Décision de référence : cc • N° 68-91.013 • 1968-07-24 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Châteaulin, et un locataire a causé un incendie dans votre immeuble. Il est condamné à plusieurs peines de prison pour différents délits. Le tribunal ordonne la confusion des peines (c'est-à-dire qu'il ne purge que la plus longue). Mais si cette peine la plus longue est ensuite réduite ou annulée, que deviennent les autres ? La réponse n'est pas intuitive : elles « revivent » et doivent être intégralement exécutées. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 24 juillet 1968, une décision qui continue de faire jurisprudence.
En tant que propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier, vous n'êtes pas directement concerné par le droit pénal… sauf quand un sinistre, une infraction ou un litige vous amène à côtoyer des peines de prison. Par exemple, si un voisin à Plouhinec est condamné pour des dégradations dans votre copropriété, et que sa peine principale est annulée, les autres peines subsistent. Cette décision vous éclaire sur un mécanisme méconnu : la confusion des peines n'est qu'une mesure d'exécution, elle ne les fait pas disparaître.
Alors, faut-il s'en méfier ? Pas forcément, mais il est crucial de comprendre que la confusion des peines (article 5 du Code pénal) ne les efface pas : elle les met simplement en sommeil tant que la peine la plus forte est exécutée. Dès que celle-ci disparaît, les autres reprennent leur plein effet. C'est ce que nous allons décortiquer ensemble.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Cette affaire commence par une condamnation classique. Un homme est jugé pour plusieurs infractions commises à Paris. Le 27 mai 1966, la cour d'appel de Paris le condamne à quatre ans d'emprisonnement pour un premier délit, et à trente mois d'emprisonnement pour un second. La cour ordonne la confusion des peines : le prévenu ne purgera donc que la peine la plus lourde, soit quatre ans. Jusque-là, rien d'anormal.
Mais le procureur général près la cour d'appel de Paris se pourvoit en cassation. Pourquoi ? Parce que, selon lui, la confusion des peines ne devrait pas avoir pour effet de faire disparaître la peine la plus faible. Il soutient que si la peine de quatre ans venait à être annulée ou à prendre fin (par exemple par une libération conditionnelle ou une grâce), les trente mois d'emprisonnement devraient être exécutés intégralement.
La Cour de cassation lui donne raison. Dans son arrêt du 24 juillet 1968, elle casse l'arrêt de la cour d'appel et précise le sens de la confusion des peines : elle n'affecte que l'exécution, pas l'existence des peines. Les peines confondues restent « entières » et doivent être subies si la peine la plus forte disparaît, jusqu'à concurrence du maximum légal pour l'infraction la plus grave.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 5 du Code pénal (dans sa version alors en vigueur). Cet article prévoit qu'en cas de pluralité de condamnations pour des faits distincts, les peines peuvent être confondues, c'est-à-dire exécutées simultanément jusqu'à concurrence de la plus élevée. Mais la Cour précise que cette confusion n'est qu'une mesure d'exécution : elle n'absorbe pas les peines les moins fortes, elle les met simplement en attente.
Concrètement, la Haute juridiction distingue deux choses : d'un côté, l'existence propre de chaque peine (elles sont prononcées par un jugement et restent valides tant qu'elles ne sont pas annulées) ; de l'autre, leur exécution (le moment où le condamné les purge). La confusion ne touche que l'exécution. Si la peine la plus forte disparaît (par exemple, parce qu'elle est annulée en cassation, ou parce que le condamné est gracié), les autres peines, qui n'ont jamais cessé d'exister, doivent être exécutées.
La Cour ajoute une limite : cette exécution ne peut pas dépasser le maximum légal prévu pour l'infraction la plus grave. En d'autres termes, même si plusieurs peines « revivent », la durée totale de détention ne peut excéder ce que la loi autorise pour le délit le plus sérieux. C'est une garantie pour le condamné.
Cet arrêt est une confirmation de la jurisprudence antérieure. Il ne crée pas de droit nouveau, mais il rappelle avec force un principe souvent mal compris. Les magistrats insistent sur le fait que la confusion n'est pas une amnistie (qui efface la condamnation) ni une grâce (qui remet la peine). C'est une simple modalité d'exécution.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Vous êtes propriétaire bailleur à Châteaulin ? Imaginez que votre locataire a été condamné pour des dégradations volontaires (trois mois de prison) et pour non-paiement des loyers (un mois de prison). Le tribunal ordonne la confusion : votre locataire ne purge qu'un mois de prison (la plus forte). Mais si ce mois de prison est annulé en appel, les trois mois de prison pour dégradations « revivent ». Votre locataire devra alors purger ces trois mois, ce qui peut lui faire perdre son emploi et compromettre le paiement des loyers futurs.
Vous êtes acquéreur à Plouhinec ? Avant d'acheter un bien, vérifiez si le vendeur ou un occupant a fait l'objet de condamnations pénales liées au bien (par exemple, pour trafic de stupéfiants). Si plusieurs peines ont été confondues, une annulation de la peine la plus forte pourrait remettre en cause l'occupation des lieux, et donc votre tranquillité.
En copropriété, si un copropriétaire est condamné pour des nuisances sonores (peine de prison avec sursis) et pour des dégradations (peine ferme), la confusion des peines peut donner l'illusion que tout est réglé. Mais si la peine ferme est annulée, le sursis peut devenir exécutoire. Il faut donc suivre l'évolution des décisions pénales pour anticiper les problèmes.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Conservez tous les jugements et arrêts : en cas de pluralité de condamnations, demandez copie de chaque décision. Ne vous fiez pas à un seul extrait de peine. Le greffe du tribunal peut vous fournir un relevé complet.
- Interrogez le casier judiciaire : si vous êtes victime d'une infraction (vol, dégradation), le casier judiciaire du condamné mentionne toutes les peines, même confondues. Cela vous permet de savoir si d'autres peines peuvent « renaître ».
- Prévoyez des clauses contractuelles : dans un bail, insérez une clause précisant que toute condamnation pénale liée au logement (dégradation, trouble de voisinage) constitue un motif de résiliation de plein droit. Ainsi, si la peine est annulée, vous gardez un levier.
- Suivez les recours : si le condamné fait appel ou se pourvoit en cassation, soyez vigilants. Une annulation de la peine la plus forte peut remettre en vigueur des peines moins lourdes. Renseignez-vous auprès de l'avocat de la partie adverse ou du parquet.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1968 s'inscrit dans une ligne constante de la Cour de cassation. Dès 1955, un arrêt de la chambre criminelle avait énoncé que « la confusion des peines ne les éteint pas, elle n'en suspend que l'exécution » (Crim., 23 juin 1955). Plus récemment, la chambre criminelle a rappelé que « la confusion des peines n'a d'effet que pendant la durée de la peine la plus forte ; celle-ci venant à cesser, les autres peines reprennent leur cours » (Crim., 12 janvier 2005, n° 04-82.456).
La tendance est donc claire : les juges veulent éviter que la confusion soit utilisée comme un « effaceur » de peines. Cela signifie que, pour les victimes d'infractions, il est essentiel de ne pas considérer la confusion comme une fin en soi. Le condamné peut encore devoir purger d'autres peines si la principale disparaît. À l'inverse, pour les condamnés, il faut être conscient que la confusion n'est qu'un répit : si la peine de base est annulée, les autres peines vous rattrapent.
Cette jurisprudence reste d'actualité, même après la réforme du Code pénal de 1994. L'article 132-3 du nouveau Code pénal reprend le même principe : « La confusion des peines ne peut être ordonnée que dans les limites du maximum légal le plus élevé ». La logique est identique.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ :
- Que faire si je suis victime et que le condamné bénéficie d'une confusion des peines ? Ne vous découragez pas : la confusion n'est pas définitive. Surveillez les recours et, si la peine la plus forte est annulée, contactez votre avocat pour demander la mise à exécution des autres peines.
- Puis-je exiger que le condamné purge toutes ses peines ? Non, la confusion est légale et ordonnée par le juge. Mais vous pouvez contester si elle est illégale (par exemple si elle dépasse le maximum légal).
- Quels délais pour agir ? En matière pénale, les recours sont brefs : 10 jours pour l'appel, 5 jours pour la cassation. Soyez réactif.
- Quel coût ? Une consultation avec un avocat spécialisé coûte entre 150 et 300 €. Mais une action en justice peut être prise en charge par l'aide juridictionnelle si vos ressources sont modestes.
- Puis-je obtenir des dommages-intérêts même si la peine est confondue ? Oui, la confusion des peines ne concerne que l'emprisonnement. L'indemnisation de votre préjudice (matériel ou moral) reste due et peut être réclamée devant le juge civil.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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