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Indemnité d'éviction : qui paie les frais d'expertise après le refus de renouvellement ?
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Indemnité d'éviction : qui paie les frais d'expertise après le refus de renouvellement ?

📅 Décision du 16 septembre 2009⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation précise que les frais d'expertise engagés après l'exercice du droit d'option par le bailleur pour fixer l'indemnité d'éviction sont à la charge du locataire, et non du bailleur. Décryptage pratique pour les propriétaires et commerçants.

Décision de référence : cc • N° 08-15.741 • 2009-09-16 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Mont-de-Marsan. Votre locataire, un fleuriste installé depuis dix ans, vous annonce qu'il souhaite renouveler son bail. Mais vous avez d'autres projets – vendre le bien, y installer votre propre activité. Vous exercez votre droit d'option (le choix de refuser le renouvellement) et vous lui versez une indemnité d'éviction (la somme due pour le dédommager de son départ forcé). Problème : le montant de cette indemnité est contesté. Un expert est nommé pour l'évaluer. À qui incombent les frais de cette expertise ? À vous, bailleur, ou à lui, locataire ?

La question peut sembler technique, mais elle a des conséquences financières directes : une expertise coûte souvent plusieurs milliers d'euros. La Cour de cassation, dans un arrêt du 16 septembre 2009 (n° 08-15.741), a tranché : seuls les frais exposés avant l'exercice du droit d'option sont à la charge du bailleur. Ceux engagés après, notamment pour fixer l'indemnité d'éviction et l'indemnité d'occupation (loyer dû pendant la procédure), sont à la charge du locataire qui conteste.

Cette décision, rendue par la troisième chambre civile, est une pièce essentielle du puzzle des baux commerciaux. Elle rappelle que le droit d'option n'est pas une épée de Damoclès financière pour le bailleur, à condition de respecter les étapes. Voyons ensemble les faits, le raisonnement des juges et ce que cela change pour vous, que vous soyez propriétaire à Mimizan ou commerçant à Mont-de-Marsan.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Mont-de-Marsan, donne à bail un local à Mme Y, qui y exploite une boutique de vêtements. En 2005, Mme Y demande le renouvellement de son bail. M. X, qui souhaite reprendre le local pour y installer son fils, exerce son droit d'option : il refuse le renouvellement et, conformément à l'article L. 145-57 du Code de commerce, propose une indemnité d'éviction à Mme Y.

Mais la locataire conteste le montant proposé. Elle assigne M. X en justice pour faire fixer l'indemnité d'éviction et, dans l'attente, réclame une indemnité d'occupation (le loyer qu'elle doit continuer à payer pendant la procédure). Le tribunal ordonne une expertise pour évaluer ces montants. Les frais d'expertise s'élèvent à 4 500 €.

La question qui se pose alors : qui doit payer ces frais ? M. X, qui a refusé le renouvellement, ou Mme Y, qui a contesté le montant ? Le tribunal de première instance met les frais à la charge de M. X, estimant que le bailleur qui exerce son droit d'option doit supporter tous les frais liés à l'éviction. M. X fait appel. La cour d'appel confirme. Il se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle rappelle que l'article L. 145-57 du Code de commerce met à la charge du bailleur « les frais exposés avant l'exercice de son droit d'option ». Or, l'expertise ordonnée pour fixer l'indemnité d'éviction et l'indemnité d'occupation est postérieure à ce droit d'option. Ce sont donc des frais de procédure qui relèvent du sort des dépens (frais de justice) fixé par le juge, et non d'une charge automatique du bailleur.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cette décision, il faut revenir au texte de base : l'article L. 145-57 du Code de commerce. Ce texte prévoit que le bailleur qui refuse le renouvellement du bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial doit payer au locataire une indemnité d'éviction, destinée à réparer le préjudice subi (perte du fonds de commerce, frais de déménagement, etc.). Il ajoute que « les frais exposés par le locataire à l'occasion de l'exercice du droit d'option sont à la charge du bailleur ».

Mais que recouvre cette expression « frais exposés à l'occasion de l'exercice du droit d'option » ? S'agit-il de tous les frais liés à l'éviction, y compris ceux d'une expertise ultérieure ? Ou seulement des frais antérieurs au choix du bailleur ?

La Cour de cassation opte pour une interprétation stricte. Elle distingue deux phases :

  • La phase pré-option : avant que le bailleur n'exerce son droit d'option, le locataire peut engager des frais pour préparer sa demande de renouvellement, consulter un avocat, faire établir un état des lieux, etc. Ceux-ci sont bien à la charge du bailleur.
  • La phase post-option : après le refus de renouvellement, si le locataire conteste le montant de l'indemnité, une procédure judiciaire est nécessaire. Les frais de cette procédure (honoraires d'avocat, frais d'expertise) ne sont pas automatiquement à la charge du bailleur. Ils suivent le régime général des dépens (article 696 du Code de procédure civile) : c'est la partie qui perd qui les supporte, sauf décision contraire du juge.

undefined, la Cour considère que l'indemnité d'éviction est une créance (une somme due) dont le montant peut être discuté. Si le locataire refuse l'offre du bailleur et saisit le tribunal, c'est lui qui initie la procédure contentieuse. Les frais de cette procédure ne sont donc pas la conséquence directe du droit d'option, mais de la contestation.

Ce raisonnement s'inscrit dans une tendance jurisprudentielle constante : la Cour de cassation limite la portée de l'article L. 145-57 pour éviter que le bailleur ne soit tenu de financer indéfiniment les contestations du locataire. Elle rappelle que le droit d'option est un droit discrétionnaire du bailleur, mais que son exercice ne doit pas se transformer en une charge excessive.

Attention toutefois : la décision ne dit pas que le bailleur ne peut jamais être condamné aux frais d'expertise. Elle dit simplement que ce n'est pas automatique. Si le bailleur a proposé un montant dérisoire, le juge pourra estimer qu'il a abusé de son droit et le condamner aux dépens. Mais dans le cas normal, c'est le locataire contestataire qui paie.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques très concrètes, que vous soyez propriétaire ou locataire d'un local commercial.

Pour le propriétaire bailleur

Si vous êtes propriétaire à Mont-de-Marsan ou à Mimizan, et que vous envisagez de refuser le renouvellement du bail, vous devez savoir que les frais d'expertise postérieurs à votre refus ne sont pas nécessairement à votre charge. Cela sécurise votre position : vous pouvez proposer une indemnité d'éviction raisonnable, sans craindre de devoir financer une expertise coûteuse si le locataire conteste.

Exemple concret : vous possédez un local de 80 m² à Mimizan, loué à un restaurant. Vous souhaitez récupérer les lieux pour y installer une poissonnerie. Vous proposez une indemnité d'éviction de 30 000 €. Le locataire trouve ce montant insuffisant et saisit le tribunal. Le juge ordonne une expertise à 5 000 €. Dans ce cas, c'est le locataire qui paiera les 5 000 €, sauf si vous avez proposé un montant manifestement sous-évalué.

undefined : le droit d'option doit être exercé dans un certain délai (souvent 3 mois après la demande de renouvellement). Passé ce délai, le bail est reconduit tacitement. Il est donc crucial d'agir vite et de bien préparer votre offre.

Pour le locataire commerçant

Si vous êtes locataire, cette décision vous incite à la prudence. Contester le montant de l'indemnité d'éviction peut vous exposer à des frais d'expertise importants si vous perdez. Avant d'engager une procédure, faites évaluer votre dossier par un avocat spécialisé. Parfois, il est plus intéressant de négocier un montant acceptable que de risquer de payer des frais d'expertise qui viendront réduire votre indemnité nette.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où le locataire, sûr de son bon droit, a contesté une offre pourtant correcte. Résultat : 8 000 € de frais d'expertise à sa charge, et une indemnité finale à peine supérieure à l'offre initiale. Une mauvaise affaire.

Pour l'acquéreur du local

Si vous achetez un local commercial occupé, vérifiez si le bail est en cours ou si le propriétaire a déjà exercé son droit d'option. Dans ce dernier cas, le locataire est en droit de réclamer une indemnité d'éviction, et les frais d'expertise éventuels pourraient être à sa charge. Cela peut affecter la valeur du bien et vos négociations.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites une offre d'indemnité d'éviction réaliste : Avant d'exercer votre droit d'option, faites estimer la valeur du fonds de commerce par un expert. Une offre trop basse sera contestée et pourrait vous exposer à des frais d'expertise (même si la règle est favorable au bailleur, le juge peut vous les imputer si l'offre est abusive).
  • Respectez scrupuleusement les délais : Le droit d'option doit être exercé dans les 3 mois suivant la demande de renouvellement. Passé ce délai, vous êtes réputé avoir accepté le renouvellement. Un calendrier précis est essentiel.
  • Documentez tous les frais pré-option : Conservez les factures d'avocat, d'expert, etc., engagées avant votre refus. Ces frais sont à votre charge, mais vous pouvez les déduire de votre résultat fiscal. Ils ne sont pas perdus.
  • Négociez avant de contester : Si vous êtes locataire, tentez une négociation amiable avec le bailleur avant de saisir le tribunal. Une médiation peut éviter des frais d'expertise et une procédure longue. La plupart des litiges se règlent à l'amiable.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 2009 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, en 2004, la Cour de cassation avait jugé que les frais de l'expertise ordonnée pour évaluer l'indemnité d'éviction étaient des dépens de l'instance (Civ. 3e, 24 mars 2004, n° 02-20.711). Elle confirme ici que ces frais ne sont pas automatiquement à la charge du bailleur.

Plus récemment, la Cour a précisé que l'indemnité d'occupation due par le locataire pendant la procédure pouvait être fixée à un montant supérieur au loyer initial, pour inciter le locataire à quitter les lieux rapidement (Civ. 3e, 11 mai 2017, n° 16-14.413). Cela renforce la position du bailleur.

La tendance est donc à la protection du bailleur qui exerce son droit d'option de bonne foi, tout en laissant au juge un pouvoir d'appréciation pour sanctionner les abus. À l'avenir, on pourrait voir émerger des clauses contractuelles prévoyant le sort des frais d'expertise en cas de contestation, pour éviter tout litige.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

1. Quels frais sont à la charge du bailleur qui refuse le renouvellement ?
Uniquement les frais exposés par le locataire avant l'exercice du droit d'option (consultation d'avocat, état des lieux, etc.).

2. Puis-je contester l'indemnité d'éviction sans risquer de payer l'expertise ?
Oui, mais si vous perdez, le juge peut mettre les frais à votre charge. Il est préférable de négocier d'abord.

3. Quel est le délai pour exercer le droit d'option ?
3 mois à compter de la demande de renouvellement du locataire. Passé ce délai, le bail est renouvelé.

4. Que faire si le bailleur propose une indemnité dérisoire ?
Saisissez le tribunal. Le juge pourra condamner le bailleur aux dépens s'il estime que l'offre était abusive.

5. L'indemnité d'occupation est-elle due pendant toute la procédure ?
Oui, jusqu'à la libération des lieux. Son montant peut être fixé par le juge, souvent supérieur au loyer initial.

Checklist pour le bailleur :

  • ☐ Recevoir la demande de renouvellement du locataire.
  • ☐ Faire estimer la valeur du fonds par un expert.
  • ☐ Notifier son refus de renouvellement (droit d'option) dans les 3 mois.
  • ☐ Proposer une indemnité d'éviction motivée.
  • ☐ Conserver les justificatifs des frais exposés avant l'option.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quels frais sont à la charge du bailleur qui refuse le renouvellement du bail commercial ?

Seuls les frais exposés par le locataire avant l'exercice du droit d'option (comme les honoraires d'avocat pour préparer la demande de renouvellement) sont à la charge du bailleur. Les frais d'expertise engagés après, pour fixer l'indemnité d'éviction, sont des dépens de procédure qui peuvent être mis à la charge de la partie perdante.

Puis-je contester le montant de l'indemnité d'éviction sans risquer de payer l'expertise ?

Oui, mais si vous perdez, le juge peut mettre les frais d'expertise à votre charge. Il est conseillé de négocier d'abord un montant acceptable avec le bailleur, ou de consulter un avocat pour évaluer vos chances avant d'engager une procédure.

Quel est le délai pour exercer le droit d'option en tant que bailleur ?

Le bailleur doit notifier son refus de renouvellement dans les 3 mois suivant la demande de renouvellement du locataire. Passé ce délai, le bail est reconduit tacitement. Ce délai est impératif.

Que faire si le bailleur propose une indemnité d'éviction dérisoire ?

Vous pouvez saisir le tribunal pour faire fixer le montant. Le juge pourra condamner le bailleur aux dépens (frais d'expertise) s'il estime que l'offre était abusive, par exemple si elle est manifestement inférieure à la valeur réelle du fonds.

L'indemnité d'occupation est-elle due pendant toute la procédure ?

Oui, le locataire doit une indemnité d'occupation jusqu'à la libération effective des lieux. Son montant est fixé par le juge et peut être supérieur au loyer initial, pour inciter le locataire à partir rapidement.

Informations juridiques

  • Numéro: 08-15.741
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 16 septembre 2009

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Mont-de-Marsan refuse le renouvellement

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial de 100 m² à Mont-de-Marsan, souhaite récupérer les lieux pour y installer son activité. Sa locataire, une libraire, demande le renouvellement. M. Dupont exerce son droit d'option et propose une indemnité d'éviction de 40 000 €. La locataire conteste et une expertise est ordonnée pour 6 000 €.

Application pratique:

En vertu de la décision de 2009, les frais d'expertise sont des dépens de l'instance. Si la locataire perd (l'offre était correcte), elle devra payer les 6 000 €. M. Dupont doit conserver les justificatifs des frais exposés avant son refus (expert pré-option, avocat) qui, eux, restent à sa charge.

2

Locataire à Mimizan conteste l'indemnité

Mme Martin, locataire d'un local à Mimizan, reçoit une offre d'indemnité d'éviction de 25 000 € de son bailleur. Elle estime que son fonds vaut 50 000 € et saisit le tribunal. Une expertise est ordonnée à 4 500 €. Le juge fixe l'indemnité à 30 000 €.

Application pratique:

Mme Martin a partiellement gain de cause, mais pas totalement. Le juge peut décider de partager les frais d'expertise entre les parties, ou de les mettre à la charge de Mme Martin si elle est considérée comme la partie perdante sur le principal. Une négociation amiable aurait pu éviter ces frais.

3

Acquéreur d'un local commercial occupé

M. Legrand achète un local commercial à Mont-de-Marsan, occupé par un coiffeur. Le vendeur lui indique qu'il a déjà exercé son droit d'option et que le locataire conteste l'indemnité. Une expertise est en cours.

Application pratique:

M. Legrand doit vérifier le contrat de vente : qui supporte les frais d'expertise ? En principe, le vendeur reste engagé jusqu'à la fin de la procédure. Il peut être prudent de prévoir une clause de garantie ou de déduire les frais potentiels du prix d'achat.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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