Décision de référence : cc • N° 84-11.454 • 1986-07-21 • Consulter la décision →
Imaginez : vous habitez à Biscarrosse, dans les Landes. Votre médecin vous prescrit des bains de boue pour soigner une arthrose rebelle. Problème : le kinésithérapeute le plus proche, à Parentis-en-Born, ne pratique pas ce type de soins. Vous devez parcourir 30 kilomètres supplémentaires jusqu'à un cabinet spécialisé. À votre retour, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) refuse de rembourser intégralement vos frais de transport, estimant que vous auriez dû vous contenter du praticien le plus proche. Injuste, non ?
Pourtant, une décision de la Cour de cassation du 21 juillet 1986 (n° 84-11.454) donne raison aux assurés dans cette situation. Elle affirme que lorsque les soins prescrits ne peuvent pas être dispensés par le professionnel de santé le plus proche, le transport vers un autre praticien est imposé par les nécessités du traitement et doit être pris en charge à 100 %. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou locataire dans les Landes ou ailleurs ?
Cet article décortique cette jurisprudence méconnue, vous explique comment faire valoir vos droits et vous donne des conseils pratiques pour éviter les refus de remboursement. undefined si votre kiné ne fait pas de bains de boue, la CPAM ne peut pas vous pénaliser.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Mme X, une assurée sociale habitant une commune rurale (disons, aux alentours de Parentis-en-Born), souffrait de douleurs articulaires. Son médecin traitant lui prescrivit des « soins particuliers consistant en des bains de boue » – une thérapie thermale souvent indiquée pour les rhumatismes. Or, le kinésithérapeute le plus proche de son domicile ne pratiquait pas ce type de soins. Mme X dut donc se rendre chez un autre kinésithérapeute, plus éloigné, capable de dispenser les bains de boue.
À l'époque, le Code de la Sécurité sociale (article L. 283) prévoyait que les frais de transport d'un assuré étaient pris en charge uniquement si le transport était « imposé par les nécessités du traitement ». La CPAM estima que Mme X aurait dû se contenter du kiné le plus proche, même s'il ne pratiquait pas les bains de boue. Elle refusa donc de rembourser intégralement les frais de transport, ne prenant en charge que la distance jusqu'au cabinet le plus proche. Mme X contesta ce refus devant la commission de première instance du contentieux de la Sécurité sociale.
La commission lui donna raison, mais la CPAM fit appel. L'affaire monta jusqu'à la Cour de cassation, qui confirma la décision de la commission en 1986. La haute juridiction estima que, dès lors que la CPAM ne contestait ni la nécessité médicale des bains de boue, ni leur prescription régulière, ni l'impossibilité de les recevoir chez le praticien le plus proche, le transport vers un autre praticien était bel et bien imposé par les nécessités du traitement. undefined l'assurée n'avait pas le choix : sans ce transport, elle n'aurait pas pu recevoir les soins prescrits. Les frais devaient donc être pris en charge dans leur intégralité.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La décision repose sur une interprétation stricte de l'article L. 283 du Code de la Sécurité sociale (aujourd'hui codifié à l'article L. 321-1 du même code), qui prévoit que les frais de transport sont pris en charge lorsqu'ils sont « imposés par les nécessités du traitement ». La Cour de cassation précise que cette condition est remplie dès lors que deux éléments sont réunis : 1) la prescription médicale est régulière et la caisse ne conteste pas la nécessité des soins ; 2) le praticien le plus proche n'est pas en mesure de dispenser les soins prescrits.
undefined, les juges estiment que l'assuré n'a pas à subir une perte de chance d'accéder à des soins adaptés simplement parce qu'il habite loin d'un praticien spécialisé. Le raisonnement est pragmatique : si le kiné du coin ne fait pas de bains de boue, ce n'est pas la faute du patient. La CPAM ne peut pas opposer un refus de prise en charge au motif que le transport aurait dû être limité au trajet jusqu'au praticien le plus proche.
Attention toutefois : la Cour précise que la commission de première instance peut trancher ce litige sans recourir à une expertise médicale, car il ne s'agit pas d'un différend d'ordre médical (sur la nature des soins), mais simplement d'une question d'organisation des soins. undefined, c'est que cette décision évite aux assurés de se heurter à la procédure lourde de l'expertise technique, qui aurait pu retarder le remboursement de plusieurs mois.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où la CPAM tentait de contester le principe même de la prescription (par exemple, en estimant que les bains de boue n'étaient pas médicalement nécessaires). Ici, la Cour écarte cette possibilité : si la caisse ne conteste pas la prescription, elle ne peut pas revenir dessus indirectement en refusant le transport. En résumé, la décision consacre le droit à un accès effectif aux soins, sans discrimination géographique.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les assurés sociaux, cette jurisprudence est une arme précieuse. Si vous habitez dans une zone rurale comme Parentis-en-Born ou Biscarrosse, et que votre médecin vous prescrit des soins spécifiques (balnéothérapie, kinésithérapie respiratoire, etc.) que le professionnel le plus proche ne pratique pas, vous avez droit au remboursement intégral de vos frais de transport vers un cabinet plus éloigné.
Prenons un exemple chiffré : vous résidez à Parentis-en-Born et votre médecin vous prescrit des séances de kinésithérapie avec drainage lymphatique manuel. Le kiné le plus proche, à Sanguinet, ne pratique pas cette technique. Vous devez vous rendre à Mont-de-Marsan, à 40 km. La CPAM ne peut pas vous rembourser uniquement les 15 km jusqu'à Sanguinet. Elle doit prendre en charge la totalité du trajet (80 km aller-retour), soit environ 40 € de frais de transport (sur la base du barème kilométrique de 0,50 €/km). Sur un traitement de 20 séances, cela représente 800 €, une somme non négligeable.
Si vous êtes propriétaire bailleur ou locataire, cette décision vous concerne indirectement : elle illustre que le droit à la santé prime sur des considérations de proximité géographique. Mais plus directement, si vous êtes en litige avec la CPAM pour un refus de transport, vous pouvez invoquer cet arrêt. Attention toutefois : la CPAM peut contester la nécessité médicale des soins. Assurez-vous que votre prescription soit précise et motivée.
Pour les professionnels de santé (kinés, médecins), cette décision les encourage à rédiger des prescriptions détaillées, mentionnant la nature exacte des soins et l'absence de praticien compétent à proximité. Cela sécurise le remboursement pour leurs patients.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Obtenez une prescription médicale précise : Demandez à votre médecin de rédiger une ordonnance détaillant la nature exacte des soins (ex : « bains de boue », « drainage lymphatique », etc.) et de mentionner que le praticien le plus proche ne pratique pas ces soins. Cela évite toute contestation sur la nécessité du transport.
- Vérifiez auprès de votre CPAM avant de vous déplacer : Avant d'engager des frais, contactez votre caisse pour savoir si le transport sera pris en charge. Vous pouvez obtenir un accord préalable (formulaire S3125). Conservez une trace écrite de cet accord.
- Conservez tous les justificatifs : Gardez les ordonnances, les factures de transport (taxi, ambulance, ou attestation de votre véhicule), et tout document prouvant que le praticien le plus proche ne pouvait pas dispenser les soins (attestation du kiné, par exemple).
- En cas de refus, contestez rapidement : Vous disposez de deux mois pour saisir la commission de recours amiable de votre CPAM, puis le tribunal judiciaire (pôle social). Invoquez la décision de la Cour de cassation de 1986 pour appuyer votre demande.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1986 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation favorable aux assurés. Par exemple, un arrêt du 14 novembre 1996 (n° 94-20.183) a étendu ce raisonnement aux transports pour des soins dispensés par un avocat , lorsque le généraliste de proximité ne pouvait pas les assurer. Plus récemment, la Cour a confirmé que la condition « imposé par les nécessités du traitement » doit être interprétée largement, en tenant compte de l'offre de soins réelle (Cass. 2e civ., 14 septembre 2017, n° 16-20.124).
La tendance est donc à la protection des assurés, surtout dans les déserts médicaux. Toutefois, la CPAM peut encore contester la prescription médicale elle-même (par exemple, en estimant que les soins ne sont pas nécessaires). Dans ce cas, un expert médical sera désigné. Mais si la caisse ne soulève pas ce point, elle ne peut pas refuser le transport.
Pour l'avenir, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a introduit une procédure d'accord préalable pour certains transports longs. Cela pourrait compliquer les choses, mais la jurisprudence de 1986 reste applicable : si le transport est médicalement justifié et que le praticien le plus proche ne peut pas dispenser les soins, la prise en charge doit être intégrale.
Checklist avant d'agir
- 1. Vérifiez votre prescription : Votre médecin a-t-il précisé la nature des soins ? A-t-il mentionné l'absence de praticien compétent à proximité ? Si non, demandez-lui de compléter l'ordonnance.
- 2. Contactez la CPAM : Avant tout déplacement, appelez votre caisse pour savoir si le transport est pris en charge. Demandez un accord écrit (mail ou courrier).
- 3. Rassemblez les preuves : Obtenez une attestation du kiné le plus proche indiquant qu'il ne pratique pas les soins prescrits. Conservez les justificatifs de transport (facture, relevé kilométrique).
- 4. En cas de refus, agissez vite : Vous avez 2 mois pour contester. Saisissez la commission de recours amiable (CRA) de la CPAM par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant les pièces et en citant l'arrêt de 1986.
- 5. Si la CRA rejette votre recours : Saisissez le tribunal judiciaire (pôle social) dans les 2 mois suivant la notification. Vous pouvez vous faire assister par un avocat spécialisé.
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