Décision de référence : cc • N° 92-16.413 • 1994-01-12 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un petit immeuble à Gemenos, loué à des particuliers. Un locataire ne paie plus son loyer, les dettes s'accumulent, et votre banquier, excédé, engage une saisie immobilière. Vous recevez une assignation, la procédure est lancée. Mais vous avez une idée : plutôt que de subir une vente aux enchères publique, pourquoi ne pas vendre vous-même le bien, de gré à gré, pour éponger la dette ? Vous déposez une demande de conversion de la saisie en vente volontaire. La banque s'oppose, estimant que vous cherchez à gagner du temps. Le tribunal doit trancher. Jusqu'où peut-il refuser votre demande ?
C'est exactement la question à laquelle la Cour de cassation a répondu le 12 janvier 1994, dans un arrêt qui fait toujours autorité aujourd'hui. Les juges ont affirmé un principe simple mais crucial : les magistrats du fond (c'est-à-dire le tribunal de première instance et la cour d'appel) apprécient souverainement s'il y a lieu d'accorder ou de refuser la conversion de la saisie immobilière en vente volontaire, en l'absence d'accord entre les parties. Autrement dit, même si le débiteur fournit tous les documents nécessaires, le tribunal peut dire non. Une décision qui protège les créanciers contre les manœuvres dilatoires, mais qui peut sembler injuste pour un propriétaire de bonne foi.
Alors, que faire si vous êtes dans cette situation ? Comment convaincre le juge que votre demande est sérieuse ? Cet article vous explique tout, en détail, avec des exemples concrets de la région PACA, de Gemenos à La Ciotat. Et si vous avez besoin d'un accompagnement personnalisé, Maître Zakine vous reçoit en consultation pour analyser votre dossier.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X est gérant d'une SCI (Société Civile Immobilière) qui possède un appartement à Gemenos. Comme beaucoup de petites sociétés, la SCI a emprunté auprès de plusieurs banques pour financer l'acquisition. Mais les affaires tournent mal, les loyers ne rentrent plus, et les échéances ne sont pas honorées. Les banques, lasses d'attendre, assignent la SCI en paiement et obtiennent un titre exécutoire (un jugement qui permet de saisir les biens). Ensuite, elles engagent une procédure de saisie immobilière : le bien est inscrit au fichier immobilier, et une date d'audience est fixée pour la vente aux enchères.
Avant cette audience, la SCI tente un coup de poker : elle demande au tribunal la conversion de la saisie en vente volontaire. Concrètement, elle propose de vendre le bien de gré à gré, par l'intermédiaire d'un agent immobilier, pour un prix estimé à 200 000 €. La somme permettrait de rembourser les banques, et le surplus reviendrait à la SCI. Pour appuyer sa demande, la SCI fournit tous les documents requis : compromis de vente signé, diagnostics techniques, attestation de l'agent immobilier...
Mais les banques s'opposent fermement. Leur argument : cette demande est dilatoire, c'est-à-dire qu'elle vise uniquement à retarder la vente aux enchères. Selon elles, la SCI n'a pas la capacité de mener à bien une vente amiable, et le prix proposé est inférieur à la valeur réelle du bien. Le tribunal de grande instance doit donc trancher : faut-il autoriser la conversion ou la refuser ? La première instance refuse, la SCI fait appel, et la cour d'appel confirme le refus. La SCI se pourvoit alors en cassation, estimant que la conversion est un droit dès lors que tous les documents sont fournis. La Cour de cassation rejette son pourvoi, rappelant le principe d'appréciation souveraine des juges du fond.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le litige porte sur l'article 221 du Code de procédure civile (ancien) et les articles L. 322-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution (aujourd'hui codifiés). En substance, la loi prévoit que la conversion de la saisie immobilière en vente volontaire peut être demandée par le débiteur, mais qu'elle n'est pas automatique. Le juge doit apprécier si la demande est sérieuse et non dilatoire.
La SCI soutenait que, puisqu'elle avait remis tous les documents de nature à démontrer la réalité de la vente volontaire (compromis, diagnostics, etc.), le tribunal était obligé d'accorder la conversion. Mais la Cour de cassation n'a pas suivi ce raisonnement. Elle a jugé que les juges du fond conservent un pouvoir souverain d'appréciation : ils peuvent refuser la conversion même si les documents sont complets, dès lors qu'ils estiment que la demande est dilatoire ou qu'elle ne garantit pas le désintéressement des créanciers dans des conditions satisfaisantes.
En clair, la Cour a validé le raisonnement des juges d'appel qui avaient considéré que la demande de la SCI était tardive, que le prix proposé était insuffisant et que la SCI n'avait pas démontré sa capacité à finaliser la vente dans un délai raisonnable. Ce faisant, la Cour de cassation a rappelé que la conversion n'est pas un droit, mais une faculté laissée à l'appréciation du juge. Une décision qui confirme une jurisprudence constante : les juges du fond ont le dernier mot.
Ce que peu de gens savent, c'est que cette décision repose aussi sur l'équilibre entre les droits du débiteur et ceux du créancier. Le créancier a droit à un paiement rapide ; le débiteur peut tenter d'éviter les frais d'une vente aux enchères (qui peuvent atteindre 10 à 15 % du prix). Mais si la demande de conversion semble un artifice pour gagner du temps, le juge doit la rejeter. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où le débiteur propos

