Décision de référence : cc • N° 15-19.091 • 2016-10-20 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : à Parentis-en-Born, un couple vit ensemble depuis plusieurs années dans un logement HLM. Le locataire titulaire du bail décède brutalement. Le concubin survivant, qui partageait le quotidien du défunt, souhaite rester dans les lieux. Mais l'organisme HLM lui oppose un refus : il n'a pas de titre de séjour régulier. Que faire ? Cette question, des centaines de familles la posent chaque année aux professionnels de l'immobilier. La réponse est venue de la Cour de cassation (la plus haute juridiction française) le 20 octobre 2016, dans un arrêt qui a fait date. Décryptage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, locataire d'un logement appartenant à un organisme d'habitations à loyer modéré (HLM) – la société Coopération – vivait en concubinage notoire (c'est-à-dire une vie de couple stable et publique) avec Mme Y. Ensemble, ils occupaient le logement depuis plusieurs années. À son décès, Mme Y demande le transfert du bail à son nom, comme le prévoit l'article 40 de la loi du 1er septembre 1948 pour les logements HLM : le concubin ou le partenaire de Pacs qui vivait avec le locataire depuis au moins un an peut bénéficier du bail. Mais l'organisme HLM refuse, au motif que Mme Y ne justifie pas de la régularité de son séjour en France (elle est de nationalité étrangère). Le litige commence. Mme Y saisit le tribunal d'instance, qui lui donne raison. L'organisme fait appel : la cour d'appel confirme. Pour les juges, la condition de vie commune d'au moins un an est remplie, et la loi ne subordonne pas le transfert à la régularité du séjour. L'organisme se pourvoit en cassation. Rebondissement : la Cour de cassation rejette le pourvoi, validant la solution. Désormais, les concubins en situation irrégulière peuvent, sous certaines conditions, rester dans le logement HLM après le décès du locataire.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 40 de la loi du 1er septembre 1948, qui dispose : « Lorsque le locataire d'un logement appartenant à un organisme d'habitations à loyer modéré décède, le contrat de location est transféré de plein droit au conjoint survivant, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou au concubin notoire qui vivait effectivement avec lui depuis au moins un an à la date du décès. » undefined le texte pose deux conditions : (1) être concubin notoire, (2) avoir vécu avec le locataire depuis au moins un an. Il ne mentionne aucune condition de régularité du séjour. La Cour considère que les juges du fond ont fait une exacte application de la loi : ils ont vérifié que la concubine vivait bien avec le locataire depuis plus d'un an, et ils n'avaient pas à exiger un titre de séjour. La société HLM argumentait que la loi du 1er septembre 1948 doit être combinée avec le code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui subordonne certains droits à la régularité du séjour. Mais la Cour écarte cet argument : le transfert du bail est un droit autonome, qui ne se confond pas avec un droit au séjour. Attention toutefois : cette décision ne crée pas un droit au séjour ; elle permet seulement de conserver le logement. Le concubin reste soumis aux règles de l'immigration pour son titre de séjour, mais cela n'affecte pas son droit au bail. undefined, c'est que cette solution s'inscrit dans une tendance protectrice des concubins et partenaires, même en situation irrégulière, pour éviter qu'ils ne se retrouvent à la rue après un décès.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les locataires HLM : si vous vivez en concubinage notoire avec une personne de nationalité étrangère sans titre de séjour, vous pouvez être rassuré : votre concubin pourra bénéficier du transfert du bail à votre décès, sous réserve de justifier d'un an de vie commune. Pour les concubins survivants : vous n'avez pas à prouver la régularité de votre séjour pour conserver le logement. En revanche, vous devez démontrer la notoriété du concubinage (par exemple, attestations de voisins, factures communes, etc.). Exemple concret : à Tarnos, une dame de 65 ans vivait depuis trois ans avec son compagnon, locataire d'un HLM. À son décès, l'office HLM lui refuse le transfert car elle est en situation irrégulière. Grâce à cet arrêt, elle peut saisir le tribunal pour faire valoir ses droits. Si elle prouve la vie commune d'au moins un an, le juge ordonnera le transfert. En pratique, les organismes HLM ont souvent tendance à exiger un titre de séjour. Mais cette décision leur interdit. Si vous êtes dans cette situation, vous devez : (1) rassembler les preuves de la vie commune (quittances de loyer, attestations, courriers), (2) écrire à l'organisme en citant l'arrêt, (3) en cas de refus, saisir le juge des contentieux de la protection (ex-tribunal d'instance). Pour les propriétaires bailleurs privés : cette décision ne s'applique qu'aux HLM. Pour les logements privés, le transfert du bail aux concubins est régi par la loi du 6 juillet 1989, qui exige également une vie commune d'au moins un an, mais ne pose pas non plus de condition de séjour régulier. undefined, la solution pourrait être étendue par analogie, mais ce n'est pas encore tranché.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Constituez un dossier de preuves dès le début de la vie commune : conservez les factures d'énergie, les quittances de loyer, les relevés bancaires conjoints, les attestations de voisins et de proches. Tout document démontrant une vie commune effective et notoire.
- Déclarez votre concubinage à l'organisme HLM : informez par écrit le bailleur que vous vivez en concubinage avec le locataire. Certains organismes acceptent d'ajouter le concubin comme co-titulaire du bail, ce qui évite tout litige en cas de décès.
- En cas de refus, ne tardez pas à agir : le délai pour contester un refus de transfert est de deux ans à compter du décès (délai de prescription). Saisissez le tribunal des contentieux de la protection dans les meilleurs délais.
- Consultez un avocat spécialisé : chaque situation est unique. Un avocat pourra vous aider à rassembler les preuves, rédiger les courriers et engager une procédure si nécessaire. Ne tentez pas de négocier seul avec un organisme HLM parfois réticent.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision confirme une tendance déjà amorcée par la Cour de cassation. Dans un arrêt du 26 janvier 2012 (n° 10-27.470), la Cour avait déjà jugé que le concubin notoire n'avait pas à justifier de sa situation administrative pour bénéficier du transfert du bail d'un logement HLM. En revanche, pour les logements du parc privé, la question est moins claire. La loi du 6 juillet 1989 ne mentionne pas non plus de condition de séjour, mais certains tribunaux ont pu exiger un titre de séjour pour les concubins étrangers. Ce que cela signifie pour l'avenir : la tendance des tribunaux est à la protection du logement familial, indépendamment de la situation administrative des occupants. Il est probable que la Cour de cassation étende cette solution aux baux privés si la question se présente. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des concubins en situation régulière se sont vu refuser le transfert sous prétexte qu'ils n'avaient pas de titre de séjour. Cet arrêt est une arme précieuse pour faire valoir leurs droits.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ :
1. Suis-je concerné si je suis en situation irrégulière ? Oui, dès lors que vous êtes concubin notoire et que vous viviez avec le locataire depuis au moins un an au moment de son décès. La régularité de votre séjour est indifférente.
2. Comment prouver la vie commune d'au moins un an ? Par tous moyens : quittances de loyer à vos deux noms, attestations de voisins, factures d'énergie, relevés bancaires communs, déclarations fiscales communes, etc.
3. Que faire si l'organisme HLM refuse le transfert ? Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception en citant l'arrêt de la Cour de cassation du 20 octobre 2016. En cas de refus persistant, saisissez le juge des contentieux de la protection dans les deux ans suivant le décès.
4. Cette décision s'applique-t-elle aux logements privés ? Pas directement, mais le raisonnement pourrait être utilisé. Pour les baux privés, la loi du 6 juillet 1989 ne subordonne pas non plus le transfert à la régularité du séjour. Si un litige survient, il est conseillé de se référer à cet arrêt.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, intervient dans toute la France.
→ Avocat bail commercial & droit immobilier |
→ Tous nos articles juridiques

