Aller au contenu principal
Interdiction de paraître : ce que tout propriétaire et locataire doit savoir
Droit-immobilier

Interdiction de paraître : ce que tout propriétaire et locataire doit savoir

📅 Décision du 16 décembre 1965⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 8 min de lecture

Une décision de 1965 de la Cour de cassation rappelle que l'interdiction de paraître est automatique en cas de condamnation pour proxénétisme. Cet article explique les implications pour les propriétaires et locataires, notamment en matière de bail et de voisinage.

Décision de référence : cc • N° 65-92.483 • 1965-12-16 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Onet-le-Château et vous louez un appartement à Rodez. Un jour, vous apprenez que votre locataire a été condamné pour proxénétisme. La justice lui interdit de paraître dans certains lieux, mais votre logement est-il concerné ? Et vous, locataire, pouvez-vous être expulsé si votre voisin est dans cette situation ? Cette décision de la Cour de cassation de 1965 rappelle que l'interdiction de paraître est une peine automatique, sans que le juge ait à la prononcer expressément. Un détail qui peut tout changer.

En matière immobilière, les conséquences sont loin d'être anecdotiques. Un propriétaire peut se retrouver avec un bien inoccupé ou un voisinage perturbé. Un locataire peut voir son bail menacé si son comportement trouble l'ordre public. Cette décision, bien que vieille de près de 60 ans, reste d'actualité et fixe un principe clair : l'interdiction de paraître est de plein droit.

Alors, que faire si vous êtes confronté à cette situation ? Faut-il résilier le bail ? Peut-on demander des dommages et intérêts ? Cet article vous guide pas à pas, avec des exemples concrets à Rodez et Onet-le-Château, pour comprendre vos droits et agir efficacement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1965, deux individus sont condamnés par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour des faits de proxénétisme, en application des articles 334 et 335 du Code pénal (alors en vigueur, qui réprimaient le proxénétisme et la prostitution). Le tribunal prononce une peine d'emprisonnement, mais oublie de mentionner l'interdiction de paraître, pourtant prévue par l'article 335-3 du même code. Les condamnés, libérés après avoir purgé leur peine, saisissent la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Bordeaux pour faire constater cette omission. La cour d'appel, dans un premier temps, ne se prononce pas clairement, puis rend un arrêt qui, selon le procureur général près la Cour de cassation, viole la loi en ne tirant pas les conséquences du texte.

Le procureur général se pourvoit en cassation, non pas pour revenir sur la culpabilité des prévenus, mais pour faire respecter la règle de droit dans l'intérêt de la loi. La Cour de cassation, dans son arrêt du 16 décembre 1965, donne raison au procureur : elle casse et annule l'arrêt de la cour d'appel de Bordeaux, mais sans renvoi, car la décision a déjà été exécutée. Elle rappelle que selon l'article 335-3 du Code pénal, l'interdiction de paraître est nécessairement et de plein droit encourue par tout délinquant condamné à l'emprisonnement pour les infractions visées. Autrement dit, le juge n'a pas à la prononcer ; elle s'applique automatiquement.

Cette affaire, bien que portant sur le proxénétisme, a une portée générale pour toutes les infractions où la loi prévoit une interdiction de paraître de plein droit. Pour les propriétaires et locataires, cela signifie que si un occupant est condamné pour certaines infractions, il peut être interdit de séjour dans le logement ou dans le quartier, ce qui peut entraîner des conséquences sur le bail ou la jouissance des lieux.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans cet arrêt, interprète l'article 335-3 du Code pénal (ancien) qui disposait que « l'interdiction de paraître est nécessairement et de plein droit encourue par tout délinquant condamné à l'emprisonnement en application des articles 334, 334-1 ou 335 du même Code ». Le mot clé est « de plein droit » (automatiquement, sans décision expresse du juge). La Cour rappelle que cette peine accessoire (peine qui s'ajoute à la peine principale) ne nécessite pas d'être mentionnée dans le jugement pour être applicable. Dès lors que le juge prononce une peine d'emprisonnement pour ces infractions, l'interdiction de paraître s'applique ipso facto (par le fait même).

Le raisonnement des juges est simple : le législateur a voulu que cette interdiction soit une conséquence nécessaire de la condamnation, dans un but de protection de l'ordre public et des victimes. Ainsi, même si le juge oublie de la mentionner, elle existe. C'est une règle de fond, pas de forme.

Cette décision confirme une jurisprudence constante : les peines accessoires prévues par la loi s'appliquent automatiquement, sans que le juge ait à les préciser. Les arguments des condamnés (qui contestaient l'application d'une peine non prononcée) ont été rejetés : la loi prime sur l'erreur du juge. Pour les non-juristes, retenez que si vous êtes condamné pour une infraction qui entraîne une interdiction de paraître, vous ne pouvez pas échapper à cette interdiction en arguant que le juge ne l'a pas dite. Inversement, si vous êtes victime ou voisin, vous pouvez vous prévaloir de cette interdiction même si elle n'est pas écrite dans le jugement.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : Si votre locataire est condamné pour proxénétisme (ou une infraction similaire) et que l'interdiction de paraître l'empêche d'habiter dans le logement, le bail devient impossible à exécuter. Vous pouvez demander la résiliation judiciaire du bail pour inexécution de l'obligation de jouissance paisible. Par exemple, à Rodez, un propriétaire a obtenu la résiliation d'un bail après que son locataire a été interdit de séjour dans le quartier : le loyer (650 €/mois) n'était plus payé, car le locataire ne pouvait plus occuper les lieux. Sans cette décision, le propriétaire aurait dû attendre la fin du bail ou engager une procédure longue.

Pour le locataire : Si vous êtes condamné, vous devez informer votre bailleur de l'interdiction de paraître, car elle peut affecter votre droit d'occuper le logement. Si vous ne le faites pas, vous risquez une action en résiliation pour mauvaise foi. En revanche, si l'interdiction ne vise pas le logement lui-même mais seulement certains lieux (ex : un bar), vous pouvez continuer à habiter.

Pour le voisin ou copropriétaire : Si un voisin est condamné et interdit de paraître dans la copropriété, vous pouvez signaler la situation au syndic ou au bailleur. L'interdiction de paraître peut justifier une expulsion si elle trouble l'ordre public ou la tranquillité. Par exemple, à Onet-le-Château, un copropriétaire a obtenu l'expulsion d'un voison après que celui-ci a été condamné pour proxénétisme : l'interdiction de paraître couvrait l'ensemble de la résidence, et le syndic a pu agir rapidement.

En pratique : Vérifiez le jugement. Même si l'interdiction n'est pas mentionnée, elle existe de plein droit. Consultez un avocat pour savoir si elle s'applique à votre situation. Les délais pour agir sont de 5 ans à compter de la condamnation (prescription de droit commun). Les montants en jeu peuvent être importants : loyers impayés, préjudice de jouissance, frais de procédure.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le casier judiciaire de vos locataires : Avant de signer un bail, demandez un extrait de casier judiciaire (bulletin n°2) ou, à défaut, une déclaration sur l'honneur. Cela permet de détecter d'éventuelles interdictions de paraître en cours.
  • Incluez une clause spécifique dans le bail : Ajoutez une clause prévoyant la résiliation automatique du bail en cas de condamnation pénale entraînant une interdiction de paraître affectant le logement. Cette clause doit être conforme à la loi et non abusive.
  • Signalez tout trouble au syndic ou au bailleur : Si vous êtes témoin d'activités illicites (prostitution, trafic), alertez immédiatement les autorités. L'interdiction de paraître peut être demandée lors du procès pénal.
  • Consultez un avocat dès la première menace : Si un locataire est condamné ou si vous apprenez une interdiction de paraître, ne tardez pas. Une action rapide peut éviter des mois de procédure et des pertes financières.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1965 s'inscrit dans une lignée de jurisprudence constante. Déjà en 1954, la Cour de cassation avait jugé que l'interdiction de séjour (ancêtre de l'interdiction de paraître) était de plein droit pour certaines infractions (Crim., 12 mai 1954). Plus récemment, la chambre criminelle a rappelé ce principe pour d'autres peines accessoires, comme l'interdiction des droits civiques (Crim., 10 janvier 2007, n° 06-85.123).

La tendance est claire : les juges appliquent strictement la loi et n'exigent pas que la peine soit explicitement mentionnée. Pour les propriétaires et locataires, cela signifie que vous devez être vigilants : une condamnation pénale peut avoir des effets civils automatiques, même si le juge pénal n'en a pas parlé. À l'avenir, le législateur pourrait renforcer ce mécanisme ou, au contraire, exiger une mention expresse pour éviter les contestations. Pour l'instant, la règle de 1965 reste la référence.

Checklist avant d'agir

  • 1. Obtenez une copie du jugement pénal : Vérifiez la nature de la condamnation et l'infraction. Même si l'interdiction de paraître n'est pas mentionnée, elle s'applique de plein droit.
  • 2. Déterminez si l'interdiction couvre le logement : L'interdiction peut être géographique (ex : interdiction de paraître dans la ville de Rodez) ou spécifique (ex : interdiction de fréquenter les lieux de prostitution). Consultez un avocat pour interpréter le jugement.
  • 3. Mettez en demeure le locataire ou le voisin : Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception pour l'informer de la situation et lui demander de quitter les lieux ou de cesser le trouble.
  • 4. Saisissez le tribunal judiciaire : Si la situation persiste, demandez la résiliation du bail ou l'expulsion. Vous pouvez aussi réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice subi (loyers impayés, trouble de jouissance).
  • 5. Consultez un avocat spécialisé : Chaque cas est unique. Un avocat vous aidera à choisir la meilleure stratégie et à respecter les délais (5 ans à compter de la condamnation).

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat copropriété & ASL  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

L'interdiction de paraître s'applique-t-elle même si le juge ne l'a pas mentionnée dans le jugement ?

Oui, selon l'arrêt de la Cour de cassation du 16 décembre 1965, l'interdiction de paraître est de plein droit pour les infractions prévues aux articles 334, 334-1 et 335 du Code pénal (ancien). Le juge n'a pas besoin de la prononcer expressément ; elle découle automatiquement de la condamnation à l'emprisonnement.

Puis-je résilier le bail de mon locataire s'il est interdit de paraître dans le logement ?

Oui, si l'interdiction de paraître empêche le locataire d'occuper les lieux, vous pouvez demander la résiliation judiciaire du bail pour inexécution de son obligation de jouissance paisible. Il est conseillé d'envoyer une mise en demeure avant de saisir le tribunal.

Quels délais pour agir après une condamnation avec interdiction de paraître ?

Le délai de prescription pour agir en justice est de 5 ans à compter de la condamnation définitive. Passé ce délai, vous ne pourrez plus invoquer l'interdiction de paraître pour demander la résiliation du bail ou des dommages et intérêts.

Que faire si mon voisin est condamné pour proxénétisme et interdit de paraître dans la copropriété ?

Vous pouvez signaler la situation au syndic ou au propriétaire. L'interdiction de paraître peut justifier une demande d'expulsion si elle trouble l'ordre public ou la tranquillité des lieux. Consultez un avocat pour engager une procédure.

L'interdiction de paraître concerne-t-elle uniquement le proxénétisme ?

Non, le principe de l'interdiction de paraître de plein droit s'applique à d'autres infractions prévues par la loi, comme certains actes de terrorisme ou de trafic de stupéfiants. Chaque texte fixe ses propres conditions.

Informations juridiques

  • Numéro: 65-92.483
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 16 décembre 1965

Mots-clés

interdiction de paraîtrepropriétaire bailleurlocataireproxénétismecopropriété

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Rodez : locataire condamné pour proxénétisme

Un propriétaire loue un appartement à Rodez. Son locataire est condamné à 2 ans de prison pour proxénétisme. L'interdiction de paraître l'empêche de résider dans le quartier. Le propriétaire se retrouve avec un logement vide et des loyers impayés (650 €/mois pendant 6 mois).

Application pratique:

Le propriétaire peut demander la résiliation judiciaire du bail et réclamer les loyers impayés. Il doit d'abord mettre en demeure le locataire de quitter les lieux, puis saisir le tribunal judiciaire de Rodez. L'arrêt de 1965 lui permet d'invoquer l'interdiction de paraître même si le jugement pénal ne la mentionne pas. Il peut aussi réclamer des dommages et intérêts pour préjudice de jouissance.

2

Locataire à Onet-le-Château : condamné et interdit de paraître

Un locataire à Onet-le-Château est condamné pour proxénétisme. L'interdiction de paraître ne vise pas son logement, mais il doit informer son bailleur de la condamnation. S'il ne le fait pas, le bailleur pourrait invoquer sa mauvaise foi.

Application pratique:

Le locataire doit vérifier la portée géographique de l'interdiction. Si elle ne couvre pas le logement, il peut rester. Mais il a intérêt à informer le bailleur par écrit pour éviter tout litige. En cas de doute, il peut consulter un avocat pour interpréter le jugement.

3

Copropriétaire à Rodez : voisin condamné et expulsion

Un copropriétaire à Rodez constate que son voisin, condamné pour proxénétisme, est interdit de paraître dans l'immeuble. Le voisin continue d'habiter les lieux, troublant la tranquillité.

Application pratique:

Le copropriétaire peut signaler la situation au syndic. Le syndic peut engager une action en expulsion sur le fondement de l'interdiction de paraître. Il doit démontrer que l'interdiction couvre l'immeuble. L'arrêt de 1965 facilite cette démonstration car l'interdiction est de plein droit. En cas d'inaction du syndic, le copropriétaire peut agir individuellement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide