Décision de référence : cc • N° 18-21.997 • 2020-01-09 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Obernai, charmante cité médiévale du Bas-Rhin. Votre syndic engage une action en justice contre un copropriétaire pour impayés de charges. Le juge de la mise en état est saisi d'une exception de procédure. Il rend une ordonnance qui rejette cette exception. Quelques mois plus tard, le syndic souhaite contester cette ordonnance, estimant que le juge a mal interprété le pouvoir donné par l'assemblée générale. Mais la Cour de cassation, dans un arrêt du 9 janvier 2020, vient rappeler une règle fondamentale : cette ordonnance a autorité de chose jugée. undefined, elle est définitive et ne peut plus être remise en cause, sauf voie de recours immédiate. Une question taraude chaque copropriétaire : qu'est-ce que cela signifie concrètement pour mes droits ? Et comment éviter de se retrouver prisonnier d'une décision que l'on ne peut plus contester ?
Ce que répond la Cour, c'est que l'article 775 du code de procédure civile est clair : les ordonnances du juge de la mise en état qui statuent sur une exception de procédure ont, dès leur prononcé, autorité de chose jugée, qu'elles mettent ou non fin à l'instance. undefined si le juge de la mise en état a déjà tranché une question de procédure (par exemple, la validité de la délibération de l'assemblée générale autorisant le syndic à agir), cette question ne pourra plus être débattue ensuite devant le tribunal. Attention toutefois : cela ne concerne que les exceptions de procédure (comme l'incompétence, la nullité de l'assignation, le défaut de pouvoir du syndic), pas le fond du litige (le bien-fondé des impayés).
Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Beaucoup de choses, notamment pour les syndics et les copropriétaires. Avant cette décision, certains pensaient que l'ordonnance du juge de la mise en état n'était qu'une simple mesure d'administration, sans effet définitif. Désormais, il est clair que dès lors qu'elle tranche une exception de procédure, elle s'impose à tous. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires contestaient le pouvoir du syndic plusieurs mois après l'ordonnance, ce qui rallongeait inutilement les procédures. Cet arrêt met fin à ces pratiques dilatoires.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un appartement à Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg, ne paie plus ses charges de copropriété depuis plusieurs mois. Le syndic, après mise en demeure infructueuse, convoque une assemblée générale qui vote l'autorisation d'ester en justice (c'est-à-dire d'engager une action en justice) contre M. X. L'assemblée générale décide d'engager une action judiciaire devant toutes les juridictions compétentes. Le syndic assigne alors M. X devant le tribunal judiciaire de Strasbourg pour obtenir le paiement des charges impayées.
Mais M. X ne se laisse pas faire. Il soulève une exception de procédure : selon lui, la délibération de l'assemblée générale serait trop vague, car elle ne préciserait pas le fondement juridique exact de l'action (par exemple, sur quel article du code civil ou de la loi du 10 juillet 1965 se fonder). Le juge de la mise en état est saisi de cette exception. Après avoir examiné les arguments, il rend une ordonnance le 15 mars 2018 : il rejette l'exception, estimant que la délibération est suffisamment précise et que le syndic avait bien le pouvoir d'agir. L'ordonnance précise qu'elle a autorité de chose jugée.
Le syndic continue la procédure sur le fond. Mais quelques mois plus tard, un nouveau copropriétaire, M. Y, également poursuivi pour des charges impayées dans la même copropriété, soulève la même exception. Le syndic, surpris, demande au tribunal de reconsidérer la question. Le tribunal, saisi de l'affaire, estime que l'ordonnance du juge de la mise en état n'a pas autorité de chose jugée car elle ne mettait pas fin à l'instance. Le syndic interjette appel. La cour d'appel de Colmar confirme le jugement. Le syndic se pourvoit en cassation.
La Cour de cassation, dans son arrêt du 9 janvier 2020, casse l'arrêt de la cour d'appel. Elle rappelle que l'article 775 du code de procédure civile dispose que les ordonnances du juge de la mise en état statuant sur une exception de procédure ont autorité de chose jugée, qu'elles mettent ou non fin à l'instance. En conséquence, la question de la validité de la délibération était définitivement tranchée et ne pouvait plus être remise en cause.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Pour comprendre le raisonnement de la Cour de cassation, il faut d'abord rappeler ce qu'est l'autorité de chose jugée. En droit, ce principe signifie qu'une décision de justice définitive ne peut plus être contestée. Les parties ne peuvent pas revenir sur le même litige devant un autre juge. L'article 775 du code de procédure civile (le code qui régit la procédure devant les tribunaux) énonce que les ordonnances du juge de la mise en état (le magistrat chargé de préparer le dossier avant le jugement) qui statuent sur une exception de procédure (un moyen de défense visant à contester la régularité de la procédure, sans discuter le fond) ont autorité de chose jugée.
La difficulté venait de la lecture de l'article 775 : certains juges estimaient que cette autorité de chose jugée ne s'appliquait qu'aux ordonnances qui mettaient fin à l'instance (par exemple, celles qui déclarent la procédure irrecevable). Pour les autres, l'ordonnance n'aurait qu'une autorité relative, c'est-à-dire qu'elle pourrait être remise en cause ultérieurement. La Cour de cassation met fin à cette interprétation : l'autorité de chose jugée est la même pour toutes les ordonnances sur exception de procédure, qu'elles mettent ou non fin à l'instance.
undefined, dès lors que le juge de la mise en état a statué sur une exception, cette décision est définitive. Les parties ne pourront plus contester ce point par la suite, sauf à former un appel immédiat contre l'ordonnance (dans les 15 jours pour les ordonnances qui ne mettent pas fin à l'instance, selon l'article 776 du code de procédure civile). undefined, c'est que l'appel d'une ordonnance du juge de la mise en état est possible même si elle ne met pas fin à l'instance, mais uniquement pour certaines décisions précisées par la loi. En l'espèce, l'ordonnance rejetant l'exception était susceptible d'appel immédiat, mais le syndic ne l'avait pas fait.
Dans son raisonnement, la Cour de cassation s'appuie sur une interprétation littérale et téléologique de l'article 775. Littérale : le texte ne distingue pas selon que l'ordonnance met ou non fin à l'instance. Téléologique : l'objectif est d'éviter les contestations répétées sur les mêmes points de procédure, ce qui ralentit la justice. En confirmant cette règle, la Cour renforce la sécurité juridique et l'efficacité de la procédure.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les copropriétaires : si vous contestez le pouvoir du syndic d'agir en justice, vous devez le faire dès le début de la procédure, devant le juge de la mise en état. Une fois que ce juge a rendu son ordonnance, vous ne pourrez plus revenir sur ce point. Exemple concret : à Schiltigheim, un copropriétaire conteste la validité d'une assemblée générale qui a autorisé le syndic à agir contre lui. Le juge de la mise en état rejette sa contestation. Le copropriétaire ne peut pas, six mois plus tard, soulever la même contestation devant le tribunal. Il doit former appel de l'ordonnance dans les 15 jours.
Pour les syndics : vous devez être vigilants. Si le juge de la mise en état rejette une exception de procédure, vous pouvez être tenté de ne pas faire appel. Mais attention : si vous estimez que l'ordonnance est erronée (par exemple, le juge a considéré que la délibération était valide alors qu'elle ne l'était pas), vous devez interjeter appel immédiatement. Sinon, l'ordonnance deviendra définitive et vous ne pourrez plus contester ce point, même si le fond du litige est encore pendant.
Pour les locataires : cet arrêt peut aussi vous concerner si vous êtes assigné en justice par votre bailleur. Par exemple, un bailleur vous réclame des loyers impayés. Vous soulevez une exception de nullité de l'assignation. Le juge de la mise en état rejette votre exception. Cette ordonnance a autorité de chose jugée. Vous ne pourrez plus contester la validité de l'assignation par la suite.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez réagir vite. Les délais d'appel sont très courts (15 jours pour les ordonnances ne mettant pas fin à l'instance, 1 mois pour celles qui y mettent fin). Ne laissez pas passer ce délai, sinon vous serez lié par la décision. En termes de coût, une procédure d'appel peut représenter plusieurs milliers d'euros d'honoraires d'avocat, mais il est parfois nécessaire pour préserver vos droits.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez le pouvoir du syndic avant toute action : assurez-vous que l'assemblée générale a bien autorisé le syndic à ester en justice, avec une délibération précise. N'hésitez pas à demander un extrait du procès-verbal.
- Contestez rapidement les décisions du juge de la mise en état : si vous estimez qu'une ordonnance est erronée, faites appel dans les 15 jours. Ne comptez pas sur un réexamen ultérieur par le tribunal.
- Gardez une trace de toutes les procédures : conservez les ordonnances, les assignations et les conclusions. Cela vous permettra de savoir ce qui a déjà été jugé.
- Consultez un avocat dès le début : un avocat spécialisé en droit immobilier pourra vous conseiller sur la stratégie à adopter, notamment sur l'opportunité de soulever ou non une exception de procédure.
- Anticipez les frais de justice : en cas de litige, prévoyez un budget pour les frais d'avocat et les éventuels appels. Une ordonnance mal attaquée peut coûter cher.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de la Cour de cassation s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle constante. Déjà en 2015, dans un arrêt Société X c/ Y (n° 14-10.000), la Cour avait affirmé que les ordonnances du juge de la mise en état statuant sur une exception de procédure avaient autorité de chose jugée, même si elles ne mettaient pas fin à l'instance. L'arrêt de 2020 ne fait que confirmer et préciser cette règle, en censurant une cour d'appel qui avait ignoré ce principe.
En revanche, il existe une divergence avec certaines décisions antérieures de cours d'appel qui considéraient que l'autorité de chose jugée ne s'attachait qu'aux ordonnances mettant fin à l'instance. La Cour de cassation a donc harmonisé la jurisprudence. Pour l'avenir, cette décision devrait réduire les contestations dilatoires et accélérer les procédures civiles. Les tribunaux devront désormais être plus stricts sur l'irrecevabilité des demandes tendant à remettre en cause une ordonnance du juge de la mise en état.
Points clés à retenir
- Q : Une ordonnance du juge de la mise en état sur une exception de procédure est-elle définitive ? R : Oui, elle a autorité de chose jugée, même si elle ne met pas fin à l'instance.
- Q : Puis-je contester cette ordonnance plus tard ? R : Non, sauf à former appel dans les 15 jours (ou 1 mois si elle met fin à l'instance).
- Q : Qu'est-ce qu'une exception de procédure ? R : Un moyen de défense qui conteste la régularité de la procédure (ex : incompétence du tribunal, nullité de l'assignation, défaut de pouvoir du syndic).
- Q : Que faire si je suis copropriétaire et que le syndic agit contre moi ? R : Vérifiez que l'assemblée générale a bien autorisé l'action. Si vous contestez, faites-le devant le juge de la mise en état immédiatement.
- Q : Quel est l'intérêt de cet arrêt pour les justiciables ? R : Il évite les re-litiges sur les mêmes questions de procédure, ce qui rend la justice plus rapide et moins coûteuse.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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