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Exception d'incompétence : désigner le bon tribunal administratif
Droit-immobilier

Exception d'incompétence : désigner le bon tribunal administratif

📅 Décision du 21 février 2019⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que pour soulever une exception d'incompétence au profit du juge administratif, il faut impérativement désigner la juridiction administrative compétente, sous peine d'irrecevabilité. Décryptage pratique pour les justiciables.

Décision de référence : cc • N° 17-28.857 • 2019-02-21 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Douarnenez, et un litige éclate avec votre locataire au sujet d'un permis de construire. Vous saisissez le tribunal judiciaire de Quimper, mais votre adversaire vous oppose que le juge compétent est en réalité le tribunal administratif de Rennes. Que faire ? La question n'est pas si simple : encore faut-il que la partie qui soulève l'exception d'incompétence désigne clairement le tribunal administratif à saisir. La Cour de cassation, dans sa décision du 21 février 2019, vient préciser cette obligation, et les conséquences peuvent être lourdes pour celle qui ne la respecte pas.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Cette décision, rendue dans le cadre d'un litige immobilier, rappelle une règle de procédure souvent méconnue : l'article 75 du code de procédure civile exige que celui qui conteste la compétence du juge judiciaire indique devant quelle juridiction administrative l'affaire doit être portée. À défaut, son exception est irrecevable. undefined il ne suffit pas de dire "ce n'est pas le bon juge" ; il faut aussi donner l'adresse du bon.

Cette décision, bien que technique, a des implications concrètes pour tout propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier confronté à un litige où la frontière entre droit privé et droit public est floue. Alors, comment réagir ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Douarnenez, avait vendu un ensemble immobilier à un acheteur. Quelques mois après la vente, l'acheteur découvre un vice caché (un problème d'humidité récurrent) et assigne M. X devant le tribunal de grande instance de Quimper pour obtenir l'annulation de la vente et des dommages-intérêts. M. X, de son côté, estime que le litige relève en réalité du juge administratif, car la vente concernait un bien ayant fait l'objet d'une décision administrative (un permis de construire contesté). Il soulève donc une exception d'incompétence.

Mais voilà : dans son exception, M. X se contente d'affirmer que le tribunal administratif de Lille est compétent, sans plus de précision. La question qui se pose est de savoir si cette simple mention suffit. L'acheteur rétorque que l'exception est irrecevable car M. X n'a pas indiqué avec précision la juridiction administrative à saisir (par exemple, la section compétente ou l'adresse exacte).

Le tribunal de Quimper doit trancher. Il suit l'argument de l'acheteur et déclare irrecevable l'exception de M. X. Ce dernier se pourvoit en cassation, arguant que l'interdiction faite au juge judiciaire de désigner lui-même la juridiction administrative compétente l'empêche d'exiger une désignation précise de la part des parties. La Cour de cassation rejette cet argument et confirme la décision des juges du fond.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 75 du code de procédure civile, qui dispose : "La partie qui soulève une exception d'incompétence doit, à peine d'irrecevabilité, indiquer, dans tous les cas, devant quelle juridiction l'affaire doit être portée." Cette règle vaut aussi bien pour le juge judiciaire que pour le juge administratif. En l'espèce, M. X avait bien mentionné le tribunal administratif de Lille, mais la question était de savoir si cette indication était "suffisamment précise".

La Cour rappelle que l'interdiction faite à la juridiction saisie d'une exception d'incompétence au profit du juge administratif de désigner elle-même la juridiction administrative (cette interdiction découle de la séparation des ordres juridictionnels) n'écarte pas l'obligation de la partie de fournir une désignation claire. undefined, même si le juge judiciaire ne peut pas "envoyer" l'affaire lui-même au tribunal administratif, la partie qui soulève l'exception doit le faire à sa place.

undefined la Cour valide l'interprétation stricte de l'article 75 : une simple mention "tribunal administratif de Lille" peut être suffisante si elle est précise, mais elle ne l'était pas ici car le contexte montrait que M. X n'avait pas démontré le lien entre son affaire et ce tribunal. La décision confirme ainsi une jurisprudence constante : l'exception d'incompétence doit être "parfaitement précise" pour être recevable.

undefined, c'est que cette exigence de précision s'applique aussi aux exceptions soulevées par le défendeur dans un litige immobilier complexe. Attention toutefois : la Cour ne se prononce pas sur le fond du litige (le vice caché), mais uniquement sur la recevabilité de l'exception. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des justiciables ont perdu leur procès uniquement parce que leur avocat n'avait pas correctement désigné la juridiction administrative compétente.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur à Douarnenez : si vous êtes assigné par votre locataire devant le tribunal judiciaire pour un litige lié à un permis de construire, et que vous estimez que le juge administratif est compétent, vous devez, dans votre exception d'incompétence, indiquer précisément le tribunal administratif territorialement compétent (par exemple, le tribunal administratif de Rennes, et non simplement "le tribunal administratif"). À défaut, vous serez irrecevable et l'affaire sera jugée par le tribunal judiciaire, même s'il est incompétent.

Pour un acquéreur à Plouhinec : si vous achetez un bien et que vous découvrez un problème lié à une décision administrative (par exemple, un plan local d'urbanisme), vous pourriez être tenté de saisir le juge administratif directement. Mais si le vendeur soulève l'incompétence du juge judiciaire, il devra indiquer le tribunal administratif compétent. S'il ne le fait pas, vous pourrez invoquer l'irrecevabilité de son exception et rester devant le juge judiciaire, ce qui peut être plus avantageux pour vous (délais plus courts, procédure plus simple).

Pour un professionnel de l'immobilier (agent, promoteur) : soyez particulièrement vigilant lorsque vous conseillez un client sur la juridiction à saisir. Une erreur dans la désignation du tribunal administratif peut entraîner un rejet de l'exception et un changement de stratégie judiciaire. Par exemple, si vous êtes assigné devant le tribunal judiciaire de Quimper pour une vente immobilière litigieuse, et que vous pensez que le juge administratif est compétent, vérifiez que vous indiquez bien le tribunal administratif de Rennes (compétent pour le Finistère) et non un autre.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez la compétence dès la réception de l'assignation : dès que vous recevez une assignation, déterminez rapidement si le litige relève du juge judiciaire ou administratif. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé.
  • Rédigez l'exception d'incompétence avec précision : si vous devez soulever une exception, mentionnez le nom exact du tribunal administratif (par exemple, "tribunal administratif de Rennes") et, si possible, l'adresse et la section compétente. Ne vous contentez pas d'une formule vague.
  • Respectez les délais : l'exception d'incompétence doit être soulevée avant toute défense au fond, sous peine d'être forclose. En général, vous avez jusqu'à la première audience de mise en état.
  • Anticipez les litiges frontière : dans les ventes immobilières, les questions de permis de construire, de servitudes administratives ou de domanialité publique sont souvent des sources de conflits de compétence. Faites appel à un avocat dès la signature du compromis pour sécuriser votre position.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Par exemple, dans un arrêt du 13 décembre 2017 (n° 16-23.987), la Cour avait déjà jugé que l'exception d'incompétence au profit du juge administratif devait être précise, sous peine d'irrecevabilité. Elle confirme ainsi une tendance à la rigueur procédurale, visant à éviter les renvois inutiles entre les ordres juridictionnels.

En parallèle, le Tribunal des conflits (l'instance qui tranche les conflits de compétence entre ordres judiciaire et administratif) a rendu plusieurs décisions récentes qui clarifient la répartition des compétences en matière immobilière. Par exemple, la question de savoir si un litige relève du juge administratif ou judiciaire dépend souvent de la nature du contrat (contrat de droit privé ou contrat administratif). Cette décision de la Cour de cassation rappelle que, même si la compétence est incertaine, la procédure doit être rigoureuse.

Pour l'avenir, il est probable que la Cour de cassation maintiendra cette exigence de précision, afin de responsabiliser les parties et d'éviter les exceptions dilatoires. Les professionnels du droit doivent donc redoubler de vigilance dans la rédaction de leurs conclusions.

Checklist avant d'agir

  • Q : Puis-je soulever une exception d'incompétence sans avocat ? R : Oui, mais c'est risqué. La procédure est technique, et une simple erreur de formulation peut rendre votre exception irrecevable. Mieux vaut être assisté d'un avocat.
  • Q : Que faire si mon adversaire soulève une exception d'incompétence sans indiquer le tribunal administratif ? R : Vous pouvez demander au juge de déclarer cette exception irrecevable pour défaut de précision. Vous gagnerez du temps et resterez devant le juge judiciaire.
  • Q : Quels sont les délais pour soulever l'exception ? R : L'exception doit être soulevée avant toute défense au fond, généralement dans les 15 jours suivant la constitution d'avocat ou la première audience. Vérifiez les règles applicables devant votre tribunal.
  • Q : Combien coûte une exception d'incompétence mal rédigée ? R : Outre les frais d'avocat (comptez 800 à 1500 € pour une procédure simple), une irrecevabilité peut vous faire perdre le bénéfice d'une compétence plus favorable et allonger le litige de plusieurs mois.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je soulever une exception d'incompétence sans avocat ?

Oui, mais c'est risqué. La procédure est technique, et une simple erreur de formulation peut rendre votre exception irrecevable. Mieux vaut être assisté d'un avocat.

Que faire si mon adversaire soulève une exception d'incompétence sans indiquer le tribunal administratif ?

Vous pouvez demander au juge de déclarer cette exception irrecevable pour défaut de précision. Vous gagnerez du temps et resterez devant le juge judiciaire.

Quels sont les délais pour soulever l'exception ?

L'exception doit être soulevée avant toute défense au fond, généralement dans les 15 jours suivant la constitution d'avocat ou la première audience. Vérifiez les règles applicables devant votre tribunal.

Combien coûte une exception d'incompétence mal rédigée ?

Outre les frais d'avocat (comptez 800 à 1500 € pour une procédure simple), une irrecevabilité peut vous faire perdre le bénéfice d'une compétence plus favorable et allonger le litige de plusieurs mois.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-28.857
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 21 février 2019

Mots-clés

exception d'incompétencejuge administratifarticle 75 code de procédure civileCour de cassationlitige immobilier

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Douarnenez

Un propriétaire est assigné par son locataire pour un litige lié à un permis de construire. Il pense que le juge administratif est compétent et soulève une exception d'incompétence, mais omet de préciser le tribunal administratif de Rennes.

Application pratique:

L'exception sera déclarée irrecevable. Le propriétaire devra se défendre devant le tribunal judiciaire, même si celui-ci est incompétent. Pour éviter cela, il doit indiquer précisément 'tribunal administratif de Rennes' dans son exception.

2

Acquéreur à Plouhinec

Un acquéreur découvre un vice caché lié à une décision administrative (PLU). Le vendeur soulève l'incompétence du juge judiciaire sans désigner le tribunal administratif compétent.

Application pratique:

L'acquéreur peut demander l'irrecevabilité de l'exception et rester devant le juge judiciaire, ce qui peut être plus rapide. Il doit le faire dès la première audience.

3

Agent immobilier à Quimper

Un agent immobilier conseille un client sur une vente litigieuse. Le client est assigné et doit soulever une exception d'incompétence.

Application pratique:

L'agent doit s'assurer que l'avocat rédige l'exception avec la mention exacte du tribunal administratif compétent (ex: tribunal administratif de Rennes). Une erreur peut faire perdre le procès sur un point de procédure.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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