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Expulsion frauduleuse : l'occupant malhonnête ne peut échapper à l'astreinte
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Expulsion frauduleuse : l'occupant malhonnête ne peut échapper à l'astreinte

📅 Décision du 10 février 1993⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 8 min de lecture

Un occupant qui pénètre frauduleusement dans un logement ne peut pas invoquer les protections de la loi du 21 juillet 1949 pour éviter de payer l'astreinte ordonnée par le juge. La Cour de cassation le rappelle dans un arrêt du 10 février 1993.

Décision de référence : cc • N° 91-13.627 • 1993-02-10 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Annecy, loué à un couple. Un jour, vous découvrez que votre locataire a sous-loué sans autorisation à un tiers. Pire, ce tiers s'est installé par ruse, en falsifiant un bail. Vous engagez une procédure d'expulsion. Le juge ordonne l'expulsion sous astreinte (pénalité financière par jour de retard). Mais l'occupant, pour échapper à cette astreinte, invoque une loi protectrice des occupants de bonne foi : la loi du 21 juillet 1949.

La question est simple : un occupant qui a pénétré par fraude dans les lieux peut-il se prévaloir de cette protection pour ne pas payer l'astreinte ? La Cour de cassation répond clairement : non. Et c'est tout l'objet de cet arrêt du 10 février 1993, une décision qui sécurise les propriétaires confrontés à des squatteurs ou occupants indélicats.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou professionnel de l'immobilier ? Plongeons dans les faits, le raisonnement des juges, et les conseils pratiques pour éviter ce type de litige.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un logement à Paris. Il le loue à une locataire, qui décide de sous-louer le bien à un tiers sans l'accord du propriétaire. Ce tiers, appelons-le M. Y, s'installe dans l'appartement. Mais il ne se contente pas d'une sous-location : il parvient à se faire passer pour un locataire régulier, en produisant un faux bail. undefined il a pénétré par fraude (manœuvre trompeuse) dans les lieux.

Le propriétaire, alerté, saisit le juge des référés (juge d'urgence) pour obtenir l'expulsion de M. Y. Le juge ordonne l'expulsion, et la cour d'appel de Paris confirme cette décision le 16 janvier 1991, en assortissant l'expulsion d'une astreinte provisoire (somme d'argent à payer par jour de retard si l'expulsion n'est pas exécutée volontairement dans un certain délai). M. Y, pourtant, ne quitte pas les lieux. Le propriétaire demande alors la liquidation de l'astreinte (c'est-à-dire le calcul et le paiement de la somme due).

Mais M. Y résiste : il invoque la loi du 21 juillet 1949, qui protège les occupants de bonne foi en leur permettant de bénéficier d'un délai de grâce ou de suspendre l'astreinte. La cour d'appel le suit, estimant que l'astreinte ne peut être liquidée avant l'expulsion effective. Le propriétaire se pourvoit en cassation.

undefined, c'est que la loi du 21 juillet 1949 a été conçue pour protéger les occupants légitimes (par exemple, des locataires de bonne foi confrontés à des difficultés). Mais peut-elle protéger un fraudeur ? La Cour de cassation va trancher.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement est implacable : l'occupant qui a pénétré par fraude dans les lieux ne peut pas se prévaloir des dispositions dérogatoires de la loi du 21 juillet 1949 pour se soustraire à la liquidation de l'astreinte conformément à la loi du 5 juillet 1972.

Pour comprendre, il faut savoir que la loi du 5 juillet 1972 permet au juge d'ordonner une astreinte pour contraindre une personne à exécuter une décision de justice (ici, l'expulsion). Et la loi du 21 juillet 1949, elle, permet à l'occupant de bonne foi d'obtenir des délais ou des exemptions. Mais le législateur n'a jamais voulu que cette protection s'applique à ceux qui sont entrés par fraude.

undefined, la Cour de cassation considère que la fraude (le fait d'avoir pénétré par tromperie) corrompt tout : l'occupant ne peut pas se cacher derrière une loi protectrice alors qu'il a lui-même violé la loi. C'est un principe fondamental en droit : fraus omnia corrumpit (la fraude corrompt tout).

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des squatteurs tentaient d'invoquer des lois sociales pour rester dans les lieux. Mais la jurisprudence est constante : la mauvaise foi initiale empêche de bénéficier des protections. Ici, la Cour de cassation rappelle que l'astreinte peut être liquidée dès lors que l'expulsion n'a pas été exécutée volontairement, peu importe que l'occupant soit encore dans les lieux. Le montant de l'astreinte court à partir du jour fixé par le juge, et le fraudeur doit payer.

Ce n'est pas une évolution, mais une confirmation : dès 1993, la Cour de cassation ferme la porte aux occupants frauduleux. Une décision qui reste d'actualité, notamment face à la recrudescence des squats.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est une arme redoutable. Si vous obtenez une décision d'expulsion avec astreinte, et que l'occupant est entré par fraude (faux bail, intrusion clandestine, etc.), vous pouvez demander la liquidation de l'astreinte sans attendre l'expulsion effective. Concrètement, si l'astreinte est fixée à 100 € par jour, et que l'occupant reste 6 mois, vous pourriez réclamer 18 000 €, même s'il n'est pas encore parti.

Prenons un exemple à Villeurbanne : vous êtes propriétaire d'un studio. Un individu se fait passer pour un locataire en produisant un faux contrat. Vous obtenez une ordonnance d'expulsion avec astreinte de 50 € par jour. Il reste 4 mois. Vous pouvez demander 6 000 € d'astreinte, en plus des loyers impayés.

Pour les locataires de bonne foi, cette décision ne vous concerne pas directement, mais elle vous protège indirectement : votre propriétaire ne pourra pas vous assimiler à un fraudeur si vous êtes régulier. En revanche, si vous sous-louez sans autorisation, vous risquez d'être considéré comme frauduleux.

Pour les professionnels de l'immobilier (agents, administrateurs de biens), cette jurisprudence vous aide à conseiller vos clients : en cas d'occupation frauduleuse, ne tardez pas à agir en justice et à demander une astreinte. Et surtout, informez les propriétaires que la liquidation peut être demandée même sans expulsion.

Attention toutefois : cette décision ne s'applique qu'aux occupants frauduleux. Si l'occupant est de bonne foi (ex : un locataire qui a un bail valide mais ne paie plus), les règles sont différentes. Il faut distinguer.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez scrupuleusement l'identité et les documents de tout occupant potentiel. Demandez une pièce d'identité, un justificatif de domicile, et vérifiez l'authenticité des documents. En cas de doute, contactez la précédente agence ou propriétaire.
  • Rédigez un bail écrit et détaillez les interdictions de sous-location. Une clause claire vous permettra de prouver la fraude en cas de sous-location non autorisée.
  • En cas d'occupation frauduleuse, agissez vite. Saisissez le juge des référés dès les premiers signes. Plus vous attendez, plus l'occupant s'installe et invoque des droits.
  • Demandez une astreinte dissuasive dès la première décision. Calculez un montant qui incite à partir rapidement (ex : 50 à 100 € par jour). Et n'oubliez pas : vous pourrez la liquider même si l'occupant est toujours là, à condition de prouver la fraude.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours refusé de protéger les occupants frauduleux. On peut citer un arrêt du 12 mars 1985 (n° 83-16.425) qui avait déjà jugé que la loi de 1949 ne s'applique pas à celui qui s'est installé par voie de fait. Plus récemment, dans un arrêt du 6 septembre 2018 (n° 17-22.176), la Cour a confirmé que la trêve hivernale ne profite pas aux squatteurs.

La tendance est donc claire : les tribunaux sont de plus en plus sévères avec les occupants frauduleux. La loi ALUR de 2014 a renforcé les outils pour lutter contre les squats, et la jurisprudence suit. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges continuent de restreindre les exceptions pour les fraudeurs, notamment en matière de délais de grâce.

Ce que cela signifie pour vous : si vous êtes confronté à un occupant frauduleux, vous avez le droit pour vous. Mais il faut agir rapidement et avec les bons arguments juridiques. Un avocat spécialisé peut faire la différence.

Questions fréquentes

Puis-je demander l'expulsion d'un occupant sans titre si j'ai un faux bail ?

Oui. La fraude vous permet d'obtenir une expulsion en référé, sans attendre une décision au fond. Le juge constate la voie de fait et ordonne l'expulsion immédiate.

Que faire si l'occupant fraudeur ne paie pas l'astreinte ?

Vous devez obtenir une décision de liquidation de l'astreinte, puis engager une procédure de recouvrement (saisie sur compte, sur salaire, etc.). L'astreinte est une créance que vous pouvez faire exécuter.

Quels sont les délais pour agir en cas d'occupation frauduleuse ?

Il n'y a pas de délai légal, mais il faut agir vite : dès que vous découvrez la fraude, saisissez le juge. Si vous attendez trop, l'occupant pourrait acquérir des droits (ex : prescription acquisitive après 30 ans). En pratique, agissez dans les semaines qui suivent la découverte.

La trêve hivernale s'applique-t-elle aux squatteurs ?

Non. La trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) ne s'applique pas aux occupants entrés par voie de fait. La Cour de cassation l'a rappelé en 2018.

Puis-je couper l'eau et l'électricité pour faire partir un occupant frauduleux ?

Non, c'est interdit. Vous devez passer par une décision de justice. Couper les fluides est un délit (violation de domicile). Faites appel à un huissier et à un avocat.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je demander l'expulsion d'un occupant sans titre si j'ai un faux bail ?

Oui. La fraude vous permet d'obtenir une expulsion en référé, sans attendre une décision au fond. Le juge constate la voie de fait et ordonne l'expulsion immédiate.

Que faire si l'occupant fraudeur ne paie pas l'astreinte ?

Vous devez obtenir une décision de liquidation de l'astreinte, puis engager une procédure de recouvrement (saisie sur compte, sur salaire, etc.). L'astreinte est une créance que vous pouvez faire exécuter.

Quels sont les délais pour agir en cas d'occupation frauduleuse ?

Il n'y a pas de délai légal, mais il faut agir vite : dès que vous découvrez la fraude, saisissez le juge. Si vous attendez trop, l'occupant pourrait acquérir des droits (ex : prescription acquisitive après 30 ans). En pratique, agissez dans les semaines qui suivent la découverte.

La trêve hivernale s'applique-t-elle aux squatteurs ?

Non. La trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) ne s'applique pas aux occupants entrés par voie de fait. La Cour de cassation l'a rappelé en 2018.

Puis-je couper l'eau et l'électricité pour faire partir un occupant frauduleux ?

Non, c'est interdit. Vous devez passer par une décision de justice. Couper les fluides est un délit (violation de domicile). Faites appel à un huissier et à un avocat.

Informations juridiques

  • Numéro: 91-13.627
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 février 1993

Mots-clés

expulsionfraudeastreinteloi 1949occupation frauduleuse

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire victime d'un faux locataire à Villeurbanne

Un propriétaire loue son studio à Villeurbanne. Un individu se présente, signe un bail, mais le contrat est un faux. L'occupant ne paie pas et refuse de partir. Le propriétaire engage une procédure d'expulsion.

Application pratique:

Le propriétaire doit saisir le juge des référés en urgence, en prouvant la fraude (faux bail). Il demande une astreinte de 50 € par jour. La décision obtenue, il peut demander la liquidation de l'astreinte même si l'occupant reste. Il récupère ainsi les sommes dues sans attendre l'expulsion physique.

2

Locataire de bonne foi confronté à une sous-location frauduleuse

Un locataire à Annecy sous-loue son appartement sans autorisation à un tiers. Le propriétaire découvre la sous-location et veut expulser le sous-locataire. Le sous-locataire, de bonne foi, ignore la fraude.

Application pratique:

Le sous-locataire de bonne foi peut invoquer la loi de 1949 pour obtenir des délais. Mais le propriétaire peut agir contre le locataire principal pour violation du bail. Le sous-locataire doit prouver sa bonne foi pour éviter l'astreinte.

3

Professionnel de l'immobilier conseillant un propriétaire sur un squat

Un agent immobilier à Lyon conseille un propriétaire dont le bien est squatté. Les squatteurs sont entrés par effraction. Le propriétaire veut les expulser rapidement.

Application pratique:

L'agent doit conseiller de saisir le juge des référés pour voie de fait, sans attendre. Il recommande de demander une astreinte élevée (100 €/jour) et de ne pas négocier avec les squatteurs. La jurisprudence de 1993 permet de liquider l'astreinte même sans expulsion, ce qui dissuade les squatteurs de rester.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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