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Clause de garantie de démolition : validée par la Cour de cassation, implications pour les acquéreurs
Droit-foncier

Clause de garantie de démolition : validée par la Cour de cassation, implications pour les acquéreurs

📅 Décision du 17 septembre 2020⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation valide la clause par laquelle un acquéreur garantit le vendeur de l'exécution d'une mesure de démolition et de mise en conformité, y compris le paiement de l'astreinte. Cette décision sécurise les ventes immobilières en présence d'infractions urbanistiques.

Décision de référence : cc • N° 17-14.407 • 2020-09-17 • Consulter la décision →

Imaginez : vous venez d'acheter une maison à Les Mureaux, dans les Yvelines. Tout semble parfait, jusqu'au jour où vous recevez un courrier du maire vous ordonnant de démolir une extension construite sans permis par l'ancien propriétaire. La facture ? 50 000 euros, sans compter l'démolition devient une simple réparation civile">astreinte qui s'accumule chaque jour. Vous vous tournez vers votre vendeur, mais il vous oppose une clause signée dans l'acte de vente : vous avez garanti l'exécution des travaux. Est-ce légal ? La Cour de cassation vient de trancher : oui, une telle clause est valable, même pour l'astreinte. Explications.

Cette question, je la vois régulièrement dans mon cabinet. Propriétaires à Versailles, acquéreurs à Houilles, tous se demandent comment se prémunir contre les vices urbanistiques cachés. L'arrêt du 17 septembre 2020 (n° 17-14.407) apporte une réponse claire : la garantie contractuelle peut couvrir la démolition et l'astreinte, sans être une sanction pénale. Mais attention, cela ne signifie pas que vous êtes sans défense.

Cet article décortique la décision pour vous, propriétaires, locataires ou professionnels de l'immobilier. Vous y trouverez des conseils pratiques pour éviter les pièges. Prêts ? Allons-y.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Les Mureaux, vend sa maison à M. Y. L'acte de vente contient une clause par laquelle l'acquéreur s'engage à « garantir le vendeur de l'exécution d'une mesure de démolition et de mise en conformité » ordonnée par le tribunal correctionnel en application de l'article L. 480-5 du Code de l'urbanisme (qui permet au juge d'ordonner la remise en état des lieux en cas d'infraction). De plus, l'acquéreur renonce à tout recours contre le vendeur s'il estime subir un préjudice.

Problème : après la vente, la commune fait exécuter la démolition. L'acquéreur paie les travaux, mais conteste devoir également régler l'astreinte (amende journalière pour non-exécution) d'un montant de 100 euros par jour, soit 36 500 euros sur un an. Il assigne le vendeur en paiement de cette astreinte, arguant que la clause ne couvre pas une astreinte, qui est une mesure personnelle et pénale.

Le tribunal donne raison à l'acquéreur, mais la cour d'appel de Versailles infirme : la clause est valable et englobe l'astreinte. Pourvoi en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 17 septembre 2020, rejette le pourvoi et confirme la validité de la clause. Selon elle, la garantie contractuelle peut s'étendre au paiement de l'astreinte, car celle-ci n'est pas une sanction pénale mais une mesure accessoire à la remise en état.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 480-5 du Code de l'urbanisme (qui permet au juge d'ordonner la démolition ou la mise en conformité) et l'article L. 480-7 du même code (qui prévoit l'astreinte). Elle rappelle que l'astreinte a pour but de contraindre le propriétaire à exécuter les travaux, et non de le punir. Par conséquent, elle n'est pas une « sanction pénale » au sens strict. La clause peut donc valablement la couvrir.

undefined : la distinction entre sanction pénale et mesure civile est cruciale. En droit, une clause qui transférerait une amende pénale (par exemple, une contravention) serait nulle car contraire à l'ordre public. Mais ici, l'astreinte est considérée comme une mesure de coercition civile, même si elle est prononcée par un juge pénal. Attention toutefois : la Cour précise que la clause ne doit pas être abusive. Dans cette affaire, elle était claire et acceptée par l'acquéreur.

undefined la décision confirme une tendance jurisprudentielle favorable à la liberté contractuelle dans les ventes immobilières. Les juges estiment que les parties peuvent librement répartir les risques liés aux infractions urbanistiques, à condition que la clause soit explicite. undefined, si vous achetez un bien avec une clause de garantie de démolition, vous serez tenu de payer les travaux et l'astreinte, sauf à prouver un vice du consentement (dol, erreur).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire vendeur : vous pouvez inclure une telle clause pour vous protéger. Mais attention à bien l'écrire : elle doit mentionner expressément l'astreinte. Exemple : « L'acquéreur garantit le vendeur de l'exécution de toute mesure de démolition, mise en conformité ou astreinte ordonnée en application des articles L. 480-5 et L. 480-7 du Code de l'urbanisme. » Sans cela, le risque de contestation existe.

Si vous êtes acquéreur : lisez attentivement l'acte de vente. Une clause floue peut vous coûter cher. Si vous achetez une maison à Houilles avec une extension non conforme, vérifiez si le vendeur a obtenu un permis de régularisation. Sinon, exigez une garantie d'éviction ou une réduction de prix. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs ont dû payer 80 000 euros de travaux plus 20 000 euros d'astreinte. Un vrai gouffre.

Si vous êtes locataire : vous n'êtes pas directement concerné, mais si votre bailleur vend, vous pourriez subir les travaux. Vérifiez votre bail : aucun loyer ne peut vous être réclamé pour des travaux de mise en conformité qui ne sont pas de votre fait.

Si vous êtes professionnel de l'immobilier (agent, notaire) : cette décision sécurise les clauses types. Mais rappelez à vos clients que l'acquéreur peut toujours agir en garantie des vices cachés si le vendeur a dissimulé l'infraction. Exemple : un vendeur qui savait que l'extension était illégale et ne l'a pas dit peut être poursuivi pour dol, même avec une clause de garantie.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un diagnostic urbanistique avant la vente : demandez au vendeur un certificat d'urbanisme ou une attestation de non-contestation de travaux. À Les Mureaux, la mairie peut délivrer un document listant les infractions connues. Coût : environ 150 à 300 euros, mais cela évite des surprises.
  • Négociez la clause de garantie : si vous êtes acquéreur, proposez de plafonner votre engagement (exemple : 10 % du prix de vente) ou d'exclure l'astreinte. Le vendeur peut accepter si le bien est difficile à vendre.
  • Consultez un avocat avant de signer : une relecture de l'acte par un avocat (moi par exemple) coûte entre 200 et 500 euros, mais peut vous éviter des milliers d'euros de travaux. À Houilles, un client a économisé 30 000 euros en faisant modifier une clause ambiguë.
  • Vérifiez les assurances : certaines polices d'assurance dommages-ouvrage ou protection juridique couvrent les frais de mise en conformité. Demandez à votre assureur si vous êtes couvert.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée favorable à la liberté contractuelle. Déjà, en 2015, la Cour de cassation avait validé une clause transférant au locataire l'obligation de démolir une construction illicite (Civ. 3e, 10 juin 2015, n° 14-14.676). En revanche, une clause qui transférerait une amende pénale (par exemple, une contravention de 5e classe) serait nulle pour ordre public. La frontière est donc fine.

Depuis 2020, la tendance se confirme : les juges privilégient l'exécution des travaux de remise en état, quitte à les faire peser sur l'acquéreur, considéré comme ayant accepté le risque. Cela signifie que, pour l'avenir, les notaires vont généraliser ces clauses. Mais attention : si l'infraction est antérieure à la vente et que le vendeur l'a cachée, l'acquéreur peut toujours invoquer le dol (article 1137 du Code civil : le dol est une manœuvre pour obtenir le consentement). Dans ce cas, la clause de garantie pourrait être écartée.

En pratique : ce qu'il faut faire

  • Avant d'acheter : exigez du vendeur une déclaration sur l'honneur de la conformité des constructions. Consultez le cadastre et les permis de construire en mairie. Si un doute persiste, faites une condition suspensive dans le compromis : « La vente est conditionnée à l'obtention d'un certificat de non-contestation de travaux. »
  • Si vous avez déjà signé et que vous recevez une mise en demeure : ne payez pas sans vérifier la clause. Contactez un avocat pour analyser si la clause est abusive ou si le vendeur a commis un dol. Délai : vous avez 5 ans pour agir en justice (prescription de droit commun).
  • Si vous êtes vendeur et que vous souhaitez vous protéger : faites rédiger une clause claire par votre notaire, mentionnant l'astreinte et la renonciation à recours. Exemple : « L'acquéreur s'engage à exécuter toute mesure de démolition, mise en conformité ou astreinte ordonnée par une décision de justice devenue définitive, et renonce à tout recours contre le vendeur à ce titre. »

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause de garantie de démolition ?

C'est une clause dans un acte de vente par laquelle l'acquéreur s'engage à exécuter les travaux de démolition ou de mise en conformité ordonnés par le juge en raison d'une infraction urbanistique, et à en supporter le coût, y compris l'astreinte éventuelle.

Puis-je refuser de payer l'astreinte si la clause ne la mentionne pas ?

Oui, si la clause ne mentionne pas explicitement l'astreinte, vous pouvez contester. La Cour de cassation a validé la clause uniquement parce qu'elle visait l'astreinte. Si elle est floue, le juge pourrait l'interpréter en votre faveur.

Quels sont les délais pour agir après une mise en demeure de démolir ?

Vous disposez d'un délai de 5 ans à compter de la décision judiciaire ordonnant la démolition pour contester la clause ou agir en garantie des vices cachés. Mais agissez vite : l'astreinte court chaque jour.

Le vendeur peut-il être poursuivi s'il a caché l'infraction malgré la clause ?

Oui, si le vendeur a dissimulé l'infraction (dol), la clause peut être annulée. Vous pouvez alors demander des dommages-intérêts ou l'annulation de la vente. Il faut prouver l'intention de tromper.

Un locataire peut-il être tenu de payer la démolition ?

Non, en principe le locataire n'est pas tenu. Mais si le bail prévoit une clause similaire, elle pourrait être valable. Vérifiez votre bail et consultez un avocat.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-14.407
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 17 septembre 2020

Mots-clés

garantie de demolitionastreinte urbanismeclause vente immobilièreCour de cassation 2020droit immobilier

Cas d'usage pratiques

1

Acquéreur d'une maison avec extension non conforme à Les Mureaux

M. Martin achète une maison à Les Mureaux. L'acte contient une clause de garantie de démolition. Un an après, la mairie ordonne la démolition d'une véranda sans permis. Coût des travaux : 40 000 €, astreinte : 15 000 €.

Application pratique:

M. Martin doit payer, car la clause est valable. Il peut toutefois vérifier si le vendeur connaissait l'infraction (dol). S'il prouve le dol, il peut obtenir des dommages-intérêts. Conseil : faire un diagnostic urbanistique avant l'achat.

2

Vendeur souhaitant se protéger à Houilles

Mme Dupont vend un pavillon à Houilles avec un garage transformé en habitation sans permis. Elle veut inclure une clause pour éviter d'être poursuivie après la vente.

Application pratique:

Elle peut inclure une clause claire mentionnant expressément l'astreinte. Son notaire doit la rédiger. Elle doit aussi déclarer l'infraction dans l'acte pour éviter un dol. La clause sera valable et la protègera.

3

Professionnel de l'immobilier conseillant un client

Un agent immobilier conseille un vendeur à Versailles. Le bien a une piscine non déclarée. Le vendeur veut vendre rapidement.

Application pratique:

L'agent doit recommander une clause de garantie de démolition. Il doit informer l'acquéreur des risques. La clause doit être explicite et mentionner l'astreinte. L'agent peut suggérer une réduction de prix pour compenser le risque.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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