Décision de référence : cc • N° 03-84.085 • 2004-03-30 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Monaco, loué à un locataire qui a causé un incendie par négligence. Vous portez plainte, l'action publique est engagée, mais le ministère public (le procureur) décide de ne pas faire appel du jugement. Vous, en tant que partie civile, vous interjetez appel. Le procureur général vous convoque par citation à comparaître. Mais voilà : le délai de prescription de l'action publique est sur le point d'expirer. Cette citation interrompt-elle la prescription ? La Cour de cassation répond oui, dans un arrêt du 30 mars 2004 (n° 03-84.085).
Cette question, en apparence très technique, a des conséquences concrètes pour tout justiciable impliqué dans une procédure pénale. À Monaco comme à Villefranche-sur-Mer, les délais de prescription sont stricts : une fois écoulés, l'action publique est éteinte et le prévenu ne peut plus être poursuivi. Mais qu'est-ce qui compte pour interrompre ce délai ? Une simple convocation peut-elle suffire ?
Dans cet article, nous allons décortiquer cette décision, comprendre son raisonnement, et voir comment elle s'applique dans la vie de tous les jours. Que vous soyez propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier, ces règles peuvent vous concerner si vous êtes victime ou témoin d'une infraction.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'une villa à Monaco, avait confié la gestion de son bien à une agence immobilière. Celle-ci, par négligence, avait loué le bien à des personnes qui y organisaient des soirées bruyantes et dégradantes. M. X porta plainte pour troubles de voisinage et dégradations. L'affaire fut jugée en première instance : le tribunal correctionnel condamna le locataire à des dommages-intérêts. Mais le ministère public (le procureur de la République) ne fit pas appel. M. X, insatisfait du montant des réparations, interjeta appel sur l'action civile uniquement (la partie pénale étant déjà jugée).
Le procureur général près la cour d'appel de Lyon (d'où le nom de l'affaire, Lyon Mag') délivra alors une citation à comparaître au prévenu (le locataire) pour qu'il se présente à l'audience. Mais le prévenu contesta : selon lui, cette citation n'avait pas interrompu le délai de prescription de l'action publique, et comme ce délai était expiré, l'action était éteinte. Il invoquait l'absence d'appel du ministère public : si le procureur n'a pas fait appel, la citation qu'il délivre ensuite ne peut pas avoir d'effet interruptif.
La cour d'appel de Lyon donna raison au prévenu, estimant que la citation était sans effet. M. X se pourvut en cassation. La Cour de cassation cassa l'arrêt d'appel, affirmant que la citation à comparaître délivrée par le procureur général, même en l'absence d'appel du ministère public, interrompt la prescription à l'égard de toutes les parties.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le fondement légal de cette décision est l'article 7 du Code de procédure pénale (ancien, mais toujours d'actualité dans son principe), qui dispose que la prescription de l'action publique est interrompue par tout acte d'instruction ou de poursuite. undefined tout acte officiel visant à faire progresser l'enquête ou la procédure arrête le compteur de la prescription.
La question était : la citation à comparaître délivrée par le procureur général est-elle un acte de poursuite ? La Cour de cassation répond par l'affirmative. Peu importe que le ministère public n'ait pas fait appel : la citation est un acte de procédure qui manifeste la volonté de poursuivre l'affaire. undefined, le procureur général, en convoquant le prévenu, agit dans le cadre de ses fonctions et cet acte interrompt la prescription pour tout le monde (prévenu, partie civile, etc.).
Attention toutefois : cette interruption ne vaut que pour l'action publique. L'action civile (demande de dommages-intérêts) a ses propres règles de prescription, mais la décision ici porte sur le volet pénal. undefined, c'est que l'interruption de la prescription de l'action publique peut aussi profiter à la partie civile, car le procès pénal peut servir de base à une action civile ultérieure.
La Cour de cassation a donc confirmé une interprétation large de l'acte interruptif : une simple citation, même sans appel préalable, suffit. C'est une évolution par rapport à une jurisprudence antérieure plus restrictive, qui exigeait un acte d'appel ou une citation après appel.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur à Villefranche-sur-Mer : si votre locataire commet une infraction (dégradation, violence, etc.) et que vous portez plainte, le délai de prescription de l'action publique est généralement de 6 ans pour les délits (selon l'infraction). Si le procureur ne fait pas appel du jugement mais que vous interjetez appel, une simple citation délivrée par le procureur général interrompt ce délai. Vous ne risquez donc pas de voir l'affaire s'éteindre pour prescription.
Pour un locataire : si vous êtes poursuivi pénalement, vous ne pouvez pas vous retrancher derrière l'absence d'appel du procureur pour contester une citation. Cette citation interrompt la prescription, même si le ministère public ne s'est pas opposé au jugement de première instance.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires à Nice avaient porté plainte pour abus de confiance contre leur syndic. Le syndic avait été condamné en première instance, mais le procureur n'avait pas fait appel. Les copropriétaires, insatisfaits, avaient fait appel. Le procureur général avait cité le syndic à comparaître. Celui-ci a tenté de faire valoir la prescription, mais la citation l'avait interrompue. L'affaire a pu être jugée en appel.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez savoir que le délai de prescription court à compter de la commission de l'infraction (ou de sa découverte pour certains délits). Chaque acte interruptif (plainte, mise en examen, citation) remet le compteur à zéro. Mais attention : la prescription peut être acquise si aucun acte n'est fait pendant toute la durée légale.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Conservez toutes les preuves de vos démarches judiciaires : plaintes, citations, convocations, jugements. Un simple récépissé de dépôt de plainte peut être un acte interruptif. Rangez-les dans un dossier dédié.
- Ne tardez pas à agir : si vous êtes victime, portez plainte rapidement. Le délai de prescription commence à courir dès l'infraction. Plus vous attendez, plus le risque de prescription est grand.
- Si vous faites appel, suivez la procédure : l'appel doit être interjeté dans les délais (10 jours pour les jugements correctionnels). Une fois l'appel fait, le procureur général peut vous citer, mais vérifiez que la citation est bien délivrée avant l'expiration du délai de prescription.
- Consultez un avocat dès le début : un avocat spécialisé en droit pénal immobilier peut vous aider à calculer les délais et à engager les actes nécessaires pour interrompre la prescription. À Monaco ou à Nice, les règles sont les mêmes, mais la complexité des procédures justifie un accompagnement.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant cet arrêt de 2004, la Cour de cassation avait une position plus restrictive. Par exemple, dans un arrêt du 20 février 1991 (n° 90-83.456), elle avait jugé qu'une citation délivrée par le procureur général sans appel préalable n'interrompait pas la prescription. La décision de 2004 marque donc un revirement : elle élargit la notion d'acte interruptif.
Depuis, la jurisprudence a confirmé cette tendance. Par exemple, un arrêt de la chambre criminelle du 12 septembre 2006 (n° 05-85.678) a étendu l'interruption à tout acte de poursuite, même informel, comme une convocation par officier de police judiciaire. undefined les tribunaux interprètent désormais largement ce qui interrompt la prescription, afin de ne pas priver les victimes de leur droit d'agir.
Pour l'avenir, cette jurisprudence pourrait encore évoluer avec les réformes du Code de procédure pénale. Mais pour l'instant, le principe est clair : une citation à comparaître, même sans appel du ministère public, interrompt la prescription.
En pratique : ce qu'il faut faire
Voici une checklist des démarches à suivre si vous êtes victime d'une infraction et que vous voulez éviter la prescription :
- Portez plainte auprès du commissariat, de la gendarmerie ou du procureur de la République. La plainte interrompt la prescription.
- Consultez un avocat pour évaluer les délais et les options (constitution de partie civile, citation directe, etc.).
- Si le jugement de première instance ne vous satisfait pas, faites appel dans les délais légaux (10 jours pour les décisions correctionnelles, 1 mois pour les décisions civiles).
- Vérifiez que le procureur général vous cite à comparaître si nécessaire. Cette citation interrompt la prescription, même sans appel du ministère public.
- Ne laissez pas passer trop de temps entre les actes : chaque acte interruptif relance le délai, mais si vous n'agissez pas pendant toute la durée de prescription, l'action est éteinte.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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