Décision de référence : cc • N° 95-11.189 • 1997-10-21 • Consulter la décision →
Vous avez signé un compromis de vente pour une jolie maison à La Seyne-sur-Mer. Tout semble parfait : le prix est convenu, le notaire prépare l'acte. Mais une clause vous a peut-être échappé : celle qui subordonne la vente à la renonciation du droit de préemption. Et si la commune ou un autre titulaire de ce droit ne répond pas dans les délais ? La vente tombe à l'eau, et vous perdez votre acompte. C'est exactement ce qui est arrivé dans l'affaire jugée par la Cour de cassation le 21 octobre 1997. Mais qu'a-t-elle décidé ? Et surtout, que pouvez-vous faire pour vous protéger ? Cet article vous explique tout, en clair, avec des exemples concrets.
La question que se pose chaque propriétaire ou acheteur : « Puis-je récupérer mon dépôt de garantie si la vente ne se fait pas à cause du droit de préemption ? » La réponse n'est pas simple, car tout dépend de la façon dont la condition suspensive (la condition qui suspend la vente jusqu'à la réalisation d'un événement) est rédigée. La décision du 21 octobre 1997 apporte un éclairage crucial : lorsque la condition suspensive n'est pas réalisée faute de renonciation au droit de préemption dans un délai raisonnable, l'acquéreur peut non seulement récupérer son dépôt, mais aussi obtenir des dommages et intérêts si le vendeur n'a pas agi de bonne foi.
Cette décision fait suite à un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) du 22 septembre 1994, dans l'affaire Hentrich. La CEDH n'a pas condamné le principe du droit de préemption fiscale, mais la manière dont il avait été exercé en l'espèce. La Cour de cassation tire les conséquences de cette jurisprudence : le droit de préemption n'est pas illégal en soi, mais il ne doit pas être exercé de façon abusive ou sans respecter les garanties procédurales. undefined si l'administration ou la commune tarde à répondre, ou si le vendeur ne fait pas les démarches nécessaires, l'acquéreur peut se retourner contre le vendeur.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez : en 1994, Mme Hentrich, une propriétaire allemande, vend un terrain en France. Mais l'administration fiscale exerce son droit de préemption (le droit d'acheter le bien à la place de l'acquéreur) à un prix inférieur. Mme Hentrich conteste, estimant que ce droit de préemption est une atteinte à son droit de propriété garanti par la Convention européenne des droits de l'homme. La CEDH lui donne raison en 1994, mais pas sur le fond : elle juge que les conditions d'exercice du droit de préemption étaient disproportionnées (par exemple, absence de motivation, délai trop court).
En France, cette affaire a des répercussions. La décision de la Cour de cassation du 21 octobre 1997 concerne un litige similaire, mais civil. Des acquéreurs (les sociétés Biessy Promotion) avaient versé un dépôt de garantie pour l'achat d'un terrain. La vente était soumise à une condition suspensive : l'absence de préemption (c'est-à-dire que le titulaire du droit de préemption renonce à l'exercer). Mais le vendeur n'a pas obtenu cette renonciation dans les délais, et la vente n'a pas eu lieu. Les acquéreurs ont demandé la restitution du dépôt, mais aussi des dommages et intérêts pour le préjudice subi (par exemple, la perte d'une opportunité d'achat, la hausse des prix).
Les juges de première instance ont rejeté leur demande, estimant que la condition suspensive n'était pas réalisée et que le vendeur n'était pas responsable. Mais la Cour de cassation a cassé cette décision : elle a jugé que le vendeur avait l'obligation de tout mettre en œuvre pour obtenir la renonciation au droit de préemption, et qu'en ne le faisant pas, il avait commis une faute. undefined, le vendeur ne peut pas se retrancher derrière la condition suspensive pour éviter de restituer le dépôt. undefined, c'est que ce raisonnement s'applique aussi aux communes qui exercent leur droit de préemption urbain (DPU) dans le cadre de la vente d'un bien immobilier.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation fonde sa décision sur l'article 1240 du Code civil (anciennement 1382), qui dispose que « tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». En langage courant : si vous causez un préjudice à quelqu'un par votre faute, vous devez l'indemniser. Ici, la faute du vendeur est de n'avoir pas demandé la renonciation au droit de préemption dans un délai raisonnable, ou de ne pas avoir informé l'acquéreur des difficultés.
La Cour précise également que la condition suspensive n'est pas une clause « potestative » (c'est-à-dire une condition dont la réalisation dépend uniquement de la volonté d'une partie). En effet, si le vendeur ne fait rien pour obtenir la renonciation, la condition ne se réalise pas, mais c'est de sa faute. Les juges rappellent que le vendeur doit agir de bonne foi et avec diligence. Par exemple, si la commune a un délai de deux mois pour répondre, le vendeur doit relancer si nécessaire.
Cette décision confirme une jurisprudence antérieure : la Cour de cassation avait déjà jugé que le vendeur est tenu à une obligation de résultat concernant la réalisation des conditions suspensives qu'il s'est engagé à remplir (par exemple, obtenir un permis de construire). Ici, elle étend ce principe au droit de préemption. Attention toutefois : ce n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une application logique des principes généraux du droit des contrats. La tendance des tribunaux est de protéger l'acquéreur, surtout lorsque le vendeur est un professionnel ou qu'il a une certaine expérience.
undefined si vous êtes acheteur et que la vente échoue à cause d'un droit de préemption, vous pouvez non seulement récupérer votre dépôt, mais aussi demander des dommages et intérêts si le vendeur n'a pas été actif. Mais attention, la preuve de la faute du vendeur vous incombe. Il faut donc conserver toutes les preuves des démarches (courriers, emails, relances).
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires vendeurs : vous devez être proactif. Dès la signature du compromis, adressez une demande de renonciation au titulaire du droit de préemption (commune, SAFER, etc.). Relancez par écrit si vous n'avez pas de réponse dans le délai légal. Gardez des traces. Si vous ne le faites pas, l'acquéreur pourra vous réclamer des dommages et intérêts. Par exemple, si vous vendez un appartement à Sanary-sur-Mer pour 200 000 €, et que la vente échoue parce que vous n'avez pas demandé la renonciation à la commune, l'acquéreur pourrait vous demander 10 000 € de dommages pour la perte de l'opportunité (si les prix ont entre-temps augmenté).
Pour les acquéreurs : si la condition suspensive n'est pas réalisée, vérifiez si le vendeur a bien fait les démarches. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez exiger la restitution du dépôt (souvent 5 à 10 % du prix) et des dommages. Mais attention : si la condition est simplement « la renonciation au droit de préemption », sans précision sur les délais, le vendeur pourrait arguer qu'il a attendu. Mieux vaut donc que le compromis prévoie un délai précis (par exemple, « le vendeur s'engage à obtenir la renonciation dans les deux mois »).
Pour les copropriétaires : si vous vendez un lot dans une copropriété, la commune peut avoir un droit de préemption sur les parties communes ? Non, mais elle peut avoir un droit de préemption sur le lot lui-même si le bien est situé dans une zone de préemption. Renseignez-vous avant de signer.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs ont perdu leur dépôt parce que la condition suspensive était mal rédigée. Par exemple, une clause disant « la vente est soumise à l'absence de préemption » sans préciser qui doit faire les démarches. Résultat : le vendeur n'a rien fait, la vente est annulée, et l'acquéreur a perdu son dépôt. Avec une bonne rédaction, ce risque est évité.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez une condition suspensive claire et détaillée : précisez que le vendeur s'engage à demander la renonciation dans un délai de 15 jours après la signature, et à justifier de ses démarches sous un mois. Mentionnez les conséquences en cas de non-respect (restitution du dépôt et dommages).
- Anticipez les délais : le droit de préemption de la commune (DPU) est de deux mois à compter de la déclaration d'intention d'aliéner (DIA). Le vendeur doit déposer la DIA dès la signature du compromis. Si la commune ne répond pas, la renonciation est implicite au bout de deux mois. Mais si elle répond après ce délai, le préfet doit être saisi, ce qui retarde la vente.
- Conservez tous les justificatifs : gardez les accusés de réception de la DIA, les courriers de relance, les emails. En cas de litige, vous devrez prouver que vous avez agi avec diligence.
- Faites appel à un professionnel : un notaire ou un avocat spécialisé en droit immobilier peut vérifier la clause et vous conseiller sur les démarches. À La Seyne-sur-Mer, les notaires connaissent bien les spécificités locales (zones de préemption, etc.).
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La décision du 21 octobre 1997 s'inscrit dans une lignée de décisions protégeant l'acquéreur. Par exemple, la Cour de cassation a jugé dans un arrêt du 13 novembre 1996 (n° 94-14.123) que le vendeur doit informer l'acquéreur de l'existence d'un droit de préemption avant la signature du compromis, sous peine de nullité. Autre exemple : dans un arrêt du 12 juillet 2006 (n° 05-15.082), elle a précisé que le vendeur ne peut pas invoquer la condition suspensive si lui-même n'a pas respecté son obligation de loyauté.
La tendance des tribunaux est donc de renforcer la protection de l'acquéreur, considéré comme la partie faible. En revanche, les communes qui exercent leur droit de préemption de manière abusive peuvent être condamnées, comme l'a rappelé la CEDH dans l'arrêt Hentrich. Pour l'avenir, il est probable que les juges continuent à exiger une transparence totale du vendeur et de l'administration. Si vous êtes confronté à un droit de préemption, n'hésitez pas à contester les conditions d'exercice si elles vous semblent abusives (absence de motif, délai trop court, prix sous-évalué).
Questions fréquentes
- Puis-je récupérer mon dépôt de garantie si la vente échoue à cause du droit de préemption ? Oui, si la condition suspensive n'est pas réalisée, le dépôt doit vous être restitué. Mais si le vendeur a fait les démarches nécessaires et que la commune a exercé son droit, vous ne pouvez pas obtenir de dommages supplémentaires.
- Que faire si la commune ne répond pas dans le délai de deux mois ? La renonciation est implicite. Vous pouvez donc procéder à la vente. Mais il est prudent d'obtenir un écrit de la commune confirmant la renonciation pour éviter tout litige ultérieur.
- Le vendeur peut-il être condamné à des dommages si la vente échoue ? Oui, s'il n'a pas agi avec diligence. Par exemple, s'il n'a pas déposé la DIA à temps ou s'il n'a pas relancé la commune. Vous devez prouver sa faute (par exemple, absence de courrier).
- Quel est le montant des dommages que je peux réclamer ? Cela dépend de votre préjudice : perte de l'opportunité d'achat (si les prix ont augmenté), frais de notaire, frais de déménagement, etc. En pratique, les tribunaux allouent entre 5 et 15 % du prix de vente.
- Comment savoir si mon bien est soumis à un droit de préemption ? Renseignez-vous auprès de la mairie ou consultez le plan local d'urbanisme (PLU). Certaines zones (comme le littoral à Sanary-sur-Mer) sont souvent concernées.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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