Aller au contenu principal
Expropriation : la dépréciation du surplus constructible est indemnisable
Droit-immobilier

Expropriation : la dépréciation du surplus constructible est indemnisable

📅 Décision du 06 décembre 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 10 min de lecture

Un propriétaire dont le terrain partiellement exproprié perd de la valeur sur la partie restante peut obtenir une indemnisation, même si le terrain est constructible. La Cour de cassation précise que le principe de ce préjudice est acquis dès lors que le terrain est constructible, simplifiant ainsi la procédure pour les propriétaires.

Décision de référence : cc • N° 17-24.312 • 2018-12-06 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Mimizan, au bord du lac, et vous recevez un courrier de la commune vous annonçant qu'une partie de votre terrain sera expropriée pour la construction d'une voie d'accès. Vous êtes dédommagé pour la surface perdue, mais qu'en est-il du reste de votre terrain ? Si celui-ci devient moins utilisable, moins constructible, moins attractif, pouvez-vous obtenir une indemnité supplémentaire ? C'est la question que pose cette décision de la Cour de cassation en urbanisme">Cour de cassation du 6 décembre 2018. Et la réponse est oui, sous certaines conditions.

Cette décision concerne la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique (lorsque l'État ou une collectivité vous oblige à vendre votre bien pour un projet d'intérêt général). Elle précise un point crucial : le préjudice de expropriation-date-reference-plu" class="internal-link" title="Article connexe sur l'expropriation et le PLU">dépréciation du surplus (la perte de valeur de la partie restante de votre terrain) est indemnisable dès lors que le terrain est constructible. Mais attention, les juges ont aussi rappelé que les délais de procédure ne sont pas un obstacle si le expropriation et mémoires">mémoire récapitulatif est déposé après l'expiration du délai légal, dès lors qu'il tient compte de l'évolution du litige. Décryptage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Mimizan, possède un terrain constructible de 5 000 m². La commune décide d'exproprier une parcelle de 1 000 m² pour créer une voie de desserte vers un futur lotissement. L'expropriation est prononcée, et une indemnité est fixée pour la surface expropriée. Mais M. X conteste : selon lui, la partie restante de son terrain (4 000 m²) a perdu de la valeur car elle devient enclavée, avec un accès plus difficile et une forme irrégulière qui rend la construction moins aisée. Il réclame une indemnité pour ce qu'on appelle la « dépréciation du surplus ».

Le litige arrive devant la cour d'appel de Bordeaux. M. X dépose un mémoire récapitulatif contenant des éléments complémentaires, notamment un rapport d'expertise judiciaire, pour prouver que son terrain a perdu 20 % de sa valeur. La commune objecte que ce mémoire a été déposé après le délai de deux mois prévu par l'article R. 13-49 du code de l'expropriation (le délai pour échanger les mémoires après le dépôt du rapport d'expertise). La cour d'appel rejette cet argument et examine le fond. Elle accorde à M. X une indemnité de 15 000 € au titre de la dépréciation du surplus, considérant que le principe de ce préjudice est acquis puisque le terrain est constructible. La commune se pourvoit en cassation.

Le rebondissement : la commune invoque un vice de procédure (le mémoire tardif) pour tenter d'annuler l'indemnisation. Mais la Cour de cassation, dans son arrêt du 6 décembre 2018 (n° 17-24.312), rejette le pourvoi. Elle estime que la cour d'appel, qui a tenu compte de l'évolution du litige, n'avait pas à vérifier si le mémoire avait été déposé dans le délai. undefined dès lors que le mémoire apporte des éléments utiles pour la solution du litige, le dépassement du délai n'est pas fatal.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question centrale était double : d'une part, le principe de l'indemnisation de la dépréciation du surplus est-il acquis lorsque le terrain est constructible ? D'autre part, le non-respect du délai de l'article R. 13-49 du code de l'expropriation (deux mois après le dépôt du rapport d'expertise pour déposer un mémoire) peut-il être sanctionné si le mémoire est utile ?

Sur le premier point, la Cour de cassation confirme que le principe d'un préjudice de dépréciation du surplus est d'ores et déjà certain puisque le terrain est constructible. Cette affirmation est forte : elle signifie que le propriétaire n'a pas à prouver l'existence d'un préjudice, il suffit que le terrain soit constructible et qu'il subisse une moins-value du fait de l'expropriation partielle. Le montant de l'indemnité reste à évaluer, mais le droit à indemnisation est reconnu automatiquement. La Cour s'appuie sur l'article L. 13-13 du code de l'expropriation (devenu L. 321-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique) qui prévoit que l'indemnité doit couvrir l'intégralité du préjudice direct, matériel et certain.

Sur le second point, la Cour rappelle que l'article R. 13-49 fixe un délai pour le dépôt des mémoires après l'expertise, mais que ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité (c'est-à-dire que son non-respect n'entraîne pas automatiquement le rejet du mémoire). La cour d'appel peut, en tenant compte de l'évolution du litige, admettre un mémoire tardif s'il apporte des éléments complémentaires utiles. undefined, la procédure n'est pas un obstacle à la vérité judiciaire.

Ce raisonnement confirme une tendance des tribunaux à favoriser l'indemnisation des propriétaires expropriés, tout en assouplissant les règles procédurales pour ne pas priver les parties de leurs droits. Attention toutefois : cela ne signifie pas que tous les mémoires tardifs seront acceptés ; il faut que le mémoire soit justifié par des éléments nouveaux (comme un rapport d'expertise) et que le juge estime qu'il est dans l'intérêt d'une bonne justice de l'examiner.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un terrain constructible partiellement exproprié, cette décision est une bonne nouvelle. Vous pouvez désormais demander une indemnité pour la dépréciation du surplus sans avoir à prouver que le préjudice existe ; il suffit que votre terrain soit constructible. Concrètement, si votre terrain perd en surface, en configuration, en accès, ou devient moins bien orienté, vous avez droit à une indemnisation complémentaire.

Prenons un exemple à Tarnos : vous possédez un terrain constructible de 2 000 m², dont 500 m² sont expropriés pour un projet de contournement routier. La partie restante (1 500 m²) devient en forme de L, avec un accès réduit. Un expert estime la moins-value à 15 %. Si la valeur initiale était de 100 €/m², votre préjudice est de 1 500 m² × 100 € × 15 % = 22 500 €. Avant cette décision, la commune pouvait contester le principe même de l'indemnisation en arguant que le terrain restait constructible. Désormais, le principe est acquis : l'indemnité vous est due, même si vous pouvez encore construire sur la partie restante.

Pour les locataires, cette décision n'a pas d'impact direct, car l'expropriation concerne le propriétaire. Cependant, si vous êtes locataire d'un terrain ou d'un local sur une parcelle expropriée, vous pouvez avoir droit à une indemnité d'éviction (pour perte de votre droit d'usage). Pour les acquéreurs, soyez vigilants : si vous achetez un terrain ayant fait l'objet d'une expropriation partielle, vérifiez que l'indemnité de dépréciation du surplus a bien été payée à l'ancien propriétaire, car cela affecte la valeur du bien.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement : le délai pour contester l'indemnité d'expropriation est généralement de deux mois après la notification de l'ordonnance d'expropriation. Consultez un avocat spécialisé pour évaluer votre préjudice et déposer un mémoire en temps utile, même si cette décision assouplit les règles de délai.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser une expertise indépendante dès la notification du projet d'expropriation. Ne vous fiez pas à l'estimation de l'administration. Un expert judiciaire ou amiable pourra évaluer la moins-value de votre surplus et constituer des preuves solides.
  • N'acceptez pas la première offre sans réserve. La commune ou l'État a tendance à sous-estimer la dépréciation du surplus. Formulez une contre-proposition argumentée, avec des exemples de ventes comparables dans votre secteur (par exemple à Mimizan ou Tarnos).
  • Respectez les délais de procédure autant que possible, mais ne renoncez pas si vous les dépassez. Comme le montre cette décision, un mémoire tardif peut être accepté s'il apporte des éléments nouveaux. Cependant, mieux vaut ne pas prendre de risque : déposez vos conclusions dans les deux mois suivant le rapport d'expertise.
  • Consultez un avocat spécialisé en droit de l'expropriation dès le début. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont perdu des milliers d'euros faute d'avoir correctement chiffré leur préjudice. Un avocat vous aidera à monter un dossier complet et à négocier avec l'autorité expropriante.

Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée de jurisprudence favorable aux propriétaires. Déjà, dans un arrêt du 21 février 2006 (n° 04-17.283), la Cour de cassation avait jugé que la dépréciation du surplus devait être indemnisée, même si le terrain restait constructible, dès lors que la moins-value était établie. La nouveauté de 2018 est de considérer que le principe du préjudice est acquis automatiquement du fait de la constructibilité, ce qui allège la charge de la preuve pour le propriétaire.

En revanche, une décision antérieure de 2012 (n° 11-19.202) avait semblé plus restrictive, exigeant que le propriétaire démontre une perte de valeur spécifique. L'arrêt de 2018 clarifie donc la position de la Cour : le simple fait que le terrain soit constructible suffit à présumer un préjudice, même si celui-ci peut être minime. Cela va dans le sens d'une meilleure protection du droit de propriété, conformément à l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (qui garantit le droit à une indemnité juste et préalable en cas d'expropriation).

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les tribunaux soient plus exigeants sur l'évaluation du montant de l'indemnité, mais plus souples sur le principe. Les communes devront donc prévoir des budgets plus conséquents pour les expropriations partielles de terrains constructibles. À Mimizan, par exemple, où le foncier constructible est rare et cher, cela pourrait renchérir le coût des projets d'aménagement.

Points clés à retenir

FAQ :

  1. Puis-je obtenir une indemnité pour la perte de valeur de mon terrain restant après une expropriation partielle ? Oui, si votre terrain est constructible, le principe de l'indemnisation est acquis. Vous devez faire évaluer la moins-value par un expert.
  2. Que faire si j'ai dépassé le délai pour déposer mon mémoire ? Ne vous découragez pas. Si vous avez des éléments nouveaux (expertise, etc.), vous pouvez encore les présenter au juge, qui peut les admettre s'ils sont utiles à la solution du litige.
  3. Quel est le montant typique de l'indemnité ? Cela dépend de la perte de valeur, généralement comprise entre 10 % et 30 % de la valeur du surplus. Par exemple, pour un terrain valant 100 000 €, l'indemnité peut aller de 10 000 € à 30 000 €.
  4. Dois-je obligatoirement prendre un avocat ? Ce n'est pas obligatoire, mais fortement conseillé. La procédure d'expropriation est technique, et un avocat spécialisé maximisera vos chances d'obtenir une indemnité juste.
  5. Cette décision s'applique-t-elle aux terrains non constructibles ? Non, l'arrêt insiste sur la constructibilité. Pour les terrains agricoles ou naturels, le préjudice de dépréciation du surplus doit être prouvé de manière spécifique.

Checklist : ce qu'il faut faire si vous êtes exproprié partiellement

  1. Vérifier si votre terrain est constructible (plan local d'urbanisme).
  2. Faire réaliser une expertise indépendante de la valeur avant et après expropriation.
  3. Ne pas accepter la première offre d'indemnité.
  4. Consulter un avocat spécialisé dans les deux mois suivant la notification de l'ordonnance d'expropriation.
  5. Déposer un mémoire récapitulatif dans les délais, ou au plus tard avant la clôture de l'instruction.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

Questions fréquentes

Puis-je obtenir une indemnité pour la perte de valeur de mon terrain restant après une expropriation partielle ?

Oui, si votre terrain est constructible, le principe de l'indemnisation est acquis. Vous devez faire évaluer la moins-value par un expert.

Que faire si j'ai dépassé le délai pour déposer mon mémoire ?

Ne vous découragez pas. Si vous avez des éléments nouveaux (expertise, etc.), vous pouvez encore les présenter au juge, qui peut les admettre s'ils sont utiles à la solution du litige.

Quel est le montant typique de l'indemnité ?

Cela dépend de la perte de valeur, généralement comprise entre 10 % et 30 % de la valeur du surplus. Par exemple, pour un terrain valant 100 000 €, l'indemnité peut aller de 10 000 € à 30 000 €.

Dois-je obligatoirement prendre un avocat ?

Ce n'est pas obligatoire, mais fortement conseillé. La procédure d'expropriation est technique, et un avocat spécialisé maximisera vos chances d'obtenir une indemnité juste.

Cette décision s'applique-t-elle aux terrains non constructibles ?

Non, l'arrêt insiste sur la constructibilité. Pour les terrains agricoles ou naturels, le préjudice de dépréciation du surplus doit être prouvé de manière spécifique.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-24.312
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 06 décembre 2018

Mots-clés

expropriationdépréciation du surplusindemnisationterrain constructibleprocédure

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Mimizan d'un terrain constructible partiellement exproprié

M. Dupont possède un terrain constructible de 3 000 m² à Mimizan. La commune exproprie 800 m² pour une voie de contournement. Le surplus de 2 200 m² devient enclavé et perd 25 % de sa valeur, soit une perte de 55 000 €.

Application pratique:

M. Dupont doit faire réaliser une expertise pour chiffrer la moins-value, puis déposer un mémoire auprès du juge de l'expropriation. Grâce à cette décision, le principe de l'indemnisation est acquis. Il peut obtenir 55 000 € en plus de l'indemnité pour la surface expropriée.

2

Propriétaire à Tarnos d'un terrain constructible en forme de L

Mme Martin possède un terrain de 1 500 m² à Tarnos, dont 400 m² sont expropriés pour une piste cyclable. Le surplus devient en forme de L, ce qui réduit sa constructibilité de 30 %. Valeur initiale : 150 €/m², soit une perte de 1 100 m² × 150 € × 30 % = 49 500 €.

Application pratique:

Mme Martin doit contester l'offre initiale de la commune, qui ne prévoit souvent aucune indemnité pour dépréciation du surplus. Elle doit saisir le juge de l'expropriation avec un rapport d'expertise. La décision de 2018 lui permet d'obtenir gain de cause sur le principe.

3

Locataire commercial à Mimizan exproprié indirectement

M. Lefèvre est locataire d'un local commercial à Mimizan, sur un terrain partiellement exproprié. Le local perd de sa superficie et de son attractivité, entraînant une baisse de chiffre d'affaires.

Application pratique:

Bien que l'expropriation vise le propriétaire, le locataire peut demander une indemnité d'éviction ou pour trouble de jouissance. Il doit agir dans les délais et faire évaluer son préjudice. Cette décision ne le concerne pas directement, mais la jurisprudence favorable aux expropriés peut influencer l'évaluation globale des préjudices.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide