Illégalité d'un arrêté préfectoral : quand le juge judiciaire doit s'incliner
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Illégalité d'un arrêté préfectoral : quand le juge judiciaire doit s'incliner

📅 Décision du 16 febbraio 2012⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que si un tribunal administratif annule un arrêté préfectoral, le juge judiciaire ne peut plus l'appliquer. Une décision qui a des conséquences directes pour les commerçants et propriétaires, notamment en matière de fermeture hebdomadaire.

Décision de référence : cc • N° 10-27.943 • 2012-02-16 • Consulter la décision →

Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, un commerçant exploitant une grande surface se voit opposer des arrêtés préfectoraux de fermeture hebdomadaire. Après l'annulation de ces arrêtés par le juge administratif, un concurrent l'assigne en justice sur leur fondement. Le juge judiciaire peut-il encore le condamner ?

C'est exactement la question qu'a dû trancher la Cour de cassation dans son arrêt du 16 février 2012 (n° 10-27.943). Et sa réponse est sans appel : dès lors qu'un texte réglementaire est déclaré illégal par le juge administratif, le juge judiciaire ne peut plus l'appliquer. Une décision qui change la donne pour tous les acteurs économiques, des propriétaires de fonds de commerce aux bailleurs.

Mais qu'est-ce que ça change exactement dans votre quotidien ? Et comment réagir si vous êtes concerné par un arrêté similaire ? Plongeons dans cette affaire emblématique, venue du Nord.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Au début des années 2000, la société CSF France exploite un magasin à grande surface dans le Nord et le Pas-de-Calais. Comme beaucoup de commerces à l'époque, elle est soumise à des arrêtés préfectoraux de fermeture hebdomadaire : celui du 13 février 1968 pris par le préfet du Nord, et celui du 28 juin 2004 pris par le préfet du Pas-de-Calais. Ces textes, fondés sur l'article L. 3132-29 du code du travail, imposent une fermeture un jour fixe par semaine pour certains commerces de détail.

Sauf que, entre-temps, la donne change. Le 19 juillet 2007, le tribunal administratif de Lille annule la décision implicite de refus du préfet du Pas-de-Calais d'abroger l'arrêté de 1968. En clair, le juge administratif estime que cet arrêté n'est plus justifié car la majorité des commerçants concernés ne souhaitent plus cette fermeture. Puis, le 1er avril 2010, la cour administrative d'appel de Douai confirme cette logique, et le 12 juillet 2010, le préfet du Nord abroge son propre arrêté de 2004.

Mais voilà : malgré ces annulations, un concurrent de CSF France l'assigne en justice pour non-respect de la fermeture hebdomadaire, en se fondant sur les arrêtés pourtant abrogés. La cour d'appel condamne CSF France, estimant que l'abrogation n'a pas d'effet rétroactif. CSF France se pourvoit en cassation. La question centrale : le juge judiciaire peut-il appliquer un texte réglementaire que le juge administratif a déclaré illégal ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Son raisonnement est d'une clarté limpide : « Toute déclaration d'illégalité d'un texte réglementaire par le juge administratif s'impose au juge judiciaire qui ne peut faire application de ce texte. » En d'autres termes, lorsque le juge administratif (tribunal administratif ou cour administrative d'appel) annule un arrêté, cette annulation a une autorité absolue : le juge judiciaire (tribunal de commerce, cour d'appel, etc.) ne peut plus se fonder sur ce texte pour trancher un litige.

Ce principe repose sur la séparation des ordres juridictionnels en France. Le juge administratif est le gardien de la légalité des actes administratifs. S'il déclare un arrêté illégal, cet acte est réputé n'avoir jamais existé (annulation rétroactive) ou, à tout le moins, ne peut plus produire d'effets. Le juge judiciaire, qui applique le droit privé, doit en tenir compte. Autrement dit, on ne peut pas condamner quelqu'un sur la base d'un texte qui a été jugé contraire à la loi.

Ce que peu de gens savent, c'est que cette solution n'est pas nouvelle : elle découle de la jurisprudence « Société Maison Générale » (Conseil d'État, 2004). Mais ici, la Cour de cassation la réaffirme avec force. Les juges du fond (la cour d'appel) avaient commis une erreur en considérant que l'abrogation par le préfet ne faisait pas disparaître rétroactivement l'obligation. Or, la Cour de cassation rappelle que ce qui compte, c'est la déclaration d'illégalité par le juge administratif, qui a un effet immédiat sur le litige en cours.

Attention toutefois : l'arrêt ne dit pas que tout arrêté abrogé est automatiquement sans effet. Il précise que c'est la décision du juge administratif qui prive le texte de toute force obligatoire. Si l'abrogation est simplement administrative (sans contrôle juridictionnel), le juge judiciaire peut encore l'appliquer pour la période antérieure.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques immédiates, que vous soyez propriétaire d'un fonds de commerce, locataire gérant ou même propriétaire bailleur.

Pour le commerçant (propriétaire ou locataire-gérant) : Si vous êtes poursuivi pour non-respect d'un arrêté de fermeture, et que cet arrêté a été annulé par le juge administratif, vous pouvez opposer cette annulation au juge judiciaire. Par exemple, un supermarché pourrait se voir réclamer des dommages et intérêts pour ouverture le dimanche, alors que l'arrêté préfectoral correspondant a été annulé. Dans ce cas, le juge civil doit rejeter la demande.

Pour le propriétaire bailleur : Vous louez un local commercial à un commerçant qui respecte les horaires d'ouverture. Si un arrêté est annulé, votre locataire peut modifier ses horaires sans risquer une clause du bail qui exigerait le respect de la réglementation. Mais attention : si le bail impose des horaires spécifiques, l'annulation de l'arrêté ne libère pas le locataire de son engagement contractuel.

Pour l'acquéreur d'un fonds de commerce : Lors de l'acquisition, vérifiez si des arrêtés de fermeture sont en vigueur. Si l'un d'eux a été contesté devant le juge admini

Questions fréquentes

Que faire si un concurrent m'attaque en justice sur la base d'un arrêté préfectoral annulé ?

Vous devez immédiatement invoquer l'annulation de l'arrêté par le juge administratif. Produisez la décision d'annulation. Le juge judiciaire ne pourra pas vous condamner, car il ne peut appliquer un texte déclaré illégal.

Puis-je ouvrir mon commerce le dimanche si l'arrêté de fermeture a été annulé ?

Oui, à condition que l'annulation soit définitive (plus de recours possible) et que vous respectiez les autres règles (repos dominical des salariés, conventions collectives). Vérifiez aussi votre bail commercial : si une clause impose des horaires précis, elle reste applicable.

Quels délais pour agir après l'annulation d'un arrêté ?

Il n'y a pas de délai spécifique pour cesser d'appliquer l'arrêté : l'annulation produit effet immédiat. Mais pour éviter tout litige, adaptez vos horaires dès que la décision est notifiée. Si vous avez été condamné avant l'annulation, vous pouvez former un pourvoi en cassation dans les deux mois.

Un propriétaire bailleur peut-il imposer la fermeture hebdomadaire à son locataire malgré l'annulation de l'arrêté ?

Non, si la clause du bail se réfère à la réglementation. Mais si le bail fixe des horaires précis indépendamment de l'arrêté, le locataire doit les respecter. Il faut examiner le contrat.

Comment savoir si un arrêté préfectoral a été annulé ?

Consultez le site de la préfecture, ou celui du tribunal administratif. Vous pouvez aussi demander à un avocat de vérifier. En pratique, les annulations sont publiées sur les sites des juridictions administratives.

Informations juridiques

  • Numéro: 10-27.943
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 16 février 2012

Mots-clés

arrêté préfectoralfermeture hebdomadairejuge administratifjuge judiciaireCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Commerçant à Furiani poursuivi pour ouverture le dimanche

Un supermarché à Furiani est assigné par un concurrent pour ouverture le dimanche, sur la base d'un arrêté préfectoral de 2005. Or, cet arrêté a été annulé par le tribunal administratif de Bastia en 2011.

Application pratique:

Le commerçant doit produire le jugement d'annulation devant le tribunal de commerce. Le juge judiciaire doit rejeter la demande du concurrent. Il peut aussi demander des dommages et intérêts pour procédure abusive.

2

Propriétaire bailleur à Saint-Florent et clause de fermeture

Un propriétaire baille un local commercial à Saint-Florent. Le bail contient une clause obligeant le locataire à respecter les arrêtés de fermeture. L'arrêté local est annulé. Le locataire ouvre désormais le lundi.

Application pratique:

Le bailleur ne peut pas se prévaloir de l'arrêté annulé pour réclamer des pénalités. Toutefois, si le bail fixe des horaires précis (ex : fermeture le lundi), le locataire doit les respecter. Il faut vérifier la rédaction de la clause.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce et arrêté contesté

Un acquéreur achète un fonds de commerce à Bastia. L'arrêté de fermeture hebdomadaire est contesté devant le tribunal administratif. L'acquéreur craint que l'annulation ne réduise la valeur du fonds.

Application pratique:

L'acquéreur doit inclure une condition suspensive dans l'acte de vente, liée à l'issue du recours. Si l'arrêté est annulé, le fonds peut valoir plus (plus de liberté d'ouverture). Si maintenu, le prix peut être révisé. Un avocat peut négocier ces clauses.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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