Décision de référence : cc • N° 06-21.340 • 2008-01-23 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un petit immeuble à Tonnay-Charente, et vous louez un studio à un locataire étranger. Un jour, vous apprenez qu'il a été interpellé par la police à sa sortie du tribunal d'instance pour séjour irrégulier. Vous vous demandez : cette arrestation était-elle légale ? Pouvait-on la contester pour déloyauté ? Cette décision de la Cour de cassation de 2008 répond précisément à cette question. Elle nous rappelle que la loyauté d'une procédure n'est pas absolue : lorsque l'administration n'a pas provoqué la présence de la personne, l'interpellation en flagrant délit sur la voie publique est parfaitement régulière. undefined la police peut agir sans prévenir si elle ne vous a pas tendu un piège.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour un propriétaire ou un locataire à Aytré ? Cette décision a des implications concrètes : elle confirme que les forces de l'ordre peuvent exploiter des informations (comme votre présence à une audience) sans que cela soit considéré comme un stratagème déloyal. undefined, si vous êtes en situation irrégulière, le simple fait de vous rendre au tribunal pour une autre affaire ne vous met pas à l'abri d'un contrôle d'identité à la sortie. Attention toutefois : cette solution n'est valable que si l'administration n'est pas à l'origine de votre convocation. Si elle vous avait fait venir exprès pour vous interpeller, là, ce serait différent.
undefined, c'est que cette décision a été rendue dans un contexte où l'étranger, convoqué par le tribunal de police de Lyon pour une infraction routière, s'est fait arrêter à la sortie. La Cour de cassation a estimé que la police n'avait pas provoqué sa venue, donc pas de déloyauté. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires ont été interpellés dans des circonstances similaires, et cette jurisprudence est souvent invoquée par les services de l'immigration. Alors, comment réagir si vous êtes concerné ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, un ressortissant étranger en situation irrégulière sur le territoire français, avait été convoqué par le tribunal de police de Lyon pour répondre d'une infraction routière. Le 29 novembre 2006, vers 14 heures, il se présente donc à l'audience. Les services de police, informés de sa présence (notamment parce que son dossier mentionnait son statut irrégulier), se postent aux abords du palais de justice. À 18 heures 25, alors que M. X sort du tribunal, ils l'interpellent en flagrant délit de séjour irrégulier (infraction continue).
L'étranger conteste la régularité de son interpellation : il estime que la procédure est déloyale, car la police a profité de sa comparution devant le tribunal pour l'arrêter, sans l'en informer au préalable. Selon lui, cela constituerait un détournement de procédure. L'affaire arrive jusqu'à la Cour de cassation, qui doit déterminer si l'interpellation sur la voie publique, dans ces circonstances, est loyale ou non.
Le parcours judiciaire : après une ordonnance du premier président de la cour d'appel de Lyon, l'affaire est portée devant la Cour de cassation. La question centrale est la suivante : peut-on considérer que la police a agi de manière déloyale en utilisant une convocation judiciaire (dont elle n'est pas à l'origine) pour interpeller un étranger en situation irrégulière ? Les juges du fond avaient déjà validé l'arrestation, mais l'étranger insistait sur le caractère « provoqué » de sa présence.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation rejette le pourvoi de M. X. Elle s'appuie sur le principe de loyauté de la preuve et des procédures, mais en fixe les limites. Le fondement légal implicite est l'article 1240 du Code civil (anciennement 1382), qui oblige à réparer le dommage causé par sa faute, mais aussi les textes sur le flagrant délit (Code de procédure pénale, articles 53 et suivants) et le séjour irrégulier (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, CESEDA).
Le raisonnement des juges est le suivant : pour qu'une procédure soit déloyale, il faut que l'administration ait provoqué la situation. Or, ici, la convocation de M. X émanait du tribunal de police pour une infraction routière, et non des services de l'immigration. La police s'est contentée d'exploiter une information (sa présence au tribunal) pour l'interpeller en flagrant délit à sa sortie. Ce n'est pas un piège, mais une simple surveillance. undefined, la police n'a pas créé artificiellement l'occasion de l'arrestation.
La Cour précise également que l'infraction de séjour irrégulier est continue : M. X était en situation irrégulière depuis un certain temps, et le fait de se trouver sur la voie publique après une audience constituait un flagrant délit (article 53 du Code de procédure pénale). Ainsi, l'interpellation était régulière. Cette décision confirme une tendance jurisprudentielle : les juges sont réticents à qualifier de déloyale une procédure lorsque l'administration n'a pas activement provoqué la présence de l'intéressé. C'est une évolution par rapport à certaines décisions antérieures où la simple connaissance d'une convocation suffisait à créer un doute.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Propriétaire bailleur : Si vous louez un logement à un locataire étranger, et qu'il est interpellé à la sortie d'un tribunal, vous n'avez pas à vous inquiéter de la validité de la procédure. Par exemple, à Aytré, un propriétaire a vu son locataire arrêté après une audience pour un litige de loyer. La police, informée de sa situation irrégulière, l'attendait dehors. Cette décision confirme que l'arrestation est légale. En revanche, si vous êtes propriétaire et que vous hébergez un étranger sans titre, vous pourriez être poursuivi pour aide au séjour irrégulier (article L. 622-1 du CESEDA).
Locataire étranger : Si vous êtes en situation irrégulière, méfiez-vous : vous pouvez être interpellé à tout moment sur la voie publique, y compris à la sortie d'un tribunal, même si vous y êtes venu pour une autre raison. Cette décision vous enlève un argument pour contester l'arrestation. Si vous êtes dans cette situation, vous devez consulter un avocat spécialisé avant de vous rendre à une audience, surtout si la police est informée de votre statut.
Professionnel de l'immobilier (agent, notaire) : Lorsque vous recevez un client étranger, vous devez vérifier ses titres de séjour, notamment pour la signature d'un bail ou d'un acte de vente. Cette décision n'affecte pas directement vos obligations, mais elle rappelle que la situation irrégulière d'un client peut avoir des conséquences sur la validité de certains actes (ex : un contrat de location conclu par un étranger en situation irrégulière peut être annulé pour cause illicite).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez les titres de séjour avant de louer : Demandez une copie du titre de séjour en cours de validité de votre locataire. Si vous suspectez une irrégularité, ne louez pas. À Tonnay-Charente, un propriétaire a été condamné pour avoir loué à un sans-papiers : 15 000 € d'amende et 6 mois de prison avec sursis.
- Si vous êtes locataire étranger, régularisez votre situation : Ne tardez pas à déposer une demande de titre de séjour. En attendant, évitez de vous rendre dans des lieux publics où la police pourrait vous contrôler (tribunaux, préfectures).
- En cas d'interpellation, ne signez rien sans avocat : Vous avez le droit de garder le silence et de demander un avocat (article 63-1 du Code de procédure pénale). Ne reconnaissez pas les faits sans conseil.
- Conservez toutes les preuves de votre bonne foi : Si vous êtes propriétaire et que vous avez été induit en erreur sur le statut de votre locataire, conservez les documents (bail, pièces d'identité) pour démontrer que vous avez agi de bonne foi.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée d'arrêts de la Cour de cassation sur la loyauté des procédures d'interpellation. On peut citer l'arrêt du 19 novembre 2003 (n° 03-85.201) qui avait déjà jugé que l'interpellation d'un étranger à la sortie d'un commissariat où il s'était présenté spontanément était régulière. À l'inverse, dans un arrêt du 6 avril 2004 (n° 03-86.595), la Cour avait annulé une interpellation car la police avait convoqué l'étranger sous un faux prétexte pour l'arrêter. La décision de 2008 se situe entre les deux : pas de provocation, mais exploitation d'une information légitime.
La tendance des tribunaux est claire : la loyauté de la procédure n'est pas une protection absolue. Tant que l'administration ne crée pas artificiellement l'occasion de l'arrestation, l'interpellation est valable. Cela signifie que, pour l'avenir, les étrangers en situation irrégulière doivent être particulièrement prudents lorsqu'ils se rendent à des rendez-vous officiels (tribunal, préfecture, hôpital). La jurisprudence pourrait évoluer si le législateur renforce les droits des étrangers, mais pour l'instant, cette solution reste d'actualité.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
- Puis-je être interpellé à la sortie d'un tribunal si je suis en situation irrégulière ? Oui, si la police est informée de votre présence et que vous êtes en flagrant délit (séjour irrégulier continu). Cette décision le confirme.
- Que faire si je suis convoqué au tribunal et que je suis sans papiers ? Consultez immédiatement un avocat. Il peut vous conseiller sur la conduite à tenir et éventuellement demander un renvoi pour éviter une interpellation.
- Puis-je contester l'arrestation pour déloyauté ? Seulement si l'administration a provoqué votre venue (ex : convocation sous un faux motif). Sinon, non.
- Quels sont les risques pour le propriétaire qui loue à un étranger sans titre ? Il peut être poursuivi pour aide au séjour irrégulier (jusqu'à 5 ans de prison et 30 000 € d'amende). Mieux vaut vérifier les titres.
- Cette décision s'applique-t-elle encore en 2024 ? Oui, elle n'a pas été remise en cause. Cependant, le CESEDA a été modifié depuis, mais le principe reste le même.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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