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Indemnité d'éviction : le délai de prescription ne court qu'après reconnaissance du droit
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Indemnité d'éviction : le délai de prescription ne court qu'après reconnaissance du droit

📅 Décision du 23 mars 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation précise que le délai de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation due au locataire commercial ne commence à courir qu'à partir du moment où le droit à indemnité d'éviction est définitivement reconnu, et non dès la date du congé. Une décision clé pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 10-13.898 • 2011-03-23 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Montauban, place Nationale. Vous donnez congé à votre locataire pour reprendre les lieux. Le locataire conteste, et s'engage une procédure qui dure des années. Finalement, le juge reconnaît son droit à une indemnité d'éviction (la somme due par le bailleur pour compenser la perte du fonds de commerce). Mais vous devez aussi payer une indemnité d'occupation (le loyer majoré que le locataire vous doit tant qu'il reste dans les lieux après le congé). À partir de quand le délai pour réclamer cette indemnité d'occupation commence-t-il ?

Cette question, la Cour de cassation y répond dans un arrêt du 23 mars 2011 (n° 10-13.898). Elle dit que le délai de prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation ne peut commencer à courir avant le jour où le droit du locataire à une indemnité d'éviction est définitivement reconnu. undefined, tant que le bailleur conteste ce droit, le locataire n'est pas obligé de réclamer l'indemnité d'occupation sous peine de forclusion.

Ce qui peu de gens savent, c'est que cette règle protège le locataire contre une prescription trop rapide, mais qu'elle peut aussi piéger le propriétaire qui néglige de faire reconnaître le droit à indemnité d'éviction. Décryptons ensemble cette décision, ses faits, son raisonnement et ses conséquences pratiques.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Beaumont-de-Lomagne, donne congé à sa locataire, la société Actua Immobilier, pour vendre le bien. La locataire conteste le congé et assigne le bailleur en justice pour faire reconnaître son droit à une indemnité d'éviction et en obtenir le paiement. La procédure suit son cours : le 10 octobre 2002, le bailleur dépose des conclusions par lesquelles il accepte le principe d'une indemnité d'éviction. La locataire, de son côté, demande alors le paiement d'une indemnité d'occupation pour la période postérieure au congé.

Le tribunal de grande instance de Montauban, puis la cour d'appel de Toulouse, sont saisis. La question centrale : le délai de prescription (à l'époque 5 ans) pour réclamer l'indemnité d'occupation a-t-il commencé à courir dès le congé, ou seulement à partir du jour où le bailleur a reconnu le droit à indemnité d'éviction ?

Les juges du fond ont estimé que le délai courait depuis le congé, et que la demande d'indemnité d'occupation était donc prescrite. Mais la locataire se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel : elle considère que le délai ne peut courir avant la reconnaissance définitive du droit à indemnité d'éviction. En l'espèce, le bailleur a reconnu ce droit le 10 octobre 2002, et la demande d'indemnité d'occupation a été formée dans les 5 ans, donc recevable.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation se fonde sur l'article L. 145-28 du Code de commerce (le texte qui régit l'indemnité d'éviction du locataire commercial) et l'article 2224 du Code civil (qui fixe le délai de prescription à 5 ans en matière personnelle ou mobilière). Elle rappelle que l'indemnité d'occupation est la contrepartie de l'occupation des lieux après le congé, et qu'elle est due tant que le locataire n'a pas perçu son indemnité d'éviction. Mais le point de départ du délai pour réclamer cette indemnité d'occupation n'est pas la date du congé, car à ce moment-là, le droit à indemnité d'éviction n'est pas encore certain.

undefined le locataire ne peut pas agir en paiement de l'indemnité d'occupation tant qu'il n'est pas assuré d'obtenir une indemnité d'éviction. Or, tant que le bailleur conteste ce droit, le locataire est dans l'incertitude. Ce n'est que lorsque le droit à indemnité d'éviction est définitivement reconnu (par un jugement passé en force de chose jugée, ou par un accord des parties) que le locataire peut réclamer l'indemnité d'occupation. C'est à cette date que le délai de prescription commence.

Attention toutefois : la reconnaissance du droit à indemnité d'éviction peut résulter d'une simple acceptation du bailleur dans ses conclusions, comme en l'espèce. Mais encore faut-il que cette reconnaissance soit claire et non équivoque. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le bailleur acceptait le principe mais contestait le montant, ce qui suffit à faire courir le délai.

Cet arrêt confirme une jurisprudence antérieure (Civ. 3e, 18 mai 2005, n° 04-10.233) et l'étend. Il s'agit d'une solution protectrice pour le locataire, mais qui impose au bailleur une vigilance : s'il reconnaît trop tôt le droit à indemnité d'éviction, il déclenche le délai de prescription de l'indemnité d'occupation à son détriment.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le locataire commercial : Vous pouvez réclamer l'indemnité d'occupation pour toute la période postérieure au congé, même si plusieurs années se sont écoulées, tant que le droit à indemnité d'éviction n'a pas été reconnu. Exemple : à Beaumont-de-Lomagne, un locataire a reçu congé en 2015, le bailleur a contesté le droit à indemnité jusqu'en 2020 (date d'un jugement). Il pourra réclamer l'indemnité d'occupation de 2015 à 2020, sans risque de prescription, à condition d'agir dans les 5 ans suivant la reconnaissance définitive.

Pour le propriétaire bailleur : Méfiez-vous ! Si vous reconnaissez le droit à indemnité d'éviction dans vos conclusions, vous ouvrez une fenêtre de 5 ans au locataire pour réclamer l'indemnité d'occupation. Mieux vaut donc contester le principe jusqu'au bout si vous estimez que le locataire n'y a pas droit. Sinon, vous risquez de devoir payer une indemnité d'occupation pour une longue période.

Pour l'acquéreur d'un local : Si vous achetez un local avec un locataire en place, vérifiez si un congé a été donné et si le droit à indemnité d'éviction a été reconnu. Vous pourriez hériter de l'obligation de payer l'indemnité d'occupation.

Pour le copropriétaire : Si le local est en copropriété, le syndic doit être informé de toute procédure, car l'indemnité d'occupation peut impacter les charges.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites rédiger votre congé par un avocat avocat en baux commerciaux à Montauban ou ailleurs. Un congé mal rédigé peut être contesté et retarder la reconnaissance du droit à indemnité d'éviction.
  • Négociez un accord amiable sur le principe de l'indemnité d'éviction dès que possible. Cela fixe un point de départ clair pour le délai de prescription de l'indemnité d'occupation.
  • Si vous êtes locataire, ne tardez pas à agir : une fois le droit à indemnité reconnu, vous avez 5 ans pour réclamer l'indemnité d'occupation. Ne laissez pas passer ce délai.
  • Conservez toutes les pièces : congé, conclusions, jugements. La preuve de la date de reconnaissance du droit à indemnité est cruciale.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 18 mai 2005 (n° 04-10.233), que le délai de prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation court à compter de la décision définitive reconnaissant le droit à indemnité d'éviction. L'arrêt de 2011 confirme et précise cette solution. Depuis, la tendance des tribunaux est constante : le point de départ est la date de la reconnaissance définitive, qu'elle soit judiciaire ou conventionnelle.

Ce que l'avenir pourrait apporter : avec la réforme de la prescription (loi du 17 juin 2008), le délai est passé de 30 à 5 ans. Il est donc essentiel d'agir rapidement. La jurisprudence est désormais bien établie, mais chaque cas est particulier. Si le bailleur conteste le droit à indemnité jusqu'en appel, le délai ne commence qu'après l'arrêt définitif.

En pratique : ce qu'il faut faire

Checklist pour le locataire qui souhaite réclamer une indemnité d'occupation :

  1. Vérifiez si le congé a été donné et si le droit à indemnité d'éviction a été reconnu (par jugement ou accord).
  2. Notez la date de cette reconnaissance : c'est le point de départ du délai de 5 ans.
  3. Calculez le montant de l'indemnité d'occupation due (généralement égal au loyer, parfois majoré).
  4. Adressez une mise en demeure au bailleur, puis assignez-le en justice si nécessaire.
  5. Consultez un avocat spécialisé pour éviter toute erreur de procédure.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

À partir de quand court le délai pour réclamer l'indemnité d'occupation ?

Le délai de 5 ans commence à courir à la date où le droit à indemnité d'éviction est définitivement reconnu, soit par un jugement passé en force de chose jugée, soit par un accord des parties (par exemple, des conclusions acceptant le principe).

Que faire si le bailleur conteste le droit à indemnité d'éviction ?

Tant que le bailleur conteste, le délai de prescription de l'indemnité d'occupation ne court pas. Vous pouvez donc attendre la fin de la procédure pour réclamer l'indemnité d'occupation, mais attention à ne pas tarder après la reconnaissance définitive.

Quel est le montant de l'indemnité d'occupation ?

L'indemnité d'occupation est généralement égale au loyer contractuel, parfois majoré (par exemple 20 à 50 %). Le juge fixe le montant en fonction de la valeur locative des lieux.

Puis-je réclamer l'indemnité d'occupation pour toute la période après le congé ?

Oui, dès lors que le droit à indemnité d'éviction est reconnu, vous pouvez réclamer l'indemnité d'occupation pour toute la période postérieure au congé, sans limite de temps, tant que vous agissez dans les 5 ans suivant la reconnaissance.

Que risque le propriétaire qui ne paie pas l'indemnité d'occupation ?

Le locataire peut l'assigner en justice pour obtenir le paiement, avec intérêts et frais. En cas de résistance abusive, des dommages et intérêts peuvent s'ajouter.

Informations juridiques

  • Numéro: 10-13.898
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 23 mars 2011

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Locataire commercial à Montauban : réclamer l'indemnité d'occupation après 4 ans

Un locataire a reçu congé en 2018. Le bailleur a contesté le droit à indemnité d'éviction jusqu'en 2022 (jugement définitif). Le locataire réclame l'indemnité d'occupation pour 2018-2022 en 2023 : la demande est recevable car le délai a commencé en 2022.

Application pratique:

Le locataire doit prouver la date de reconnaissance définitive du droit à indemnité d'éviction (jugement ou accord). Il peut alors réclamer l'indemnité d'occupation pour toute la période d'occupation postérieure au congé, sans prescription.

2

Propriétaire à Beaumont-de-Lomagne : éviter de payer une indemnité d'occupation trop élevée

Un propriétaire reconnaît le droit à indemnité d'éviction dans ses conclusions en 2020. Le locataire attend 2025 pour réclamer l'indemnité d'occupation de 2015 à 2025. La demande est prescrite pour les années 2015-2020, mais recevable pour 2020-2025.

Application pratique:

Le propriétaire doit être conscient que la reconnaissance du droit déclenche le délai de prescription. Pour limiter son risque, il peut négocier un accord global incluant l'indemnité d'occupation dès la reconnaissance.

3

Acquéreur d'un local commercial à Montauban : vérifier les dettes d'indemnité d'occupation

Un acquéreur achète un local avec un locataire en place. Le précédent propriétaire avait reconnu le droit à indemnité d'éviction en 2019. En 2024, le locataire réclame l'indemnité d'occupation à l'acquéreur.

Application pratique:

L'acquéreur doit, avant l'achat, demander au vendeur un état des lieux de la procédure et exiger une garantie sur les dettes d'indemnité d'occupation. Une clause dans l'acte de vente peut le protéger.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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