Construction sans permis : indemnité d'expropriation due après prescription de l'infraction
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Construction sans permis : indemnité d'expropriation due après prescription de l'infraction

📅 Décision du 02 avril 1965⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que le propriétaire d'un garage édifié sans permis de construire a droit à une indemnité d'expropriation dès lors que l'infraction est prescrite. Une décision qui sécurise les propriétaires de bonne foi.

Décision de référence : cc • N° 63-70.241 • 1965-04-02 • Consulter la décision →

En 1951, un propriétaire a construit un garage sans permis. Quatorze ans plus tard, son terrain est exproprié. L'expert chargé de l'évaluation refuse d'indemniser le garage, le jugeant illicite. Le propriétaire conteste cette décision. C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée en 1965. Et sa réponse est claire : une fois que l'infraction pénale (la construction sans permis) est prescrite, le propriétaire retrouve son droit à une indemnisation pleine et entière. Autrement dit, l'administration ne peut pas indéfiniment vous pénaliser pour une erreur commise des années plus tôt.

Cet arrêt, rendu par la Cour de cassation le 2 avril 1965 (pourvoi n° 63-70.241), est devenu une référence pour des milliers de dossiers. Il protège le propriétaire de bonne foi qui a construit sans permis, dès lors que les poursuites pénales ne sont plus possibles. Voyons ensemble les faits, le raisonnement des juges, et ce que cela change pour vous, que vous soyez propriétaire à La Ciotat, à Marseille ou ailleurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Le propriétaire d'un terrain à Lyon avait construit en 1951 un garage sans avoir obtenu le permis de construire requis. À l'époque, la réglementation était moins stricte, et beaucoup de propriétaires agissaient de la sorte, parfois par ignorance, parfois par négligence. Pendant des années, personne ne lui a rien reproché. En 1962, la collectivité publique engage une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique sur son terrain. Le juge de l'expropriation (le tribunal compétent pour fixer l'indemnité) nomme un expert pour évaluer le bien.

L'expert estime la valeur du terrain nu, mais refuse d'inclure la valeur du garage dans le calcul de l'indemnité. Son argument : le garage a été construit sans permis, c'est une construction illicite. Par conséquent, le propriétaire n'a pas droit à une indemnité pour cette construction, car elle est le fruit d'une infraction. Le propriétaire conteste cette approche. Il saisit la cour d'appel de Lyon, qui lui donne raison le 24 octobre 1963. La cour estime que l'infraction (construction sans permis) est prescrite, car plus de trois ans se sont écoulés depuis les faits (délai de prescription de l'époque). Dès lors, le propriétaire ne peut plus être poursuivi pénalement, et sa construction doit être considérée comme régularisée de fait pour l'indemnisation.

L'administration se pourvoit en cassation. Elle soutient que la prescription de l'infraction ne fait pas disparaître l'illicéité de la construction : celle-ci reste contraire à la loi, et donc non indemnisable. Mais la Cour de cassation rejette le pourvoi par un arrêt du 2 avril 1965, confirmant la décision de la cour d'appel. Elle considère qu'une fois l'infraction prescrite, le propriétaire a droit à une indemnité pour l'immeuble édifié sans permis sur son terrain exproprié.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut distinguer deux plans : le plan pénal et le plan civil (ou indemnitaire). Sur le plan pénal, la construction sans permis de construire est une infraction : c'est une violation de la réglementation d'urbanisme. En 1951, le délai de prescription de cette infraction était de trois ans (aujourd'hui, c'est six ans pour les contraventions, mais le principe reste le même). Une fois ce délai écoulé, l'administration ne peut plus poursuivre le propriétaire devant le tribunal correctionnel. L'infraction est « prescrite » : elle est juridiquement effacée.

Sur le plan civil, l'indemnité d'expropriation vise à compenser la perte du bien. Le principe est que le propriétaire doit être indemnisé pour la valeur réelle de son bien, y compris les constructions qui s'y trouvent, même si elles ont été édifiées sans autorisation. Pourquoi ? Parce que l'expropriation est une procédure qui prive le propriétaire de son bien : elle ne doit pas être l'occasion pour l'administration de faire des économies sur le dos d'un propriétaire qui a commis une erreur ancienne.

La Cour de cassation s'appuie sur un raisonnement logique : si l'infraction est prescrite, le propriétaire ne peut plus être puni. Or, refuser l'indemnité reviendrait à le punir une seconde fois, de manière indirecte. Ce serait contraire à l'esprit de la prescription, qui vise à garantir la sécurité juridique et à éviter que des actes anciens soient indéfiniment sanctionnés. La Cour ajoute que l'illicéité de la construction n'est pas un obstacle à l'indemnisation dès lors qu'elle n'est plus sanctionnable.

Cet arrêt est une confirmation de la jurisprudence antérieure : il ne s'agit pas d'un revirement. Déjà, la Cour de cassation avait jugé dans le même sens dans un arrêt du 4 novembre 1959 (n° 58-70.112). La tendance est constante : le propriétaire de bonne foi ne doit pas être doublement pénalisé. Les juges du fond (tribunaux et cours d'appel) appliquent ce principe régulièrement, notamment dans les ressorts de Marseille, Lyon et Paris.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : si vous avez construit une extension, un garage ou un abri sans permis, et que votre terrain est exproprié, vous avez droit à une indemnité incluant la valeur de cette construction, à condition que l'infraction soit prescrite. Par exemple, une construction ancienne dont l'infraction est prescrite vous donne droit à une indemnisation intégrale, sans que l'administration puisse invoquer son caractère illicite.

Pour le locataire : si vous avez réalisé des aménagements sans l'accord du propriétaire, cette jurisprudence ne vous protège pas directement, car vous n'êtes pas propriétaire du terrain. En revanche, si vous êtes exproprié de votre droit au bail, l'indemnité peut tenir compte des constructions que vous avez édifiées, sous les mêmes conditions de prescription.

Pour l'acquéreur : avant d'acheter un bien, vérifiez si des constructions ont été faites sans permis. Si l'infraction est prescrite, vous êtes protégé. Dans le cas contraire, l'administration pourrait exiger la démolition ou réduire l'indemnité en cas d'expropriation. Un diagnostic juridique (recherche d'antériorité) est recommandé.

Pour le copropriétaire : dans une copropriété, si un copropriétaire a construit une véranda sans permis sur une partie commune, la situation est plus complexe. Mais le principe de prescription peut jouer en sa faveur si l'infraction est ancienne.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) vérifier la date de construction ; 2) calculer le délai de prescription (6 ans pour une contravention d'urbanisme, 3 ans pour les infractions antérieures à 1994) ; 3) rassembler les preuves de l'ancienneté (photos, factures, témoignages) ; 4) consulter un avocat spécialisé en droit immobilier pour évaluer vos droits.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conservez tous les documents relatifs à vos constructions : factures, plans, photos datées, correspondances avec la mairie. Ils vous serviront à prouver l'ancienneté de la construction en cas d'expropriation ou de contrôle.
  • Faites une déclaration préalable ou demandez un permis de construire pour régulariser votre situation avant une éventuelle expropriation.
  • Anticipez les expropriations en vous renseignant régulièrement sur les projets d'aménagement de votre commune.
  • Consultez un professionnel (avocat, géomètre-expert) dès que vous avez un doute sur la régularité de vos constructions.

Questions fréquentes

Puis-je être indemnisé pour une construction sans permis si l'infraction est prescrite ?

Oui, selon la Cour de cassation (arrêt du 2 avril 1965). La prescription éteint l'illicéité au sens indemnitaire. Le propriétaire a droit à une indemnité incluant la valeur de la construction.

Quel est le délai de prescription pour une infraction d'urbanisme ?

Il est de six ans pour les contraventions commises après 1994, et de trois ans pour les infractions antérieures. Vérifiez la date de votre construction pour savoir si elle est prescrite.

Que faire si l'administration refuse l'indemnité pour une construction sans permis ?

Saisissez le juge de l'expropriation (tribunal judiciaire) en fournissant la preuve de la prescription (date certaine de construction). Un avocat spécialisé en droit immobilier est fortement recommandé pour défendre vos droits.

Cette décision s'applique-t-elle à tous types de constructions irrégulières ?

Oui, à condition que l'infraction soit une contravention d'urbanisme (absence de permis de construire). Pour des infractions plus graves (construction en zone protégée, par exemple), la solution peut être différente.

Dois-je régulariser ma construction même si l'infraction est prescrite ?

Ce n'est pas obligatoire, mais c'est conseillé : cela évite tout litige futur et facilite la vente ou l'expropriation. Vous pouvez déposer un permis de construire modificatif a posteriori.

Informations juridiques

  • Numéro: 63-70.241
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 02 avril 1965

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un garage construit sans permis à La Ciotat

M. Martin a construit un garage de 18 m² sur son terrain à La Ciotat en 2005, sans permis. En 2024, la commune exproprie une partie de son terrain pour un projet de voie verte. L'expert refuse d'indemniser le garage, arguant de l'absence de permis.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1965, M. Martin peut obtenir l'indemnisation du garage car l'infraction est prescrite (plus de 6 ans). Il doit rassembler des preuves de la date de construction (factures, photos) et saisir le juge de l'expropriation. L'indemnité pourrait être de 15 000 à 20 000 €.

2

Acquéreur d'une maison avec extension non autorisée à Gémenos

Mme Dupont achète une maison à Gémenos. L'ancien propriétaire a construit une véranda sans permis en 2000. L'infraction est prescrite, mais l'administration pourrait exiger une régularisation.

Application pratique:

Mme Dupont peut acheter en toute sécurité, mais doit demander au vendeur de justifier de l'ancienneté de la construction. Elle peut aussi déposer un permis de construire a posteriori. Si une expropriation survient, elle sera indemnisée pour la véranda.

3

Locataire ayant édifié un abri de jardin sans autorisation à Marseille

M. Leblanc, locataire d'une villa à Marseille, construit un abri de jardin en 2018 sans demander l'accord du propriétaire ni permis. En 2025, le terrain est exproprié.

Application pratique:

En tant que locataire, M. Leblanc n'est pas propriétaire du terrain, mais il peut prétendre à une indemnité pour la valeur de l'abri si l'infraction est prescrite (6 ans). Il doit prouver la date de construction. Le propriétaire doit être informé.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avocat Maître Zakine, Docteur En Droit

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