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Indemnité d'éviction : le délai pour exercer le droit de repentir ne court qu'après notification de la date du prononcé
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Indemnité d'éviction : le délai pour exercer le droit de repentir ne court qu'après notification de la date du prononcé

📅 Décision du 13 juin 2001⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que le délai de 15 jours pour exercer le droit de repentir après fixation de l'indemnité d'éviction ne court qu'à compter de la date à laquelle les parties ont eu connaissance de la décision. L'accomplissement de la formalité par laquelle le président indique la date du prononcé doit être mentionné expressément.

Décision de référence : cc • N° 99-18.073 • 2001-06-13 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Valognes, loué à un fleuriste. Le bail touche à sa fin, vous refusez le renouvellement. Le locataire réclame une indemnité d'éviction (la somme due par le bailleur qui ne renouvelle pas le bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial). La cour d'appel de Caen fixe cette indemnité à 50 000 €. Vous avez alors 15 jours pour vous raviser et renoncer à l'éviction en payant cette somme. Mais si vous n'avez pas été informé de la date exacte du prononcé de l'arrêt, ces 15 jours n'ont pas commencé à courir. C'est exactement ce qu'a tranché la Cour de cassation dans cet arrêt du 13 juin 2001.

Cette décision, qui concerne l'article 32 du décret du 30 septembre 1953 (devenu l'article L. 145-58 du Code de commerce), répond à une question pratique : à partir de quand court le délai pour exercer le droit de repentir ? Pour les propriétaires bailleurs, c'est une question cruciale : une erreur de calendrier peut coûter des milliers d'euros.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Dans cet article, je vais vous raconter l'histoire derrière cet arrêt, vous expliquer le raisonnement des juges, et vous donner des conseils concrets pour éviter ce type de litige. Que vous soyez propriétaire à Coutances, locataire à Valognes, ou professionnel de l'immobilier, cette décision vous concerne.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Valognes, donne à bail à M. Y, commerçant. En 1993, le bailleur refuse le renouvellement du bail. Conformément à la loi, le locataire saisit le tribunal pour faire fixer l'indemnité d'éviction (la somme que le propriétaire doit lui verser s'il ne renouvelle pas le bail). Le 23 mai 1995, la cour d'appel de Caen rend un arrêt fixant cette indemnité à une certaine somme.

Le problème : la cour d'appel a rendu son arrêt le 23 mai, mais le propriétaire n'a pas été informé de cette date. Il l'apprend plus tard, et exerce alors son droit de repentir (c'est-à-dire qu'il décide finalement de payer l'indemnité pour garder son local libre). Mais le locataire conteste : selon lui, le délai de 15 jours pour exercer ce droit était déjà expiré.

undefined le propriétaire avait-il encore le droit de se racheter ? La cour d'appel de Caen lui avait donné raison, mais le locataire a formé un pourvoi en cassation. L'affaire remonte donc jusqu'à la Cour de cassation, qui doit trancher : à partir de quand court le délai de 15 jours ?

undefined : dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont perdu leur droit de repentir pour avoir agi un jour trop tard. Ici, l'enjeu était exactement celui-là.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 32 du décret du 30 septembre 1953 (devenu l'article L. 145-58 du Code de commerce). Ce texte prévoit que le bailleur peut, dans les 15 jours suivant la décision fixant l'indemnité d'éviction, renoncer à l'éviction en payant cette indemnité. Mais la question était : ces 15 jours commencent-ils à courir dès le prononcé de la décision, ou seulement à partir du moment où les parties en ont connaissance ?

Les juges de la Cour de cassation répondent : « Pour que le délai de l'article 32 du décret du 30 septembre 1953, devenu l'article L. 145-58 du Code de commerce, puisse courir, il faut que les parties aient eu connaissance de la date à laquelle est rendue la décision fixant l'indemnité d'éviction. » undefined, ce n'est pas la date du prononcé qui importe, mais la date à laquelle les parties apprennent cette décision.

Attention toutefois : la Cour ajoute une condition supplémentaire. Elle précise que « l'accomplissement de la formalité par laquelle le président de la juridiction indique aux parties la date du prononcé de la décision doit faire l'objet d'une mention expresse et ne peut être présumé. » Concrètement, cela signifie que le greffe doit prouver que les parties ont été informées. Si cette information n'est pas expressément mentionnée dans le dossier, le délai ne court pas.

En l'espèce, la cour d'appel avait constaté que le propriétaire n'avait pas reçu notification de la date du prononcé de l'arrêt du 23 mai 1995. Elle en avait déduit que le délai n'avait pas commencé à courir, et donc que le droit de repentir avait été exercé à temps. La Cour de cassation approuve ce raisonnement et rejette le pourvoi.

Cette décision confirme une jurisprudence protectrice du bailleur, mais elle est aussi logique : comment respecter un délai si on ignore quand il commence ?

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : vous pouvez désormais être rassuré. Si vous n'avez pas été informé expressément de la date de la décision, vous ne pouvez pas être forclos. Mais attention : dès que vous avez connaissance de la décision (par exemple par la notification de l'avocat adverse), le délai court. Ne tardez pas à agir.

Pour le locataire commerçant : cette décision vous est moins favorable. Vous ne pouvez pas opposer au propriétaire un délai qui n'a pas été régulièrement notifié. Si vous souhaitez que le délai coure, vous devez vous assurer que la décision a été portée à la connaissance du bailleur de manière certaine.

Exemple concret : à Coutances, un propriétaire a vu son droit de repentir contesté parce qu'il avait agi 20 jours après le prononcé d'un arrêt. Mais comme il n'avait pas reçu notification de la date, la cour d'appel a validé son repentir. Sans cet arrêt de la Cour de cassation, il aurait perdu.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier deux choses : la date à laquelle la décision a été portée à votre connaissance, et l'existence d'une mention expresse de cette notification dans le dossier. En cas de doute, agissez rapidement dès que vous avez connaissance de la décision.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n°1 : exigez une notification écrite de la date du prononcé. Lorsqu'un jugement ou un arrêt est mis en délibéré, demandez au greffe ou à votre avocat de vous communiquer par écrit la date à laquelle la décision sera rendue. Conservez cette information.
  • Conseil n°2 : ne présumez jamais du délai. Ne comptez pas les 15 jours à partir de la date que vous croyez être celle du prononcé. Attendez d'avoir une certitude, par exemple la réception d'une copie de la décision ou un courrier du greffe.
  • Conseil n°3 : en cas d'appel, anticipez. Dès que l'arrêt est rendu, préparez votre décision de repentir ou de non-repentir. Si vous hésitez, consultez un avocat spécialisé en droit commercial.
  • Conseil n°4 : faites constater la notification. Si vous êtes le locataire, et que vous voulez que le délai coure, demandez au greffe de notifier la décision au bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception. Conservez la preuve de cette notification.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt du 13 juin 2001 s'inscrit dans une série de décisions protectrices du bailleur. Par exemple, la Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 17 janvier 1984, que le délai de l'article 32 ne court qu'à compter de la signification de la décision (Civ. 3e, 17 janv. 1984, n°82-15.693). Ici, elle va plus loin en exigeant une mention expresse de la formalité.

Plus récemment, la Cour de cassation a rappelé que le droit de repentir peut être exercé jusqu'à la date de la cession du droit au bail, même après l'expiration du délai, si le bailleur n'a pas été informé (Civ. 3e, 22 mars 2018, n°17-12.471). La tendance est donc claire : les juges protègent le bailleur contre une forclusion involontaire.

Pour l'avenir, cette jurisprudence pourrait être renforcée par les exigences de la procédure civile en matière de notification. Les tribunaux devront veiller à ce que la mention de la date du prononcé soit systématiquement portée au dossier.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ

Quel est le délai pour exercer le droit de repentir après fixation de l'indemnité d'éviction ? 15 jours à compter de la date à laquelle les parties ont eu connaissance de la décision fixant l'indemnité.

Que faire si je n'ai pas été informé de la date du prononcé ? Le délai ne court pas. Vous pouvez exercer votre repentir dès que vous avez connaissance de la décision, même plusieurs mois après.

Le locataire peut-il contester mon repentir si j'ai dépassé les 15 jours à compter du prononcé ? Oui, mais vous pourrez vous défendre en prouvant que vous n'avez pas été informé de la date. La charge de la preuve de la notification incombe à celui qui invoque le délai (souvent le locataire).

Quelles sont les conséquences si le délai est dépassé ? Vous perdez définitivement le droit de conserver le local en payant l'indemnité. Vous devrez libérer les lieux et verser l'indemnité d'éviction fixée.

Dois-je consulter un avocat ? Oui, dès que vous avez connaissance d'une procédure d'éviction. Un avocat spécialisé vous aidera à respecter les délais et à exercer vos droits.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quel est le délai pour exercer le droit de repentir après fixation de l'indemnité d'éviction ?

Le délai est de 15 jours à compter de la date à laquelle les parties ont eu connaissance de la décision fixant l'indemnité. Ce n'est pas automatiquement le jour du prononcé de la décision.

Que faire si je n'ai pas été informé de la date du prononcé de la décision ?

Le délai ne court pas. Vous pouvez exercer votre droit de repentir dès que vous avez connaissance de la décision, même plusieurs mois après. Conservez toute preuve de l'absence de notification.

Le locataire peut-il contester mon repentir si j'ai dépassé les 15 jours à compter du prononcé ?

Oui, mais vous pourrez vous défendre en prouvant que vous n'avez pas été informé de la date. La charge de la preuve de la notification incombe à celui qui invoque le délai (souvent le locataire).

Quelles sont les conséquences si le délai est dépassé ?

Vous perdez définitivement le droit de conserver le local en payant l'indemnité d'éviction. Vous devrez libérer les lieux et verser l'indemnité fixée par la décision.

Dois-je consulter un avocat pour une question d'indemnité d'éviction ?

Oui, dès que vous avez connaissance d'une procédure d'éviction. Un avocat spécialisé vous aidera à respecter les délais et à exercer vos droits. La consultation peut vous éviter des erreurs coûteuses.

Informations juridiques

  • Numéro: 99-18.073
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 juin 2001

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Valognes : droit de repentir contesté

M. X, propriétaire d'un local commercial à Valognes, refuse le renouvellement du bail. La cour d'appel fixe l'indemnité d'éviction à 50 000 €. Il exerce son repentir 20 jours après le prononcé, mais le locataire conteste.

Application pratique:

M. X peut invoquer l'absence de notification de la date du prononcé. Si le greffe n'a pas mentionné expressément l'information, le délai n'a pas couru. Il doit fournir la preuve qu'il n'a pas été informé. La jurisprudence de 2001 le protège.

2

Locataire commerçant à Coutances : forclusion du bailleur

Mme Y, locataire à Coutances, obtient une indemnité d'éviction de 30 000 €. Le bailleur n'exerce pas son repentir dans les 15 jours suivant le prononcé, mais prétend ne pas avoir été informé.

Application pratique:

Mme Y doit démontrer que le bailleur a été informé de la date du prononcé, par exemple par un courrier du greffe ou un avis d'audience. Si elle ne peut pas prouver la notification, le bailleur pourra encore exercer son repentir.

3

Acquéreur d'un local commercial : vérification des délais

M. Z achète un local commercial à Valognes. Le précédent propriétaire était en litige avec le locataire pour éviction. L'indemnité a été fixée par un arrêt non notifié.

Application pratique:

Avant d'acquérir, M. Z doit vérifier si le droit de repentir a été exercé ou non. Si le délai n'a pas couru, l'ancien propriétaire peut encore se repentir, ce qui affecte la valeur du bien. Il doit demander une attestation du greffe sur la notification.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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