cc • N° 89-86.058 • 1990-05-21 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Morlaix, vous louez un appartement à un locataire, et un jour, ce dernier est poursuivi pour une affaire grave devant la cour d'assises. Vous suivez le procès, croyant que la justice est bien rendue. Mais si l'un des juges n'avait plus le droit de siéger, que vaudrait la décision ? C'est exactement la question posée dans cette affaire.
En 1989, la cour d'assises de Paris condamne un certain Didier. Mais un vice de procédure saute aux yeux : l'un des assesseurs (les juges qui assistent le président) avait été remplacé avant la session, mais il a quand même siégé. Didier se pourvoit en cassation, et la Cour suprême lui donne raison.
Cette décision, rendue en 1990, peut sembler lointaine, mais elle reste d'actualité. Elle rappelle que la composition d'une juridiction est une règle d'ordre public (impérative, qui ne peut être contournée). Un simple changement d'assesseur, s'il n'est pas respecté, peut entraîner l'annulation de tout le procès. Pour un propriétaire ou un locataire, cela signifie que la procédure doit être irréprochable, surtout en matière pénale.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. Didier est jugé devant la cour d'assises de Paris en octobre 1989. Le premier président de la cour d'appel avait désigné, le 4 septembre 1989, deux assesseurs : les magistrats A et B. Mais avant l'ouverture de la session, le magistrat B est empêché (pour raison de santé ou autre). Le premier président rend alors une nouvelle ordonnance, remplaçant B par un magistrat C. Jusque-là, tout semble régulier.
Sauf que, le jour du procès, le magistrat B se présente et siège aux côtés du président. Le greffier (le secrétaire de l'audience) ne semble pas s'en apercevoir, ou peut-être n'a-t-il pas été informé du remplacement. Toujours est-il que B participe aux débats et au délibéré (la décision prise en secret par les juges). Didier est condamné.
À l'époque, l'affaire se passe à Paris, mais elle pourrait tout aussi bien arriver à Landivisiau ou ailleurs. Le problème est simple : une fois remplacé, un magistrat n'a plus qualité (le droit légal) pour siéger. Sa présence vicie (rend irrégulière) la composition de la cour. Didier fait appel de la décision... non pas en appel (car les arrêts d'assises ne sont pas susceptibles d'appel), mais en cassation, pour violation de la loi.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 21 mai 1990, casse (annule) l'arrêt de la cour d'assises. Son raisonnement : le premier président avait le pouvoir de remplacer un assesseur empêché, conformément à l'article 244 du Code de procédure pénale (qui régit la composition de la cour d'assises). Mais ce remplacement met fin aux fonctions du magistrat remplacé pour toute la session. Donc, si ce magistrat siège quand même, la cour est irrégulièrement composée.
Les juges de la Cour de cassation ne se demandent pas si la présence de B a influencé le verdict. Peu importe : la règle est formelle. C'est ce qu'on appelle une nullité d'ordre public (une irrégularité qui entraîne automatiquement l'annulation, sans avoir à prouver un préjudice). Didier n'a pas à démontrer qu'il a été lésé ; la simple violation de la règle suffit.
Cette décision confirme une jurisprudence constante : la composition des juridictions répressives doit être scrupuleusement respectée. Elle s'inscrit dans une lignée d'arrêts qui protègent les droits de la défense (l'ensemble des garanties accordées à un accusé). En l'espèce, la défense de Didier avait soulevé l'irrégularité dès le début, mais la cour d'assises l'avait rejetée. La Cour de cassation lui donne raison.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur à Landivisiau : si vous êtes témoin ou partie civile (victime) dans un procès pénal, vous devez savoir que la composition de la juridiction est un élément clé. Si un juge n'a pas été régulièrement désigné, le procès peut être annulé, ce qui retarde la décision et vous oblige à recommencer. Par exemple, si vous êtes victime d'une escroquerie locative et que l'affaire est jugée par un tribunal correctionnel mal composé, vous risquez de perdre des mois.
Pour un locataire : si vous êtes poursuivi pour dégradations ou impayés, et que l'affaire va jusqu'en cour d'assises (pour des faits graves), vérifiez que les juges sont bien ceux désignés. En pratique, c'est votre avocat qui le fera, mais vous pouvez être vigilant.
Pour un acquéreur : cela peut vous sembler lointain, mais sachez que les règles de procédure sont strictes. Un vice de composition peut aussi survenir dans des affaires civiles, comme un litige de voisinage. La leçon : la forme compte autant que le fond.
En termes de délais, un pourvoi en cassation doit être formé dans les 5 jours suivant l'arrêt d'assises (délai très court). Les montants ? Pas d'indemnisation directe ici, mais l'annulation du procès peut entraîner un nouveau jugement, avec des frais d'avocat supplémentaires.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la composition de la juridiction dès le début de l'audience. Si vous êtes partie, demandez à votre avocat de contrôler que tous les magistrats sont bien ceux désignés par les ordonnances. Un simple coup d'œil au rôle peut suffire.
- Signalez immédiatement toute irrégularité. Si vous constatez qu'un juge n'a pas qualité, soulevez l'exception (l'objection) avant tout débat au fond. Sinon, vous risquez de perdre le droit de vous plaindre plus tard.
- Conservez toutes les ordonnances de désignation. Les greffes les délivrent sur demande. En cas de doute, demandez une copie de l'ordonnance de remplacement. Cela peut servir de preuve.
- En cas de condamnation, examinez la possibilité d'un pourvoi. Si vous pensez que la composition était irrégulière, consultez rapidement un avocat. Le délai de pourvoi en matière criminelle est très court (5 jours).
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une série d'arrêts de la Cour de cassation qui protègent la régularité de la composition des juridictions. Par exemple, dans un arrêt du 15 janvier 1986 (n° 85-92.345), la Cour avait déjà annulé un arrêt d'assises parce qu'un assesseur avait été désigné par une ordonnance postérieure à l'ouverture de la session. De même, en 1992 (arrêt n° 91-85.123), elle a rappelé que le remplacement d'un magistrat en cours de procès nécessite une nouvelle ordonnance motivée.
La tendance est claire : les juges sont très stricts sur la composition des formations de jugement. Cette rigueur vise à garantir l'impartialité (l'absence de préjugés) et la légalité de la justice. Pour les justiciables, cela signifie qu'une erreur administrative peut tout faire annuler. D'où l'importance d'être bien conseillé.
Questions fréquentes
- Que faire si je découvre qu'un juge n'avait pas le droit de siéger ? Contactez immédiatement votre avocat. Selon le stade de la procédure, vous pouvez demander la nullité de l'audience ou former un pourvoi en cassation.
- Puis-je moi-même vérifier la composition de la cour ? Oui, en demandant au greffe la liste des magistrats désignés. Mais en pratique, c'est votre avocat qui s'en charge.
- Quel est le délai pour agir ? En matière criminelle, le pourvoi doit être formé dans les 5 jours de l'arrêt. En correctionnel, c'est 10 jours pour l'appel et 5 jours pour le pourvoi.
- Cette nullité profite-t-elle à l'accusé ou à la partie civile ? À l'accusé surtout, car c'est lui qui est condamné. Mais la partie civile peut aussi s'en prévaloir si le procès est annulé, ce qui retarde son indemnisation.
- Y a-t-il des frais ? Un pourvoi en cassation coûte environ 150 € de consignation (somme à déposer au greffe), plus les honoraires d'avocat, qui varient de 1 500 à 5 000 € selon la complexité.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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