Droit de préemption à Bordeaux : ce que tout vendeur doit savoir
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Droit de préemption à Bordeaux : ce que tout vendeur doit savoir

📅 Décision du 27 luglio 2026⚖️ Tribunal Judiciaire de Bordeaux👁️ 3 vues📖 7 min de lecture

Vendre un bien immobilier à Bordeaux peut tourner court si la mairie exerce son droit de préemption. Quelles sont les règles ? Quels recours pour le vendeur ? Maître Cécile Zakine décortique la procédure, les pièges et la jurisprudence récente applicable en Gironde.

En mars 2024, un propriétaire bordelais du quartier de la Bastide a reçu une lettre de la mairie de Bordeaux l'informant que son appartement de 70 m² mis en vente à 350 000 € était frappé d'un droit de préemption de la mairie Bordeaux. Sur les quelque 150 déclarations d'intention d'aliéner (DIA) déposées chaque mois en Gironde, environ 15 % aboutissent à un exercice effectif du droit de préemption urbain (DPU). Ce mécanisme, méconnu du grand public, peut bouleverser une vente immobilière. Pour éviter les mauvaises surprises, il est essentiel de comprendre les règles, les délais et les recours.

Droit de préemption de la mairie : ce que dit la loi

Le droit de préemption urbain est régi par les articles L.211-1 et suivants du Code de l'urbanisme. Il permet à la commune, dans les zones qu'elle a délimitées (zones U, zones d'aménagement concerté, etc.), d'acquérir en priorité un bien mis en vente, pour un projet d'intérêt général. À Bordeaux, les secteurs couverts sont notamment la Bastide, le quartier Saint-Jean-Belcier – dans le cadre du projet Euratlantique – et une partie du centre-ville historique.

Le vendeur, par l'intermédiaire du notaire, doit déposer une DIA en mairie (art. L.213-1 du Code de l'urbanisme). La mairie dispose alors d'un délai de deux mois pour se prononcer (art. R.213-2). Ce délai peut être porté à quatre mois si la commune engage des études complémentaires. Si la mairie ne répond pas, le silence vaut renonciation (art. L.213-2). La décision de préemption doit être motivée par un projet d'intérêt général précis (art. L.210-1). La jurisprudence rappelle que la motivation ne peut être stéréotypée : la ville de Bordeaux doit détailler la nature du projet (logement social, équipement public, etc.) et sa localisation.

Le prix proposé par la mairie peut être inférieur au prix de vente initial. Si le vendeur refuse, il peut saisir le juge de l'expropriation pour fixer le montant (art. L.213-4). En cas de non-respect de la procédure (absence de DIA, décision non motivée, dépassement du délai), la vente est nulle et le vendeur peut obtenir des dommages et intérêts. La Cour de cassation a ainsi censuré des préemptions décidées sans projet réel (Cass. 3e civ., 10 janv. 2019, n° 17-20.446).

La jurisprudence récente

Deux arrêts marquants illustrent les contours du droit de préemption en Gironde et au niveau national. Le Conseil d'État, dans une décision du 27 juillet 2022 (n° 451625), a jugé que le refus de préemption par une commune n'empêche pas un nouvel exercice du droit de préemption sur le même bien après l'échec de la vente initiale, à condition que le projet communal ait évolué. Cela concerne directement les ventes à Bordeaux, où les délais de transaction peuvent être longs.

La Cour de cassation, le 10 septembre 2020 (n° 19-17.415), a rappelé que le vendeur peut contester le prix proposé par la mairie de Bordeaux devant le juge de l'expropriation, même après avoir signé un compromis avec un tiers. Le délai de contestation est de deux mois à compter de la notification de la décision de préemption. Cette jurisprudence est cruciale pour les vendeurs bordelais, car le marché immobilier de la métropole bordelaise connaît des hausses de prix rapides, rendant parfois les offres de la mairie insuffisantes.

Spécificités à Bordeaux et en Gironde

À Bordeaux, le droit de préemption est particulièrement actif dans les secteurs en mutation. La ville a préempté 42 biens immobiliers en 2023 dans le quartier Saint-Jean-Belcier, pour un montant total de 15 millions d'euros (chiffres issus du rapport annuel de la ville). Le prix moyen au m² dans ce secteur oscille entre 4 500 et 5 500 €, selon les données des notaires de Gironde pour le premier semestre 2024. En centre-ville, le prix moyen dépasse 5 800 €/m², ce qui rend les négociations sur le prix de préemption fréquentes.

Les délais d'audiencement au Tribunal Judiciaire de Bordeaux pour les litiges liés au droit de préemption sont actuellement de 8 à 10 mois pour une première instance, et de 12 à 15 mois en appel (source : conseil de l'ordre des avocats de Bordeaux). Ces délais incitent à privilégier une négociation amiable, souvent plus rapide. Par ailleurs, la Direction départementale des territoires de la Gironde peut exercer un contrôle de légalité sur les décisions de préemption, ce qui offre une voie de recours supplémentaire pour le vendeur.

Les notaires bordelais jouent un rôle clé : ils doivent s'assurer que la DIA est bien déposée et que les délais sont respectés. À Bordeaux, près de 70 % des DIA sont déposées via le réseau notarial, selon la chambre interdépartementale des notaires de la Cour d'appel de Bordeaux. Le non-respect de ces formalités expose à la nullité de la vente.

La procédure étape par étape

  1. Signature du compromis de vente : Le vendeur et l'acquéreur conviennent d'un prix. Le notaire prépare la DIA.
  2. Dépôt de la DIA en mairie : Le notaire envoie la déclaration à la mairie de Bordeaux, avec le prix et les conditions de vente. Un accusé de réception est délivré.
  3. Instruction par les services municipaux : La mairie de Bordeaux analyse le bien (superficie, situation, destination) et vérifie qu'il est situé dans une zone de préemption.
  4. Décision de la mairie : Dans les 2 mois, la mairie peut : renoncer (silence = renonciation), exercer le droit de préemption avec offre de prix, ou demander une prorogation d'un mois (art. R.213-2).
  5. Notification au vendeur et au notaire : Si la mairie préempte, elle notifie sa décision motivée. Le vendeur dispose alors de 2 mois pour accepter ou refuser le prix proposé.
  6. Contestation éventuelle : En cas de désaccord sur le prix, le vendeur peut saisir le juge de l'expropriation du Tribunal Judiciaire de Bordeaux. La procédure dure en moyenne 6 mois.
  7. Signature de l'acte de vente avec la mairie : Si accord ou fixation judiciaire du prix, la vente est conclue avec la commune. Le vendeur perçoit le prix, l'acquéreur initial est évincé.
  8. Recours contentieux : Si le vendeur estime que la préemption est illégale (absence de projet, vice de procédure), il peut former un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif de Bordeaux dans les 2 mois.

Les pièges à éviter absolument

  • Ne pas déposer de DIA : L'absence de déclaration d'intention d'aliéner rend la vente nulle de plein droit. Le vendeur et l'acquéreur peuvent être condamnés à des dommages et intérêts. À Bordeaux, plusieurs ventes ont été annulées pour ce motif en 2023.
  • Vendre avant la fin du délai de préemption : Si la mairie n'a pas encore statué, la vente ne peut être réalisée. Toute signature d'acte authentique avant l'expiration du délai de 2 mois est frappée de nullité.
  • Sous-estimer le prix proposé par la mairie : La mairie de Bordeaux peut offrir un prix inférieur de 10 à 20 % au prix du marché. Ne pas contester ce prix dans les délais (2 mois) fait perdre tout recours. Il est conseillé de faire appel à un avocat spécialisé en droit immobilier à Bordeaux pour évaluer la justesse de l'offre.
  • Ignorer les recours administratifs : Le déféré préfectoral (préfet de la Gironde) peut annuler une décision de préemption illégale dans les 2 mois. Ne pas l'utiliser ou ne pas former de recours contentieux peut laisser une décision abusive sans effet.

Questions fréquentes

Q : Puis-je refuser l'exercice du droit de préemption par la mairie ?
R : Non. Le droit de préemption est un droit de priorité. La mairie se substitue à l'acquéreur. En revanche, vous pouvez contester le prix ou la légalité de la décision devant le juge.

Q : Quel est le délai pour contester une décision de préemption de la mairie de Bordeaux ?
R : Vous avez 2 mois à compter de la notification de la décision pour saisir le tribunal administratif de Bordeaux (recours pour excès de pouvoir) ou le juge de l'expropriation (contestation du prix).

Q : La mairie peut-elle préempter n'importe quel bien immobilier à Bordeaux ?
R : Non. Le droit de préemption ne s'applique que dans les zones délimitées par délibération du conseil municipal. Actuellement, le DPU est actif dans les secteurs de la Bastide, Saint-Jean-Belcier, Bordeaux Maritime et certaines rues du centre-ville. Votre notaire peut vérifier.

Q : Que se passe-t-il si la mairie ne répond pas à la DIA ?
R : Le silence de la mairie au-delà de 2 mois vaut renonciation au droit de préemption. La vente peut alors être conclue librement avec l'acquéreur initial.

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Informations juridiques

  • Juridiction: Tribunal Judiciaire de Bordeaux

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Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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