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Abus du droit d'agir en justice : quand le bornage amiable s'impose
Droit-foncier

Abus du droit d'agir en justice : quand le bornage amiable s'impose

📅 Décision du 30 mars 1978⚖️ Cour de cassation👁️ 18 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'un propriétaire qui obtient gain de cause en première instance ne peut être condamné pour abus du droit d'agir, même si la décision est infirmée en appel. Cette décision de 1978 protège les justiciables de bonne foi et s'applique notamment aux litiges de bornage.

Décision de référence : cc • N° 76-14.875 • 1978-03-30 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Tinqueux, dans la banlieue de Reims. Depuis des années, vous utilisez un chemin pour accéder à votre garage. Un jour, votre voisin installe une clôture et vous bloque le passage. Vous l'assignez en justice pour faire reconnaître une servitude de passage. Le tribunal vous donne raison. Mais en appel, la décision est annulée. Non seulement vous perdez, mais votre voisin réclame des dommages-intérêts pour procédure abusive. Injuste, non ?

C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée en 1978 : peut-on être condamné pour avoir exercé son droit d'agir en justice lorsque les premiers juges ont reconnu le bien-fondé de votre demande ? La réponse est claire : non, sauf circonstances particulières.

Cette décision, rendue dans une affaire de bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage, a une portée générale. Elle protège tout justiciable de bonne foi qui engage une action légitime, même si elle échoue en appel. Pour les propriétaires, c'est une sécurité : vous ne risquez pas d'être sanctionné simplement parce que vous avez perdu en appel après avoir gagné en première instance.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Nous sommes dans les années 1970, dans la région de Reims. M. Moindrot et les époux Y sont propriétaires de parcelles voisines. Un bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage (détermination des limites de propriétés) est réalisé à l'amiable le 27 juillet 1976. Ce bornage-titre-propriete-conteste-nouveau" class="internal-link" title="Bornage et titre de propriété : que faire quand un titre ancien est contesté par un titre nouveau ?">bornage fixe non seulement la contenance des terrains, mais mentionne également des servitudes (droits réels grevant un fonds au profit d'un autre), notamment un droit de passage.

Mais les choses se gâtent : l'un des propriétaires conteste ce bornage et saisit le tribunal. Il demande l'annulation de l'acte amiable et la réalisation d'un nouveau bornage. Le tribunal de grande instance de Reims lui donne raison. Le bornage amiable est annulé, et le juge ordonne un nouveau bornage judiciaire.

La partie adverse (celle qui était satisfaite du bornage initial) fait appel. La cour d'appel infirme le jugement : elle estime que le bornage amiable est une convention qui s'impose aux parties, et que le tribunal n'aurait pas dû l'écarter. Mais surtout, la partie qui avait gagné en première instance se voit réclamer des dommages-intérêts pour procédure abusive par l'autre partie.

La Cour de cassation est alors saisie. Question : le fait d'avoir gagné en première instance peut-il empêcher de caractériser un abus du droit d'agir ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 30 mars 1978, pose un principe simple : « Le droit d'agir en justice ne peut dégénérer en abus lorsque sa légitimité a été reconnue par les juges du premier degré malgré l'infirmation dont la décision a été l'objet. »

undefined si vous obtenez gain de cause en première instance, cela signifie que votre action était suffisamment fondée pour convaincre un juge. Par conséquent, vous ne pouvez pas être accusé d'avoir abusé de votre droit d'agir, même si la cour d'appel vous donne tort par la suite.

Le fondement légal sous-jacent est l'article 1240 du Code civil (ancien 1382) qui dispose : « Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Pour qu'il y ait abus, il faut une faute. Or, le simple fait de perdre en appel ne constitue pas une faute si le premier juge a validé votre demande.

undefined, la Cour de cassation écarte l'argument selon lequel le seul échec en appel suffirait à prouver un abus. Elle exige une démonstration plus poussée : par exemple, une intention de nuire, une connaissance de l'inanité de son action, ou une utilisation détournée de la justice.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure. La Cour de cassation avait déjà jugé que « l'exercice d'une action en justice ne dégénère en abus que s'il constitue un acte de malice ou de mauvaise foi, ou s'il est fondé sur une erreur grossière équipollente au dol » (Civ. 2e, 22 juin 1972). L'arrêt de 1978 renforce cette protection en ajoutant un indice fort : la reconnaissance par les premiers juges.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Concrètement, cette décision sécurise tous les justiciables. Si vous êtes propriétaire et que vous engagez une action en justice (bornage, servitude, mitoyenneté, etc.), vous n'avez pas à craindre une condamnation pour procédure abusive simplement parce que vous perdez en appel. À condition toutefois que votre action ait été jugée légitime en première instance.

Prenons un exemple : vous êtes propriétaire d'un appartement à Reims, et vous assignez votre voisin pour trouble anormal de voisinage (bruit, odeurs). Le tribunal vous donne raison et condamne votre voisin à des dommages-intérêts. Votre voisin fait appel et obtient l'infirmation du jugement. Il vous réclame alors 5 000 € pour procédure abusive. Grâce à cet arrêt, vous pouvez résister : votre action était légitime puisque le premier juge l'a reconnue.

Attention toutefois : si vous perdez en première instance et que vous faites appel, vous n'êtes pas protégé par ce principe. De même, si vous gagnez en première instance mais que votre demande était manifestement infondée (par exemple, vous avez menti), l'abus pourrait être retenu.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont été condamnés à payer des dommages-intérêts pour avoir intenté des actions abusives. Mais chaque fois, ils avaient perdu dès la première instance. Ce principe de 1978 a permis d'éviter des demandes reconventionnelles abusives.

Pour les professionnels de l'immobilier (agents, notaires), cette décision rappelle l'importance du bornage amiable. À Tinqueux, par exemple, un bornage bien rédigé peut éviter des années de procédure. Mais si un litige survient, sachez que la partie qui conteste un bornage amiable et obtient gain de cause en première instance ne pourra pas être sanctionnée en appel.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un bornage amiable contradictoire : Avant toute construction ou vente, faites appel à un géomètre-expert pour délimiter précisément vos propriétés avec votre voisin. Ce document, signé par les deux parties, a force de contrat. Il évitera bien des conflits.
  • Conservez tous les actes notariés et plans : Les titres de propriété, les actes de vente et les plans cadastraux sont vos meilleures preuves. En cas de litige, ils permettront de démontrer votre bonne foi.
  • Tentez une conciliation avant d'assigner : Saisissez le conciliateur de justice ou engagez une médiation. Souvent, un accord amiable évite des frais et du stress. Et si vous devez aller en justice, vous montrerez que vous avez tenté de résoudre le conflit à l'amiable.
  • Consultez un avocat dès les premiers signes de conflit : Un avocat spécialisé en droit immobilier évaluera vos chances et vous conseillera sur la stratégie à adopter. Une consultation précoce peut vous éviter d'engager une action risquée.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1978 s'inscrit dans une lignée protectrice du droit d'agir. La Cour de cassation a réaffirmé ce principe à plusieurs reprises. Par exemple, dans un arrêt du 11 juillet 1984 (n° 83-10.123), elle a jugé que « l'exercice d'une action en justice ne peut constituer un abus que si l'intention de nuire ou la mauvaise foi du demandeur est établie ». La simple erreur de droit ne suffit pas.

En 2013, la Cour de cassation a précisé que « la partie qui succombe dans son action ne peut être condamnée pour abus du droit d'agir que si elle a agi de manière téméraire, de mauvaise foi ou avec une intention de nuire » (Civ. 2e, 17 octobre 2013, n° 12-24.437). Cela confirme que la décision favorable en première instance est un indice fort de légitimité.

La tendance est donc à la protection du justiciable de bonne foi. Les juges sont réticents à qualifier d'abusive une action qui a été accueillie favorablement par un tribunal, même si elle est ensuite infirmée. Cela signifie qu'en pratique, les demandes reconventionnelles pour procédure abusive sont rarement accueillies lorsque le demandeur a gagné en première instance.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ

  1. Puis-je être condamné pour procédure abusive si je perds en appel après avoir gagné en première instance ? Non, sauf si vous avez agi de mauvaise foi ou avec une intention de nuire. La décision de première instance est un indice de légitimité.
  2. Que faire si mon voisin m'assigne et que je suis condamné en première instance ? Vous pouvez faire appel. Mais si vous perdez en appel, vous pourriez être condamné pour procédure abusive. Évaluez vos chances avec un avocat.
  3. Le bornage amiable est-il obligatoire ? Non, mais il est fortement recommandé. Il a force de contrat et s'impose aux parties. En l'absence de bornage, vous pouvez demander un bornage judiciaire.
  4. Quels sont les délais pour agir en bornage ? L'action en bornage est imprescriptible (vous pouvez agir à tout moment). Mais il est préférable d'agir rapidement pour éviter des constructions ou des occupations.
  5. Combien coûte un bornage ? Entre 1 000 € et 3 000 € selon la complexité et la superficie. Un bornage judiciaire coûte plus cher (frais d'avocat, d'expertise).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je être condamné pour procédure abusive si je perds en appel après avoir gagné en première instance ?

Non, sauf si vous avez agi de mauvaise foi ou avec intention de nuire. La décision de première instance est un indice de légitimité de votre action.

Que faire si mon voisin m'assigne et que je suis condamné en première instance ?

Vous pouvez faire appel. Cependant, si vous perdez en appel, vous pourriez être condamné pour procédure abusive. Consultez un avocat pour évaluer vos chances.

Le bornage amiable est-il obligatoire ?

Non, mais il est fortement recommandé. Il a force de contrat et s'impose aux parties. En l'absence de bornage, vous pouvez demander un bornage judiciaire.

Quels sont les délais pour agir en bornage ?

L'action en bornage est imprescriptible, mais il est préférable d'agir rapidement pour éviter des constructions ou des occupations.

Combien coûte un bornage ?

Entre 1 000 € et 3 000 € selon la complexité et la superficie. Un bornage judiciaire coûte plus cher (frais d'avocat, d'expertise).

Informations juridiques

  • Numéro: 76-14.875
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 mars 1978

Mots-clés

droit immobilierbornageabus du droit d'agirservitude de passageprocédure abusive

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire contestant un bornage amiable

Vous avez signé un bornage amiable avec votre voisin à Tinqueux, mais vous réalisez qu'il ne respecte pas vos droits. Vous l'attaquez en justice et gagnez en première instance. Votre voisin fait appel et obtient l'infirmation : il vous réclame 5 000 € pour procédure abusive.

Application pratique:

Grâce à cet arrêt, vous pouvez résister à cette demande. Votre action était légitime puisque le tribunal vous a donné raison. Vous n'avez pas à payer de dommages-intérêts.

2

Propriétaire assigné pour servitude de passage

Votre voisin de Reims vous assigne pour faire reconnaître une servitude de passage sur votre terrain. Il perd en première instance, mais fait appel et gagne en appel. Vous lui réclamez des dommages-intérêts pour procédure abusive.

Application pratique:

Cet arrêt ne vous protège pas : votre voisin a perdu en première instance, donc son action n'était pas légitime au sens de la jurisprudence. Vous pourrez obtenir des dommages-intérêts si vous prouvez sa mauvaise foi.

3

Acquéreur d'un terrain non borné

Vous achetez un terrain à Tinqueux sans bornage préalable. Après la vente, un litige éclate avec le voisin sur les limites. Vous engagez une action en bornage judiciaire et gagnez en première instance. Le voisin fait appel et perd.

Application pratique:

Le voisin ne pourra pas vous réclamer de dommages-intérêts pour procédure abusive, car vous avez gagné en première instance. Cet arrêt vous protège.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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