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Copropriété : comment obliger un voisin à réparer les parties communes sans passer par l'AG
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Copropriété : comment obliger un voisin à réparer les parties communes sans passer par l'AG

📅 Décision du 13 janvier 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 9 min de lecture

Un copropriétaire ne peut pas assigner directement le syndicat pour obtenir la remise en état des parties communes par un autre copropriétaire sans avoir inscrit la question à l'ordre du jour de l'assemblée générale. Décryptage de l'arrêt de la Cour de cassation du 13 janvier 2010.

Décision de référence : cc • N° 08-21.110 • 2010-01-13 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement dans une résidence à Mont-de-Marsan. Votre voisin du dessus, lors de travaux mal exécutés, a endommagé la toiture-terrasse, partie commune. Des infiltrations menacent votre plafond. Vous demandez au syndic d'agir, mais rien ne se passe. Furieux, vous décidez d'assigner le syndicat des copropriétaires en justice pour obtenir la réparation. Mais la Cour de cassation, dans un arrêt du 13 janvier 2010 (n° 08-21.110), vous répond : impossible sans une délibération préalable de l'assemblée générale. Cette décision, souvent méconnue, impose une procédure stricte avant toute action judiciaire. Alors, comment réagir quand un copropriétaire cause des désordres dans les parties communes ? Cet article vous explique tout.

La question que se pose chaque propriétaire : « Puis-je agir seul contre le syndicat pour contraindre un voisin à réparer ? » La réponse est non, si l'on suit la jurisprudence de la Cour de cassation. Mais attention : cela ne signifie pas que vous êtes désarmé. Il faut simplement respecter les règles de la copropriété, notamment l'inscription de la question à l'ordre du jour de l'assemblée générale. Sans cela, votre action sera irrecevable. Décryptons ensemble cette décision et ses implications concrètes pour les habitants de Mont-de-Marsan, Capbreton et d'ailleurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, copropriétaire dans une résidence à Mont-de-Marsan, constate que son voisin, M. Y, a réalisé des travaux sur une terrasse commune sans autorisation. Ces travaux ont provoqué des désordres : fissures, infiltrations. M. X est furieux : il subit les conséquences directes de ces dégradations. Il décide alors d'assigner le syndicat des copropriétaires en justice, demandant que M. Y soit condamné à remettre en état la terrasse. Mais le syndicat, représenté par son syndic, se défend : M. X n'a pas sollicité l'assemblée générale pour autoriser cette action en justice. L'affaire arrive devant le tribunal de grande instance, puis la cour d'appel, et enfin la Cour de cassation.

Le parcours judiciaire est classique. En première instance, le tribunal donne raison à M. X : il est recevable à agir contre le syndicat pour obtenir la réparation. Mais la cour d'appel infirme ce jugement : elle déclare M. X irrecevable, faute d'avoir inscrit la question à l'ordre du jour de l'assemblée générale. M. X se pourvoit en cassation. Il argue que tout copropriétaire a le droit d'agir en justice pour faire cesser un trouble, même sans délibération préalable. La Cour de cassation rejette son pourvoi : elle confirme l'arrêt d'appel. undefined un copropriétaire ne peut pas assigner le syndicat pour obtenir la remise en état des parties communes par un autre copropriétaire sans avoir préalablement demandé à l'assemblée générale de se prononcer sur cette action.

undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une logique de protection du syndicat. En effet, le syndicat doit pouvoir décider s'il engage une action en justice ou s'il préfère une solution amiable. Permettre à un copropriétaire d'agir seul risquerait de multiplier les procédures et de fragiliser la gestion collective. undefined, le droit de la copropriété privilégie la décision majoritaire, même pour les actions en justice.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur une règle fondamentale du droit de la copropriété : le syndicat des copropriétaires est la personne morale chargée de la conservation de l'immeuble et de l'administration des parties communes. Il est le seul habilité à agir en justice pour défendre les intérêts collectifs, sauf si un copropriétaire subit un préjudice personnel distinct. En l'espèce, le préjudice subi par M. X (infiltrations) n'était pas distinct de celui des autres copropriétaires : il s'agissait d'un trouble affectant les parties communes. Donc, seul le syndicat pouvait agir, et il fallait que l'assemblée générale l'y autorise.

Le fondement légal est l'article 1240 du Code civil (responsabilité extracontractuelle), mais surtout l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété. Ce dernier dispose que le syndicat a qualité pour agir en justice pour la défense des intérêts collectifs. Un copropriétaire peut aussi agir individuellement, mais à condition de démontrer un préjudice personnel et direct, ce qui n'était pas le cas ici. La Cour de cassation a déjà précisé dans d'autres arrêts que le simple fait de subir des désordres dans ses parties privatives à cause de dégradations des parties communes ne crée pas un préjudice distinct (Civ. 3e, 10 mai 2007, n° 06-12.759).

La Haute juridiction a également rejeté l'argument de M. X selon lequel il pouvait agir en tant que « victime directe ». Les juges ont estimé que l'action en remise en état des parties communes relève de la gestion collective. undefined même si vous êtes directement impacté, vous devez passer par l'assemblée générale. C'est une confirmation de jurisprudence : la Cour de cassation maintient une ligne stricte, exigeant le respect préalable des règles de la copropriété.

Attention toutefois : cette décision ne ferme pas totalement la porte à une action individuelle. Si le copropriétaire auteur des désordres cause un préjudice spécifique (par exemple, une perte de loyer, un trouble de jouissance anormal), il est possible d'agir directement contre lui sur le fondement de l'article 1240. Mais il ne s'agit plus d'une action contre le syndicat pour remise en état des parties communes, mais d'une action en dommages-intérêts pour préjudice personnel.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les copropriétaires, cette décision signifie que vous ne pouvez pas agir seul en justice pour obtenir la réparation des parties communes par un autre copropriétaire. Vous devez d'abord inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale. Si la majorité vote en faveur de l'action, le syndicat engagera la procédure. Si la majorité refuse, vous êtes bloqué. Mais vous pouvez alors contester cette décision devant le tribunal, en démontrant qu'elle est abusive ou contraire à l'intérêt collectif.

Prenons un exemple concret à Capbreton : vous habitez une résidence en bord de mer, et votre voisin a modifié une coursive commune sans autorisation. Vous subissez des nuisances. Vous écrivez au syndic pour demander une action. Le syndic vous répond qu'il faut un vote en AG. Vous demandez l'inscription de la question à l'ordre du jour. Si l'AG refuse (par exemple, parce que le copropriétaire fautif est influent), vous pouvez saisir le tribunal pour faire annuler cette décision. Mais attention : les délais sont courts (deux mois à compter de la notification du procès-verbal).

Si vous êtes locataire, cette décision vous concerne aussi indirectement. Vous ne pouvez pas agir contre le syndicat, mais vous pouvez informer votre propriétaire (le bailleur) qui, en tant que copropriétaire, pourra demander l'inscription de la question à l'AG. En attendant, vous pouvez demander une réduction de loyer ou des dommages-intérêts à votre bailleur pour trouble de jouissance, si les désordres sont graves.

Pour les professionnels de l'immobilier (syndics, gestionnaires), cette jurisprudence rappelle l'importance de bien informer les copropriétaires de leurs droits. Un syndic doit, dès qu'il a connaissance de désordres, proposer une inscription à l'ordre du jour. S'il ne le fait pas, il peut engager sa responsabilité.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Inscrivez systématiquement la question à l'ordre du jour de l'AG : si vous constatez des désordres causés par un copropriétaire dans les parties communes, demandez au syndic, par lettre recommandée, d'ajouter ce point à l'ordre du jour de la prochaine assemblée. Joignez photos et devis. Cela vous permettra d'obtenir une décision collective.
  • Conservez toutes les preuves : photos, constats d'huissier, courriers. En cas de refus de l'AG, vous pourrez contester la décision en justice. Sans preuves, votre action risque d'échouer.
  • En cas d'urgence, demandez une mesure conservatoire au juge des référés : si les désordres sont graves (péril, insalubrité), vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir une expertise ou des mesures provisoires, sans attendre l'AG. Attention, cela ne règle pas le fond, mais permet d'éviter l'aggravation.
  • Consultez un avocat spécialisé avant d'agir : chaque situation est unique. Une consultation rapide peut vous éviter des faux pas procéduraux. Par exemple, à Mont-de-Marsan, Maître Cécile Zakine peut vous conseiller sur la meilleure stratégie.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 2010 s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle constante. Par exemple, la Cour de cassation a jugé que le copropriétaire qui subit un préjudice distinct peut agir directement contre l'auteur des désordres (Civ. 3e, 10 mai 2007, n° 06-12.759). Mais si le préjudice est collectif, seule l'AG peut décider de l'action. Plus récemment, la Cour de cassation a précisé que le syndicat peut agir sans autorisation de l'AG en cas d'urgence (Civ. 3e, 4 juillet 2019, n° 18-18.788). Toutefois, l'urgence ne permet pas à un copropriétaire d'agir seul.

La tendance actuelle est à la protection de la décision majoritaire. Les juges veulent éviter que des copropriétaires individuels n'imposent leur volonté au détriment de la collectivité. Cela signifie que, pour l'avenir, il est peu probable que la Cour de cassation assouplisse sa position. Au contraire, elle pourrait renforcer l'exigence de l'autorisation préalable de l'AG.

En pratique : ce qu'il faut faire

Checklist en 5 étapes si vous êtes confronté à des désordres dans les parties communes :

  1. Constatez les dégâts : prenez des photos, faites un constat d'huissier si nécessaire.
  2. Informez le syndic par écrit : envoyez une lettre recommandée avec AR décrivant les faits et demandant l'inscription à l'ordre du jour de la prochaine AG.
  3. Participez à l'AG : si la question est inscrite, votez pour l'action en justice. Si elle n'est pas inscrite, demandez son ajout en cours de séance (si l'ordre du jour le permet).
  4. En cas de refus de l'AG : vous pouvez contester la décision dans les deux mois devant le tribunal judiciaire (ex-TGI).
  5. Si l'urgence le justifie : saisissez le juge des référés pour obtenir des mesures conservatoires.

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Informations juridiques

  • Numéro: 08-21.110
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 janvier 2010

Mots-clés

copropriétéparties communessyndicat des copropriétairesassemblée généraleCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Copropriétaire subit des infiltrations dues à un voisin

Marie, propriétaire d'un appartement à Mont-de-Marsan (Landes), constate des infiltrations d'eau provenant de la toiture-terrasse, partie commune, à la suite de travaux mal exécutés par son voisin du dessus. Elle subit des dégâts estimés à 3 000 € et demande au syndic d'agir, mais celui-ci reste inactif.

Application pratique:

Marie ne peut pas assigner directement le syndicat des copropriétaires en justice sans une décision préalable de l'assemblée générale. Elle doit demander au syndic d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale une question relative aux travaux de réparation et à l'autorisation d'ester en justice. Si l'assemblée refuse, elle pourra contester cette décision dans un délai de deux mois. En attendant, elle peut faire constater les désordres par un huissier et mettre en demeure le syndic d'agir, mais sans action judiciaire directe.

2

Acquéreur découvre des vices cachés après achat

Jean, jeune acheteur à Capbreton (Landes), acquiert un appartement en copropriété pour 180 000 €. Un an après, il découvre des fissures et infiltrations dans les parties communes provoquées par des travaux antérieurs non autorisés, causant des dommages dans son logement évalués à 5 000 €.

Application pratique:

Jean ne peut agir contre le syndicat sans l'accord de l'assemblée générale, même si les vices sont cachés. Il doit convoquer une assemblée générale extraordinaire pour voter l'autorisation d'assigner le syndicat ou le copropriétaire responsable. Si l'assemblée refuse, il peut engager une action en responsabilité contre le vendeur pour vices cachés, mais cela ne résoudra pas le problème des parties communes. Il est conseillé de se rapprocher d'un avocat spécialisé pour vérifier si l'action directe contre le syndicat est possible en cas d'urgence.

3

Syndic professionnel face à un copropriétaire récalcitrant

Un syndic professionnel gère une résidence à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Un copropriétaire a réalisé sans autorisation des travaux sur une terrasse commune, causant des dommages à plusieurs logements (coût total estimé à 12 000 €). Le syndic souhaite engager une action en justice pour obtenir réparation, mais l'assemblée générale n'a pas voté cette action.

Application pratique:

Le syndic ne peut pas agir en justice sans mandat explicite de l'assemblée générale, même pour des travaux non autorisés. Il doit inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée et obtenir un vote favorable à la majorité simple (article 24 de la loi de 1965). Si l'assemblée refuse, il peut saisir le tribunal de grande instance pour faire constater l'urgence et obtenir une autorisation judiciaire. En attendant, il doit mettre en demeure le copropriétaire de cesser les travaux et de remettre en état, sous peine d'astreinte.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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