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ISF et démembrement de propriété : aucun abattement possible
Droit Immobilier

ISF et démembrement de propriété : aucun abattement possible

📅 Décision du 20 mars 2007⚖️ Cour de cassation📖 3 min de lecture

ISF et démembrement de propriété : aucun abattement possible

Démembrement de propriété et ISF : une règle stricte confirmée par la Cour de cassation

Lorsqu'un bien immobilier fait l'objet d'un démembrement de propriété (usufruit et nue-propriété), aucun abattement ne peut être appliqué pour tenir compte de cette division lors du calcul de l'impôt de solidarité sur la fortune. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 20 mars 2007 (Cass. com., 20 mars 2007, n°05-16.751), qui fait toujours référence pour les praticiens du droit immobilier et patrimonial.

La situation : un démembrement qui ne change rien à l'assiette de l'ISF

L'affaire portait sur l'application de l'article 885 G du code général des impôts (CGI), relatif à l'ancien impôt de solidarité sur la fortune. Un contribuable détenant un bien démembré avait tenté de faire valoir que la nue-propriété ou l'usufruit, pris isolément, avait une valeur inférieure à la pleine propriété, et qu'un abattement devait donc s'appliquer pour refléter cette décote. La Cour de cassation a fermement écarté cette interprétation.

Ce que dit la loi : pas d'abattement lié au démembrement

Selon la Haute juridiction, l'article 885 G du CGI a précisément pour objet de faire obstacle à la prise en compte du démembrement de propriété pour la détermination de l'assiette de l'ISF. Concrètement, cela signifie que :

  • Le bien démembré est en principe réintégré dans le patrimoine de l'usufruitier pour sa valeur en pleine propriété ;
  • Aucun abattement ne peut être appliqué au seul motif que la propriété est partagée entre un usufruitier et un nu-propriétaire ;
  • Cette règle vise à empêcher les montages destinés à minorer artificiellement l'assiette taxable grâce au démembrement.

Cette solution s'inscrit dans une logique constante : le législateur a voulu éviter que le démembrement, souvent utilisé dans une optique de transmission patrimoniale, ne devienne également un outil d'optimisation fiscale pour l'ISF.

Points à retenir pour les propriétaires concernés

  • Si vous détenez un bien immobilier démembré, vérifiez comment il est intégré dans votre assiette taxable avant toute déclaration ;
  • Conservez l'intégralité des actes notariés et documents relatifs au démembrement (donation, succession, convention d'usufruit) ;
  • Ne vous fiez pas à des montages présentés comme des solutions d'abattement automatique : la jurisprudence est constante sur ce point ;
  • Un conseil préventif, notamment avant une opération de démembrement, coûte toujours moins cher qu'un redressement fiscal ultérieur.

Questions fréquentes

Le démembrement de propriété permet-il de réduire l'assiette de l'ISF ?

Non. Depuis cet arrêt du 20 mars 2007, il est établi que l'article 885 G du CGI interdit tout abattement fondé sur le seul fait que la propriété est démembrée entre usufruitier et nu-propriétaire.

Cette règle s'applique-t-elle aussi à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) ?

L'arrêt concerne l'ancien ISF, mais le principe d'intégration du bien démembré dans le patrimoine de l'usufruitier, sans abattement de principe, reste une référence pour comprendre la logique fiscale appliquée aujourd'hui à l'IFI, sous réserve des dispositions spécifiques prévues par le CGI.

Existe-t-il des exceptions à cette interdiction d'abattement ?

L'article 885 G du CGI prévoit certains cas particuliers, notamment lorsque le démembrement résulte de l'application de la loi (par exemple en matière de succession légale). Hors de ces hypothèses encadrées, aucun abattement discrétionnaire ne peut être invoqué.

Le traitement fiscal du démembrement de propriété reste une source fréquente de contentieux, tant les enjeux patrimoniaux peuvent être importants. Avant toute opération de donation, de succession ou de structuration patrimoniale impliquant un usufruit, il est recommandé de sécuriser son dossier. Pour une analyse personnalisée de votre situation, le cabinet de Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, peut vous accompagner.

Informations juridiques

  • Numéro: 05-16.751
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 20 mars 2007

Mots-clés

droit immobilierjurisprudenceimmobilier

Cas d'usage pratiques

1

Démembrement viager pour réduire l'ISF/IFI

Un retraité de Bordeaux, 72 ans, donne la nue-propriété d'un appartement de 400 000 € à sa fille tout en conservant l'usufruit, pensant ainsi déclarer une valeur réduite au titre de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Son patrimoine immobilier total avant cette opération dépassait 1,4 million d'euros.

Application pratique:

La décision de la Cour de cassation du 20 mars 2007 (n°05-16.751) rappelle que l'article 885 G du CGI impose à l'usufruitier de déclarer la valeur du bien en PLEINE PROPRIÉTÉ, sans aucun abattement lié au démembrement, lorsque c'est lui qui reste redevable de l'impôt. Ce retraité doit donc déclarer les 400 000 € en totalité à l'IFI et non une valeur réduite de l'usufruit. Il doit vérifier avec un conseil si son démembrement entre dans les exceptions légales (démembrement issu d'une succession avec conjoint survivant, etc.) avant de corriger sa déclaration, sous peine de rectification fiscale avec intérêts de retard.

2

Achat en nue-propriété : anticiper la fiscalité IFI

Un cadre parisien de 45 ans envisage d'acheter la nue-propriété d'un bien locatif à Lyon pour 250 000 €, un vendeur institutionnel conservant l'usufruit pendant 15 ans, afin d'alléger sa base taxable à l'IFI pendant la durée du démembrement.

Application pratique:

Grâce à cette jurisprudence, l'acheteur doit comprendre que l'article 885 G du CGI ne vise que les démembrements résultant d'une donation ou d'un acte entre les redevables de l'impôt et leurs proches : un achat en nue-propriété auprès d'un tiers (type SCPI de démembrement) reste hors du champ de cette règle anti-abus, et seul l'usufruitier déclare le bien pendant la durée du démembrement. Il doit faire vérifier par son notaire la nature exacte du montage avant signature pour s'assurer qu'il ne sera pas requalifié. Conserver l'acte de vente et le contrat de démembrement pendant toute la durée de l'opération est essentiel en cas de contrôle fiscal.

3

Succession avec usufruit du conjoint survivant et IFI

Une veuve de Marseille, 68 ans, hérite de l'usufruit de la résidence principale familiale (valeur en pleine propriété : 600 000 €) suite au décès de son mari, ses deux enfants recevant la nue-propriété, et s'interroge sur le montant à déclarer à l'IFI cette année.

Application pratique:

Conformément à l'arrêt du 20 mars 2007 et à l'article 885 G du CGI, en tant qu'usufruitière elle doit en principe déclarer la valeur totale en pleine propriété du bien, soit 600 000 €, sans abattement pour démembrement. Elle doit toutefois vérifier l'exception légale applicable aux démembrements successoraux résultant de l'article 757 ou 1094-1 du code civil (usufruit légal du conjoint survivant), qui peut permettre une déclaration au titre de la seule valeur de l'usufruit. Il est recommandé de rassembler l'acte de notoriété et l'attestation immobilière de succession, puis de consulter un avocat fiscaliste avant la prochaine déclaration IFI pour sécuriser le bon régime applicable et éviter tout redressement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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