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Groupement d'entreprises solidaire : quand une seule signe un sous-traitant, toutes sont engagées
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Groupement d'entreprises solidaire : quand une seule signe un sous-traitant, toutes sont engagées

📅 Décision du 08 mai 1968⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 7 min de lecture

Un arrêt de la Cour de cassation de 1968 précise que lorsqu'un marché de construction est confié à plusieurs entreprises agissant conjointement et solidairement, l'entreprise pilote peut engager toutes les autres envers un sous-traitant, même sans signature de leur part. Décryptage pour propriétaires et professionnels.

Décision de référence : cc • N° 56-13.739 • 1968-05-08 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire à Sedan et vous avez confié la rénovation de votre immeuble à un groupement de quatre entreprises. L'une d'elles, désignée comme « pilote », a signé un contrat avec un sous-traitant pour les travaux de plomberie. Les travaux sont mal exécutés. À qui vous adresser ? À toutes les entreprises du groupement, ou seulement à la pilote ? La réponse de la Cour de cassation, rendue en 1968, reste une référence : lorsque les entreprises sont solidaires, la pilote engage toutes les autres envers le sous-traitant, même si elles n'ont pas signé le contrat.

Cette décision est cruciale pour tout maître d'ouvrage (le client qui commande les travaux) ou tout professionnel qui travaille avec un groupement d'entreprises. Imaginez : vous êtes un artisan à Épernay, contacté par une entreprise pilote pour réaliser une partie des finitions. Vous livrez, vous facturez, mais aucune des autres entreprises ne veut payer, arguant qu'elles n'ont pas signé avec vous. L'arrêt de 1968 vous protège : si la pilote avait pouvoir de vous représenter, toutes les entreprises solidaires sont tenues.

Mais attention : ce pouvoir doit être établi. Le contrat de groupement doit clairement prévoir que la pilote peut agir « en toutes circonstances » pour le marché. C'est ce qu'a retenu la Cour de cassation dans l'affaire commentée aujourd'hui. Alors, comment sécuriser vos relations contractuelles ? Suivez le guide.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Nous sommes dans les années 1960. Un promoteur confie la construction d'un ensemble immobilier à quatre entreprises : Violamer et Cie, et trois autres sociétés. Elles signent un acte d'engagement indiquant qu'elles agissent « conjointement et solidairement » et désignent Violamer comme « pilote du groupement ». Le contrat précise que la pilote a pouvoir de représenter les autres « en toutes circonstances » pour le marché attribué.

Violamer, en tant que pilote, passe commande à un sous-traitant, la société X, pour divers travaux prévus au marché. Le sous-traitant est agréé par le maître d'ouvrage (le promoteur), comme le veut l'usage. Les travaux sont exécutés. Violamer remet au sous-traitant un effet de commerce (un chèque ou une traite) en paiement, mais l'effet est impayé. Le sous-traitant se retourne alors contre les trois autres entreprises du groupement pour obtenir le solde de sa facture.

Ces dernières refusent de payer. Leur argument : elles n'ont jamais signé le contrat de sous-traitance, elles n'ont pas donné mandat (autorisation) à Violamer pour les engager individuellement. Elles estiment que seule Violamer est débitrice. Le sous-traitant les assigne en justice (les poursuit) pour obtenir le paiement. La cour d'appel donne raison au sous-traitant : toutes les entreprises sont solidaires et doivent payer. Les trois entreprises se pourvoient en cassation. La Cour de cassation rejette leur pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. La décision est définitive.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le principe de la solidarité (obligation pour chaque co-débiteur de payer la totalité de la dette) et sur le mandat apparent (l'apparence du pouvoir donné à la pilote). En l'espèce, le contrat de groupement stipulait que la pilote représentait les autres « en toutes circonstances » pour le marché. Cela signifie que les trois entreprises avaient donné à Violamer un pouvoir général de les engager vis-à-vis des tiers, y compris les sous-traitants.

La Cour précise que, dès lors que le sous-traitant a été agréé par le maître d'ouvrage (étape obligatoire dans la construction), et que la pilote a agi dans le cadre de sa mission, les autres entreprises sont engagées. Peu importe qu'elles n'aient pas signé le contrat de sous-traitance : la solidarité et le mandat suffisent. Le fondement juridique est l'article 1202 (ancien) du Code civil, qui dispose que la solidarité ne se présume pas mais doit être expressément stipulée. Ici, elle l'était.

Les juges du fond (la cour d'appel) avaient également relevé que la pilote avait reçu un effet de règlement « en tant que pilote du groupement », ce qui démontrait que les autres entreprises étaient informées et avaient accepté ce mode de fonctionnement. La Cour de cassation valide ce raisonnement. Il n'y a pas de revirement : l'arrêt confirme une jurisprudence constante sur la portée de la solidarité dans les groupements d'entreprises.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur à Épernay et que vous confiez des travaux à un groupement d'entreprises, cette décision vous sécurise : vous pouvez traiter avec la seule entreprise pilote, et toutes les autres seront tenues solidairement. Par exemple, si le pilote disparaît, vous pouvez réclamer le paiement des pénalités de retard ou la réparation des malfaçons aux autres entreprises.

Si vous êtes sous-traitant (artisan, fournisseur), cet arrêt est une arme précieuse. Vous avez exécuté des travaux pour un montant de 15 000 € commandés par la pilote, mais les autres entreprises refusent de payer en invoquant l'absence de signature ? Saisissez le tribunal judiciaire : vous obtiendrez condamnation solidaire. Attention toutefois : vous devez prouver que la pilote avait pouvoir de les engager. Exigez une copie du contrat de groupement avant de commencer les travaux.

Pour les professionnels de l'immobilier (promoteurs, maîtres d'œuvre), cette décision rappelle l'importance de bien rédiger la clause de solidarité et de pouvoir de la pilote. Sans clause expresse, chaque entreprise pourrait n'être tenue que de sa propre part. Si vous êtes un acquéreur dans une copropriété en construction, sachez que le promoteur peut engager solidairement toutes les entreprises pour les désordres de chantier, même si seul l'une d'elles a causé le dommage.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez un contrat de groupement écrit et précis : avant de signer avec un groupement, demandez à voir l'acte qui désigne la pilote et qui précise l'étendue de son pouvoir. Vérifiez que la solidarité est expressément mentionnée (« conjointement et solidairement »).
  • Faites agréer votre sous-traitant par le maître d'ouvrage : si vous êtes sous-traitant, ne commencez aucun travail sans un agrément écrit du client final. Cela renforce votre droit au paiement contre toutes les entreprises.
  • Conservez tous les échanges avec la pilote : courriels, lettres, ordres de service. En cas de litige, ces documents prouveront que la pilote agissait pour le compte du groupement.
  • En cas d'impayé, agissez vite : la solidarité permet d'assigner toutes les entreprises en même temps. Mais attention aux délais de prescription (5 ans pour une action en paiement). À Épernay comme ailleurs, un référé provision (procédure d'urgence) peut obtenir une avance sur le montant dû.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1968 s'inscrit dans une lignée constante. La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que le mandat donné à l'entreprise pilote engage solidairement les co-traitants, même pour des actes non prévus au marché initial, dès lors qu'ils sont nécessaires à son exécution (Civ. 3e, 17 mars 2010, n°09-10.000). En revanche, si le contrat de groupement limite le pouvoir de la pilote à certains actes, les autres entreprises ne seront pas engagées au-delà.

La tendance récente est à la protection du sous-traitant : la loi Spinetta de 1975 impose au maître d'ouvrage de faire agréer le sous-traitant et d'exiger une caution (garantie de paiement). Mais la solidarité entre entreprises du groupement reste un filet de sécurité supplémentaire. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les tribunaux continuent d'interpréter largement le pouvoir de la pilote, surtout si le contrat ne le limite pas expressément.

Points clés à retenir

  • Solidarité expresse : le contrat doit mentionner « conjointement et solidairement » pour que toutes les entreprises soient tenues.
  • Pouvoir de la pilote : si le contrat lui donne pouvoir « en toutes circonstances » pour le marché, elle peut engager seule toutes les autres.
  • Agrément du sous-traitant : l'agrément par le maître d'ouvrage renforce l'engagement solidaire.
  • Action directe : le sous-traitant peut poursuivre directement chaque entreprise du groupement pour la totalité de sa créance.
  • Preuve : conservez tous les documents prouvant le mandat de la pilote et l'agrément.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un groupement solidaire d'entreprises ?

C'est un ensemble de plusieurs entreprises qui s'engagent ensemble pour un chantier, chacune étant responsable de la totalité des obligations. Si l'une ne paie pas, le client peut réclamer le tout à l'une des autres.

Puis-je poursuivre une seule entreprise du groupement pour une malfaçon commise par une autre ?

Oui, grâce à la solidarité. Vous pouvez assigner n'importe laquelle des entreprises pour la totalité des dommages, et elle devra se retourner contre les autres.

Quels délais pour agir en paiement contre le groupement ?

Vous avez 5 ans à compter de la date d'exigibilité de la créance (par exemple, la date de la facture impayée). Passé ce délai, l'action est prescrite.

Que faire si le contrat de groupement ne mentionne pas la solidarité ?

Sans clause expresse, chaque entreprise n'est tenue que de sa part. Vous devrez alors prouver un mandat apparent ou une faute personnelle pour les engager solidairement.

Le sous-traitant doit-il être agréé par toutes les entreprises ?

Non, l'agrément par le maître d'ouvrage suffit. Mais il est prudent d'obtenir aussi l'accord écrit du groupement via la pilote.

Informations juridiques

  • Numéro: 56-13.739
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 mai 1968

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Sedan : travaux de rénovation

Vous confiez la réfection de trois appartements à un groupement de quatre entreprises (plomberie, électricité, peinture, carrelage). La pilote (peinture) commande un sous-traitant pour la pose de carrelage. Le carrelage est mal posé. Vous pouvez réclamer la réparation à toutes les entreprises, même si la pilote a disparu.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous permet d'assigner les trois autres entreprises solidairement. Vous devez démontrer que le contrat de groupement prévoyait la solidarité et le pouvoir de la pilote. Conservez le contrat et les échanges.

2

Artisan sous-traitant à Épernay : impayé de 12 000 €

Vous êtes plombier, contacté par l'entreprise pilote d'un groupement pour une maison individuelle. Vous facturez 12 000 €. La pilote ne paie pas et les autres entreprises refusent, disant n'avoir pas signé avec vous.

Application pratique:

Vous pouvez les assigner toutes en paiement sur le fondement de l'arrêt de 1968. Avant d'agir, demandez copie du contrat de groupement pour vérifier la clause de solidarité. Si elle existe, vous gagnerez. Sinon, vous devrez prouver un mandat apparent.

3

Promoteur à Reims : chantier en retard

Vous êtes promoteur et le groupement d'entreprises livre le chantier avec 3 mois de retard. La clause pénale prévoit 100 € par jour de retard. L'entreprise pilote fait faillite.

Application pratique:

Vous pouvez réclamer la totalité des pénalités (9 000 €) aux autres entreprises solidaires. Vérifiez que le contrat de groupement prévoit bien la solidarité pour toutes les obligations, y compris les pénalités.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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