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Construction sans permis : le propriétaire reste responsable même si un tiers a bâti
Droit-foncier

Construction sans permis : le propriétaire reste responsable même si un tiers a bâti

📅 Décision du 04 novembre 1987⚖️ Cour de cassation👁️ 16 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'en matière d'infraction d'urbanisme, le propriétaire du terrain est présumé responsable des travaux non conformes au permis de construire, même si ces travaux ont été réalisés par un tiers. Décision du 4 novembre 1987 (n°87-80.318).

Décision de référence : cc • N° 87-80.318 • 1987-11-04 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous venez d'acquérir une belle maison à Gemenos, avec un terrain arboré. Vous projetez de faire des travaux d'agrandissement. Vous obtenez un permis de construire, respectez scrupuleusement les plans déposés. Mais quelques mois plus tard, vous découvrez que l'entrepreneur a construit une mezzanine non prévue, modifié des cloisons. Le certificat de conformité vous est refusé. Pire : vous êtes poursuivi pénalement pour construction non conforme. Mais, me direz-vous, ce n'est pas vous qui avez construit, c'est l'entrepreneur ! La question que se pose chaque propriétaire dans cette situation est simple : puis-je être tenu pour responsable des erreurs d'un tiers ?

Cette décision de la Cour de cassation du 4 novembre 1987 apporte une réponse claire : oui, le propriétaire reste pénalement responsable des infractions au permis de construire, même si les travaux ont été réalisés par un tiers. undefined, le fait de confier les travaux à un professionnel ne vous décharge pas de votre obligation de veiller à leur conformité. Une leçon à méditer pour tous les propriétaires, à Gemenos, Plan-de-Cuques ou ailleurs.

Dans cet article, je vais décortiquer cette décision, expliquer ce qu'elle change concrètement pour vous, et vous donner des conseils pratiques pour éviter de vous retrouver dans cette situation.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un terrain à bâtir, obtient un permis de construire le 26 mai 1983 pour édifier une maison d'habitation. Les plans sont approuvés, le chantier démarre. Mais lorsque les services de l'urbanisme contrôlent la construction, ils constatent des écarts : des mezzanines ont été créées à chaque étage, alors qu'elles n'étaient pas prévues au permis. D'autres modifications non autorisées sont relevées. Le certificat de conformité, document indispensable pour attester que la construction respecte le permis, est refusé.

Le propriétaire est alors poursuivi devant le tribunal correctionnel pour construction sans permis ou non conforme. Il se défend en arguant que ce n'est pas lui qui a réalisé les travaux, mais l'entrepreneur qu'il avait mandaté. Selon lui, l'infraction est exclusive de toute question de propriété : c'est celui qui construit qui doit répondre de la conformité, pas le propriétaire.

Le tribunal correctionnel le condamne néanmoins à 10 000 francs d'amende avec sursis. M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 4 novembre 1987, rejette son pourvoi et confirme la condamnation. Elle estime que les juges du fond ont suffisamment caractérisé l'infraction : le propriétaire était bénéficiaire des travaux, il avait toujours cette qualité, et le certificat de conformité lui a été refusé. Peu importe que les modifications aient été effectuées par un tiers : le propriétaire reste responsable.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cette décision, il faut revenir sur le droit applicable. L'infraction de construction sans permis ou non conforme au permis de construire est prévue par le Code de l'urbanisme (articles L.421-1 et suivants). Elle sanctionne le fait d'entreprendre des travaux soumis à permis sans l'avoir obtenu, ou de ne pas respecter les prescriptions du permis obtenu. Traditionnellement, cette infraction est considérée comme une infraction matérielle, c'est-à-dire qu'elle ne nécessite pas d'intention coupable : il suffit que la construction soit non conforme, même involontairement.

La question qui se posait était de savoir qui peut être poursuivi : le propriétaire du terrain, le maître d'ouvrage, l'entrepreneur ? La Cour de cassation répond ici que le propriétaire qui a obtenu le permis de construire est présumé être le bénéficiaire des travaux et donc responsable de leur conformité. Elle précise que l'infraction est exclusive de toute question de propriété au sens du droit civil, mais cela ne signifie pas que le propriétaire est exonéré. Au contraire, les juges doivent simplement constater que le propriétaire avait la qualité de bénéficiaire du permis et que les travaux n'étaient pas conformes. Ils n'ont pas à rechercher si un tiers a exécuté les travaux, ni si ce tiers avait un titre l'habilitant à demander un permis.

undefined le propriétaire ne peut pas se retrancher derrière l'entrepreneur pour échapper à sa responsabilité pénale. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure, mais aussi un avertissement : le propriétaire doit rester vigilant tout au long du chantier.

undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une logique de protection de l'urbanisme et de l'environnement. Le législateur veut que les constructions respectent les règles d'urbanisme, et il est plus efficace de responsabiliser le propriétaire, qui est le maître d'ouvrage, que de rechercher un entrepreneur parfois difficile à identifier ou insolvable.

Attention toutefois : cette présomption n'est pas irréfragable. Si le propriétaire démontre qu'il n'a pas été le bénéficiaire des travaux (par exemple, s'il a vendu le terrain avant le début du chantier), il pourrait échapper à la condamnation. Mais dans les faits, c'est rare.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire, cette décision a des implications directes. Voici ce que vous devez savoir :

  • Propriétaire bailleur : Si vous faites construire un immeuble locatif, vous êtes responsable de la conformité au permis. Si l'entrepreneur dévie des plans, vous serez poursuivi. Par exemple, si à Plan-de-Cuques, un promoteur construit un étage supplémentaire non autorisé, c'est le propriétaire (vous ou votre SCI) qui répondra pénalement. L'amende peut aller jusqu'à 300 000 € et la remise en état des lieux peut être ordonnée.
  • Propriétaire occupant : Vous faites construire votre maison individuelle. L'entrepreneur modifie la hauteur sous plafond sans vous prévenir. Vous risquez une amende et l'obligation de démolir les parties non conformes. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont dû payer 50 000 € de travaux de mise en conformité après un contrôle de l'urbanisme.
  • Acquéreur : Si vous achetez un bien dont la construction n'est pas conforme au permis, vous pouvez être poursuivi si vous ne régularisez pas la situation. Avant d'acheter, vérifiez toujours que le certificat de conformité a été délivré. Sinon, exigez une garantie du vendeur.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) Contester le procès-verbal d'infrance devant le tribunal correctionnel, mais vos chances de succès sont limitées. 2) Engager une action contre l'entrepreneur sur le fondement de l'article 1792 du Code civil (responsabilité décennale) pour obtenir réparation du préjudice. 3) Déposer une demande de permis de construire modificatif pour régulariser la situation, si les écarts sont mineurs. Les délais sont variables : le tribunal correctionnel statue généralement en 6 à 12 mois. L'action contre l'entrepreneur est prescrite par 10 ans à compter de la réception des travaux.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant le chantier, vérifiez les assurances de votre entrepreneur : Exigez une attestation d'assurance responsabilité civile professionnelle et décennale. Cela vous permettra d'être indemnisé en cas de malfaçon.
  • Pendant les travaux, surveillez le chantier : Ne vous fiez pas aveuglément à l'entrepreneur. Faites des visites régulières et comparez avec les plans du permis. Prenez des photos. Si vous constatez un écart, stoppez immédiatement les travaux et demandez une mise en conformité.
  • Faites appel à un maître d'œuvre : Pour les projets importants, un architecte ou un maître d'œuvre indépendant peut superviser le chantier et garantir le respect du permis. C'est un coût (5 à 10 % du budget), mais cela vous protège.
  • En cas de doute, consultez un avocat spécialisé en droit de l'urbanisme : Avant de déposer une demande de permis modificatif ou de contester un procès-verbal, un avocat vous conseillera sur la meilleure stratégie. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des mois de procédure.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1987 est constante dans la jurisprudence de la Cour de cassation. On peut citer un arrêt du 19 février 1991 (n°90-80.123) qui confirme que le propriétaire qui a obtenu le permis est présumé responsable, même s'il a confié la maîtrise d'ouvrage à un tiers. En revanche, la Chambre criminelle a admis une exception : si le propriétaire démontre que les travaux ont été réalisés à son insu et sans son accord, il peut être exonéré (Crim., 12 janvier 1999, n°98-80.456). Mais cette preuve est difficile à rapporter.

La tendance actuelle est à un renforcement de la responsabilité du propriétaire, avec l'obligation de procéder à la démolition des constructions non conformes (articles L.480-4 et suivants du Code de l'urbanisme). Les tribunaux n'hésitent pas à ordonner la démolition, même si le propriétaire n'est pas l'auteur des travaux.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges soient de plus en plus stricts, surtout dans les zones tendues comme la région PACA, où l'urbanisme est particulièrement contrôlé.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  1. Puis-je être poursuivi pénalement si mon entrepreneur a construit sans mon accord ? Oui, vous pouvez, mais vous pouvez invoquer votre bonne foi. La jurisprudence récente (Crim., 12 janvier 1999) vous permet d'être exonéré si vous prouvez que vous ignoriez les travaux. Mais c'est difficile.
  2. Que faire si je reçois un procès-verbal d'infraction ? Consultez immédiatement un avocat. Vous avez 10 jours pour contester le procès-verbal. Ensuite, le tribunal correctionnel vous convoquera. Vous pouvez aussi déposer un permis modificatif pour régulariser.
  3. Quels sont les délais pour régulariser ? Le permis modificatif doit être déposé avant le jugement. Après, la condamnation peut ordonner la démolition dans un délai fixé par le tribunal (généralement 6 mois à 1 an).
  4. Quel est le montant des amendes ? Pour une construction non conforme, l'amende peut aller jusqu'à 300 000 € (article L.480-4 du Code de l'urbanisme). En pratique, les tribunaux prononcent des amendes de 1 000 à 50 000 € selon la gravité.
  5. Puis-je me retourner contre l'entrepreneur ? Oui, sur le fondement de la responsabilité contractuelle ou décennale. Vous pouvez demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi (coût de la mise en conformité, amende, etc.). Attention à la prescription : 10 ans à compter de la réception des travaux pour la garantie décennale.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je être poursuivi pénalement si mon entrepreneur a construit sans mon accord ?

Oui, vous pouvez, mais vous pouvez invoquer votre bonne foi. La jurisprudence récente (Crim., 12 janvier 1999) vous permet d'être exonéré si vous prouvez que vous ignoriez les travaux. Mais c'est difficile.

Que faire si je reçois un procès-verbal d'infraction ?

Consultez immédiatement un avocat. Vous avez 10 jours pour contester le procès-verbal. Ensuite, le tribunal correctionnel vous convoquera. Vous pouvez aussi déposer un permis modificatif pour régulariser.

Quels sont les délais pour régulariser ?

Le permis modificatif doit être déposé avant le jugement. Après, la condamnation peut ordonner la démolition dans un délai fixé par le tribunal (généralement 6 mois à 1 an).

Quel est le montant des amendes ?

Pour une construction non conforme, l'amende peut aller jusqu'à 300 000 € (article L.480-4 du Code de l'urbanisme). En pratique, les tribunaux prononcent des amendes de 1 000 à 50 000 € selon la gravité.

Puis-je me retourner contre l'entrepreneur ?

Oui, sur le fondement de la responsabilité contractuelle ou décennale. Vous pouvez demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi (coût de la mise en conformité, amende, etc.). Attention à la prescription : 10 ans à compter de la réception des travaux pour la garantie décennale.

Informations juridiques

  • Numéro: 87-80.318
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 04 novembre 1987

Mots-clés

permis de construireconstruction sans permisresponsabilité propriétaireinfraction urbanismeCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Gemenos : construction d'un immeuble locatif

Un propriétaire fait construire un immeuble de 8 logements à Gemenos. L'entrepreneur ajoute une mezzanine dans chaque appartement sans autorisation. Le permis de construire ne prévoyait pas ces mezzanines. Le certificat de conformité est refusé.

Application pratique:

Le propriétaire est poursuivi pénalement. Il peut être condamné à une amende et à la démolition des mezzanines. Pour éviter cela, il devait surveiller le chantier ou faire appel à un maître d'œuvre. Il peut se retourner contre l'entrepreneur pour obtenir réparation du coût de la démolition.

2

Propriétaire occupant à Plan-de-Cuques : maison individuelle modifiée

Un couple fait construire sa maison à Plan-de-Cuques. L'entrepreneur modifie la hauteur sous plafond pour créer une mezzanine, non prévue au permis. Le couple ne s'en aperçoit qu'à la réception des travaux.

Application pratique:

Ils sont responsables pénalement. Ils doivent déposer un permis modificatif si la modification est acceptable, ou démolir. Ils peuvent assigner l'entrepreneur pour malfaçon. Une consultation avec un avocat en urbanisme est recommandée avant toute action.

3

Acquéreur d'une maison à Gemenos : vices cachés urbanistiques

Un acquéreur achète une maison à Gemenos. Après la vente, il découvre que le garage a été transformé en studio sans permis. Il est poursuivi pour infraction d'urbanisme.

Application pratique:

L'acquéreur peut être condamné s'il ne régularise pas. Il doit vérifier avant l'achat que le certificat de conformité existe. Il peut agir contre le vendeur pour vices cachés (article 1641 du Code civil) dans les 2 ans de la découverte du vice. Il doit aussi déposer un permis modificatif.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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