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Indemnité d'éviction : point de départ de la prescription fixé par la Cour de cassation
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Indemnité d'éviction : point de départ de la prescription fixé par la Cour de cassation

📅 Décision du 10 décembre 1997⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que le délai de prescription de l'action en paiement d'une indemnité d'occupation court à compter de l'offre d'indemnité d'éviction dans le congé, lorsque le bailleur ne conteste pas le droit du locataire à cette indemnité. Une décision clé pour propriétaires et locataires commerciaux.

Décision de référence : cc • N° 96-13.373 • 1997-12-10 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Pont-à-Mousson, et vous donnez congé à votre locataire en lui proposant une indemnité d'éviction (la somme due pour le dédommager de perdre son fonds de commerce). Le locataire reste dans les lieux sans payer d'indemnité d'occupation (une compensation pour l'usage du local après la fin du bail). Des années passent, et vous réclamez soudainement des arriérés. Mais jusqu'à quand pouvez-vous le faire ? C'est toute la question posée par cette décision de la Cour de cassation du 10 décembre 1997.

undefined les juges ont tranché : le point de départ de la prescription (le délai au-delà duquel on ne peut plus agir en justice) de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation est fixé à la date d'effet du congé, lorsque le bailleur a offert une indemnité d'éviction et n'a jamais contesté le droit du locataire à en bénéficier. undefined, si vous reconnaissez que votre locataire a droit à une indemnité d'éviction, vous ne pouvez pas attendre des années pour réclamer les indemnités d'occupation. Cette décision, qui semble technique, a des conséquences pratiques immenses pour les propriétaires et les locataires de baux commerciaux.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, que vous soyez à Toul ou ailleurs ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Pont-à-Mousson, donne congé à son locataire, M. Y, en lui offrant une indemnité d'éviction (la compensation légale due au locataire évincé pour la perte de son fonds de commerce). Le congé prend effet à une certaine date, mais M. Y reste dans les lieux sans payer d'indemnité d'occupation (la somme due pour l'usage du local après la fin du bail). Pendant plusieurs années, M. X ne réclame rien. Puis, soudain, il assigne M. Y en paiement des indemnités d'occupation pour toute la période écoulée. M. Y oppose la prescription : selon lui, l'action est tardive car le délai a commencé à courir dès le congé.

Le tribunal, puis la cour d'appel, donnent raison à M. Y : ils fixent le point de départ de la prescription à la date d'effet du congé, estimant que M. X, en offrant l'indemnité d'éviction, a reconnu le droit de M. Y à cette indemnité, et qu'il ne peut plus revenir en arrière. M. X se pourvoit en cassation, arguant que l'offre d'indemnité d'éviction dans le congé n'est que provisoire (elle peut être révisée) et que la prescription ne peut courir tant que le droit à indemnité n'est pas définitivement établi.

La Cour de cassation rejette son pourvoi. Elle retient que la cour d'appel a justifié sa décision en relevant que M. X avait offert une indemnité d'éviction et n'avait jamais contesté par la suite le droit du locataire à en bénéficier. Dès lors, le point de départ de la prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation est bien la date d'effet du congé. undefined, c'est que cette décision repose sur une logique simple : si le bailleur reconnaît le droit à indemnité d'éviction, il ne peut pas faire traîner les choses pour réclamer des indemnités d'occupation plusieurs années après.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre, il faut revenir au cadre légal. Les articles 20 et 33 du décret du 30 septembre 1953 (aujourd'hui codifiés dans le Code de commerce, notamment l'article L.145-28) régissent le droit à indemnité d'éviction du locataire commercial. Lorsque le bailleur donne congé sans motif grave, le locataire a droit à une indemnité d'éviction, sauf exceptions. Le bailleur peut offrir cette indemnité dans le congé, mais cette offre est provisoire : elle peut être révisée judiciairement.

Dans cette affaire, la Cour de cassation (la plus haute juridiction française) a validé le raisonnement de la cour d'appel de Nancy. Les juges du fond avaient relevé que M. X (le bailleur) avait offert une indemnité d'éviction dans le congé et qu'il n'avait à aucun moment par la suite contesté le droit du locataire à cette indemnité. Dès lors, le point de départ de la prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'occupation (qui est due à compter de la fin du bail) devait être fixé à la date d'effet du congé.

Ce raisonnement s'appuie sur l'article 1240 du Code civil (responsabilité extracontractuelle) pour l'indemnité d'occupation, mais aussi sur le principe de l'estoppel (on ne peut pas se contredire au détriment d'autrui) implicite dans le droit français. undefined si vous reconnaissez que votre locataire a droit à une indemnité d'éviction, vous ne pouvez pas attendre des années pour réclamer les indemnités d'occupation sans que la prescription ne joue.

Attention toutefois : cette décision ne signifie pas que la prescription court systématiquement dès le congé. Elle précise que c'est le cas lorsque le bailleur a offert l'indemnité d'éviction et n'a pas contesté le droit du locataire. Si le bailleur conteste ce droit (par exemple, en refusant l'indemnité), le point de départ pourrait être différent. undefined, j'ai rencontré des dossiers où la prescription était un vrai casse-tête, car les parties ne savaient pas quand le délai avait commencé.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : si vous donnez congé à votre locataire commercial en offrant une indemnité d'éviction, vous devez être vigilant. Dès la date d'effet du congé, le délai de prescription pour réclamer les indemnités d'occupation commence à courir. En général, ce délai est de 5 ans (prescription de droit commun, article 2224 du Code civil). Si vous attendez trop, vous risquez de perdre votre droit à réclamer des sommes parfois considérables. Par exemple, à Toul, un local commercial de 100 m² peut générer une indemnité d'occupation de 1 500 € par mois. Attendre 6 ans, c'est potentiellement 90 000 € perdus.

Pour les locataires : si votre bailleur vous a offert une indemnité d'éviction et que vous restez dans les lieux, sachez que le bailleur ne pourra pas réclamer des indemnités d'occupation au-delà de 5 ans après la date d'effet du congé. C'est une protection importante. Toutefois, si le bailleur conteste votre droit à indemnité, la prescription peut être suspendue ou repoussée. Dans ce cas, il faut consulter un avocat rapidement.

Pour les acquéreurs d'un local commercial : si vous rachetez un bien avec un locataire en place, vérifiez si un congé a été donné et si une indemnité d'éviction a été offerte. Les délais de prescription peuvent impacter la valeur du bien. Un exemple chiffré : à Pont-à-Mousson, un local avec un litige de prescription peut perdre 20 % de sa valeur.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir vite. Ne laissez pas passer les années sans réclamer ce qui vous est dû, ou sans faire valoir vos droits. Un simple courrier recommandé peut interrompre la prescription (article 2244 du Code civil). Mais attention : une simple lettre ne suffit pas toujours, il faut une action en justice ou un acte d'huissier.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n°1 : Agissez dès le congé. Dès que vous donnez congé à votre locataire, fixez clairement la date d'effet et, si vous offrez une indemnité d'éviction, précisez que celle-ci est provisoire. Mais surtout, n'attendez pas pour réclamer les indemnités d'occupation. Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée dans les semaines qui suivent le départ du locataire.
  • Conseil n°2 : Faites constater l'absence de contestation. Si vous reconnaissez le droit du locataire à l'indemnité d'éviction, formalisez-le par écrit. Cela évitera toute ambiguïté sur le point de départ de la prescription. À l'inverse, si vous contestez ce droit, faites-le savoir immédiatement.
  • Conseil n°3 : Suivez les délais de prescription. Notez la date d'effet du congé dans votre calendrier et programmez une action en justice avant l'expiration du délai de 5 ans (ou 2 ans pour certains baux). Un simple oubli peut vous coûter cher.
  • Conseil n°4 : Consultez un avocat spécialisé. Chaque dossier est unique. Un avocat vous aidera à déterminer le point de départ exact de la prescription et les actions à entreprendre. À Nancy, par exemple, les tribunaux ont une jurisprudence locale qu'il faut connaître.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1997 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. On peut citer l'arrêt du 3 avril 1996 (n°94-16.782) qui avait déjà fixé le point de départ de la prescription de l'indemnité d'occupation à la date de l'assignation en fixation de l'indemnité d'éviction, lorsque le bailleur conteste le droit à indemnité. La décision de 1997 va plus loin en l'absence de contestation.

Plus récemment, la Cour de cassation a précisé que la prescription de l'indemnité d'occupation court à compter de chaque échéance (pour les paiements périodiques) ou à compter du fait générateur (pour l'indemnité globale). Voir par exemple l'arrêt du 15 septembre 2010 (n°09-12.007). La tendance est donc à la protection du locataire contre des réclamations tardives du bailleur.

Pour l'avenir, il est possible que la jurisprudence évolue vers une prescription plus courte (2 ans) pour les indemnités d'occupation, comme c'est déjà le cas pour les loyers. Mais pour l'instant, le délai de 5 ans reste la règle.

Points clés à retenir

  • Quand court la prescription ? À la date d'effet du congé, si le bailleur a offert une indemnité d'éviction et ne l'a pas contestée.
  • Quel est le délai ? 5 ans (article 2224 du Code civil) à compter de cette date.
  • Que faire si le bailleur conteste ? La prescription peut être reportée à la date de la décision judiciaire fixant l'indemnité d'éviction.
  • Comment interrompre la prescription ? Par une assignation en justice, un commandement de payer ou une reconnaissance de dette.
  • Pourquoi c'est important ? Pour éviter de perdre des sommes importantes (par exemple, 60 000 € d'indemnités d'occupation impayées à Toul).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quand commence la prescription pour réclamer une indemnité d'occupation ?

La prescription (délai pour agir en justice) commence à la date d'effet du congé si le bailleur a offert une indemnité d'éviction dans le congé et n'a pas contesté le droit du locataire à cette indemnité.

Puis-je réclamer des indemnités d'occupation plusieurs années après le congé ?

Non, si le bailleur a reconnu le droit à indemnité d'éviction, l'action est prescrite (en général 5 ans) à compter de la date d'effet du congé. Passé ce délai, vous ne pouvez plus réclamer.

Quels sont les délais pour agir en justice pour une indemnité d'occupation ?

Le délai de prescription est de 5 ans (article 2224 du Code civil). Il court à compter de la date d'effet du congé si le droit à indemnité d'éviction est reconnu, sinon à compter de la fixation judiciaire de l'indemnité.

Que faire si mon bailleur ne m'a pas offert d'indemnité d'éviction ?

Dans ce cas, le point de départ de la prescription peut être différent. Il est conseillé de consulter un avocat pour déterminer la date exacte et éviter toute forclusion.

Comment interrompre la prescription ?

La prescription peut être interrompue par une assignation en justice, un commandement de payer, ou une reconnaissance de dette. Un simple courrier recommandé ne suffit pas toujours.

Informations juridiques

  • Numéro: 96-13.373
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 décembre 1997

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Pont-à-Mousson confronté à un locataire resté dans les lieux

M. Martin, propriétaire d'un local commercial à Pont-à-Mousson, a donné congé à son locataire en 2018 avec offre d'indemnité d'éviction. Le locataire est resté sans payer d'indemnité d'occupation. En 2024, M. Martin veut réclamer les 6 années d'arriérés, soit environ 72 000 €.

Application pratique:

Selon cette décision, la prescription a commencé à courir en 2018. En 2024, les sommes antérieures à 2019 sont prescrites. M. Martin ne peut réclamer que les indemnités d'occupation à compter de 2019, soit environ 48 000 €. Il doit agir rapidement pour ne pas perdre le reste.

2

Locataire à Toul bénéficiant d'une offre d'indemnité d'éviction

Mme Dubois, locataire d'un commerce à Toul, a reçu un congé avec offre d'indemnité d'éviction en 2019. Elle est restée dans les lieux sans payer d'indemnité d'occupation. En 2024, le bailleur lui réclame 5 années d'arriérés.

Application pratique:

Grâce à cette jurisprudence, Mme Dubois peut opposer la prescription pour les sommes antérieures à 2019. Le bailleur ne peut réclamer que les indemnités d'occupation à compter de la date du congé (2019) et dans la limite de 5 ans. Elle doit vérifier si le bailleur a contesté son droit à indemnité, car cela pourrait modifier le point de départ.

3

Acquéreur d'un local commercial à Nancy avec un litige en cours

M. Leroy achète un local commercial à Nancy en 2024. L'ancien propriétaire avait donné congé au locataire en 2017 avec offre d'indemnité d'éviction, mais n'a jamais réclamé les indemnités d'occupation. Le locataire est toujours dans les lieux.

Application pratique:

L'acquéreur doit savoir que la prescription est presque acquise pour les indemnités d'occupation antérieures à 2019. Il ne pourra réclamer que les sommes à compter de 2019. Il doit aussi vérifier si le droit à indemnité d'éviction a été contesté, car cela pourrait repousser la prescription. Il est conseillé de négocier une réduction du prix d'achat en conséquence.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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