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Démembrement de propriété : pas de double abattement fiscal
Droit Immobilier

Démembrement de propriété : pas de double abattement fiscal

📅 Décision du 24 juin 1997⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 4 min de lecture

Démembrement de propriété : pas de double abattement fiscal

La Cour de cassation ferme la porte au cumul d'abattements

Lorsque la valeur de la nue-propriété et de l'usufruit est calculée selon le barème légal en fonction de l'âge de l'usufruitier, aucun abattement supplémentaire ne peut être appliqué au seul motif que le bien est démembré. C'est ce qu'a jugé la Cour de cassation dans un arrêt du 24 juin 1997 (Cass. civ., n°95-14.144), qui reste une référence pour tous les praticiens confrontés à l'évaluation fiscale de biens immobiliers démembrés.

Les faits : un calcul forfaitaire contesté

Le litige portait sur l'évaluation fiscale d'un bien immobilier détenu en démembrement de propriété (nue-propriété d'un côté, usufruit de l'autre). Le contribuable soutenait qu'au-delà du barème forfaitaire fixé par l'administration fiscale, un abattement supplémentaire devait être appliqué pour tenir compte de la décote réelle liée au démembrement. La Cour de cassation a tranché en sens contraire.

Ce que dit la décision

La Haute juridiction rappelle que la détermination forfaitaire, résultant des termes de l'ancien article 762-1 du Code général des impôts (aujourd'hui repris, après recodification, à l'article 669 du CGI), des valeurs respectives de la nue-propriété et de l'usufruit par une quotité de la propriété entière, exclut la possibilité d'appliquer un abattement supplémentaire résultant du seul démembrement de la propriété.

Autrement dit, le barème légal — qui fixe un pourcentage de la valeur en pleine propriété selon l'âge de l'usufruitier — épuise à lui seul la question de l'évaluation. Le contribuable ne peut pas réclamer, en plus, une décote additionnelle au prétexte que le bien est démembré : ce facteur est déjà intégré dans le calcul forfaitaire.

Pourquoi cette solution est importante

Cette jurisprudence a une portée pratique considérable pour toute personne impliquée dans une opération de démembrement de propriété, que ce soit dans un cadre successoral, une donation ou un montage patrimonial :

  • Le barème légal de l'article 669 du CGI s'applique de manière automatique et exclusive pour valoriser nue-propriété et usufruit
  • Aucune négociation ou contestation fondée sur une « décote de démembrement » supplémentaire n'est recevable devant l'administration fiscale
  • Les praticiens (notaires, avocats fiscalistes) doivent intégrer ce principe dans leurs simulations patrimoniales dès la phase de conseil
  • Toute contestation de la valeur retenue doit porter sur la valeur de la pleine propriété elle-même, et non sur le mécanisme de répartition nue-propriété/usufruit

Points à retenir

  • Le calcul forfaitaire du barème fiscal est impératif et ne souffre pas d'ajustement discrétionnaire
  • Conservez tous les actes et documents justificatifs relatifs à la constitution du démembrement (acte de donation, acte de vente, acte notarié)
  • Anticipez l'évaluation fiscale avant toute opération de démembrement : un conseil préventif coûte toujours moins cher qu'un redressement
  • Respectez scrupuleusement les délais de recours en cas de litige avec l'administration fiscale

Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?

Le démembrement consiste à séparer la pleine propriété d'un bien en deux droits distincts : l'usufruit (droit d'usage et de perception des revenus) et la nue-propriété (droit de disposer du bien, sans en jouir immédiatement). Cette opération est fréquente en matière de succession et de transmission patrimoniale.

L'article 669 du Code général des impôts fixe un barème forfaitaire basé exclusivement sur l'âge de l'usufruitier au jour de l'évaluation, exprimé en pourcentage de la valeur du bien en pleine propriété. Ce barème s'impose sans possibilité d'y déroger par un abattement complémentaire.

Peut-on contester la valeur retenue par l'administration fiscale ?

Oui, mais uniquement en contestant la valeur vénale du bien en pleine propriété (par exemple via une expertise), et non le mode de répartition entre nue-propriété et usufruit, qui résulte d'un barème légal s'imposant aux parties comme à l'administration.

Vous êtes confronté à une opération de démembrement de propriété ou à un désaccord avec l'administration fiscale sur son évaluation ? Le cabinet de Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, vous accompagne dans l'analyse de votre situation patrimoniale et la sécurisation de vos opérations.

Informations juridiques

  • Numéro: 95-14.144
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 juin 1997

Mots-clés

droit immobilierjurisprudenceimmobilier

Cas d'usage pratiques

1

Héritier reçoit la nue-propriété d'un appartement parisien

À la mort de sa mère, Julien hérite de la nue-propriété d'un appartement de Paris estimé à 500 000 €, tandis que son oncle de 72 ans conserve l'usufruit. Le notaire applique le barème de l'article 762-1 du CGI (40% pour la nue-propriété à cet âge, soit 200 000 €) pour calculer les droits de succession dus par Julien.

Application pratique:

Cette décision de 1997 confirme que l'administration fiscale ne peut appliquer qu'une seule méthode : le barème forfaitaire légal lié à l'âge de l'usufruitier, sans aucun abattement supplémentaire au motif que la propriété est démembrée. Julien ne doit donc pas accepter qu'un conseil lui propose de réduire artificiellement la base taxable en invoquant le démembrement lui-même comme justification d'un rabais. Il doit vérifier que le notaire a strictement utilisé le pourcentage correspondant à l'âge de l'usufruitier au jour du décès, sans décote additionnelle non prévue par la loi. En cas de redressement fiscal invoquant une sous-évaluation, cette jurisprudence constitue un argument de défense solide à faire valoir devant l'administration.

2

Donation-partage avec réserve d'usufruit par des parents de Lyon

Un couple de Lyon, âgés de 65 ans, souhaite transmettre à leurs deux enfants la nue-propriété de leur maison de 400 000 € tout en conservant l'usufruit pour continuer à y vivre. Leur conseiller fiscal leur annonce une valeur taxable de la nue-propriété de 240 000 € (60% selon le barème lié à l'âge), mais l'un des enfants demande si un abattement supplémentaire est possible « puisque le bien est démembré ».

Application pratique:

La Cour de cassation précise ici que le calcul forfaitaire de l'article 762-1 du CGI épuise la question : aucune minoration complémentaire ne peut être réclamée au seul motif du démembrement de propriété. Les parents doivent donc faire acter par le notaire uniquement le pourcentage légal (60% de nue-propriété à 65 ans), sans chercher à négocier une décote additionnelle qui serait rejetée en cas de contrôle. Il convient de conserver l'acte de donation et le justificatif d'âge de l'usufruitier pour toute vérification ultérieure par l'administration fiscale. Un rendez-vous avec un avocat fiscaliste avant signature permet de sécuriser l'évaluation et d'éviter tout redressement sur ce point précis.

3

Vente d'un bien démembré par l'usufruitier à Bordeaux

Madame Faure, 80 ans, usufruitière d'une maison à Bordeaux évaluée à 300 000 € en pleine propriété, envisage de vendre ses droits avec l'accord du nu-propriétaire, son fils. Un agent immobilier lui suggère d'appliquer une décote supplémentaire de 10% « car le bien est démembré », en plus du barème fiscal habituel (30% pour l'usufruit à son âge).

Application pratique:

Cette jurisprudence de 1997 s'applique directement : la valeur de l'usufruit doit être déterminée uniquement par le barème légal de l'article 762-1 du CGI, sans abattement additionnel lié au seul fait du démembrement, du moins pour tout calcul à visée fiscale (droits d'enregistrement, succession). Madame Faure et son fils doivent donc écarter la proposition de décote supplémentaire de l'agent immobilier pour les besoins fiscaux de l'opération, tout en sachant que la valeur de marché négociée entre les parties reste libre et distincte du calcul fiscal forfaitaire. Il est recommandé de faire valider l'acte par un notaire qui appliquera strictement le barème légal (30% pour l'usufruit, 70% pour la nue-propriété à 80 ans). En cas de doute sur la distinction entre valeur fiscale et valeur de cession, une consultation avec un avocat spécialisé permet de clarifier les bases de calcul avant signature.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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