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Liquidation judiciaire d'un avocat associé : quand le passif ancien resurgit
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Liquidation judiciaire d'un avocat associé : quand le passif ancien resurgit

📅 Décision du 09 Februar 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 17 vues📖 4 min de lecture

Die Cour de cassation präzisiert, dass ein Anwalt, der einer Société d'exercice libéral (SEL) beitritt, seine Tätigkeit als Einzelanwalt einstellt. Die Gläubiger haben ein Jahr nach dieser Einstellung Zeit, um seine Liquidation judiciaire für frühere berufliche Schulden zu beantragen.

Décision de référence : cc • N° 08-17.144 • 2010-02-09 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Lesneven, un avocat installé depuis vingt ans décide de rejoindre une société d'exercice libéral (SEL) à Morlaix. Il pensait tourner la page, laisser derrière lui les dettes accumulées lors de son activité individuelle. Mais un créancier, le fisc, frappe à sa porte un an et demi plus tard. Peut-il encore être poursuivi ? La question, cruciale pour tout professionnel libéral qui change de structure, a trouvé une réponse ferme de la Cour de cassation en 2010.

Cette décision intéresse au premier chef les avocats, mais aussi tous les indépendants qui envisagent de s'associer. Elle fixe une règle simple : quand on cesse d'exercer à titre individuel, on devient un « professionnel en cessation d'activité ». Dès lors, le délai d'un an pour déclencher une liquidation judiciaire court à compter de cette date. Passé ce délai, le passif antérieur ne peut plus justifier une procédure collective contre l'ancien indépendant.

Alors, que faire si vous êtes créancier d'un professionnel qui a changé de forme juridique ? Et si vous êtes ce professionnel, comment vous protéger ? Plongeons dans les détails de cet arrêt qui a clarifié un point souvent obscur du droit des entreprises en difficulté.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, avocat à Brest, exerçait depuis 1985 à titre individuel. En juin 2007, il devient associé d'une société d'exercice libéral (SEL) basée à Morlaix. Il cesse alors de percevoir des honoraires à titre personnel, n'a plus de clientèle propre et n'est plus assujetti à la taxe professionnelle (ancêtre de la contribution économique territoriale). Bref, son activité individuelle s'arrête net.

Mais le passé le rattrape. Le service des impôts des entreprises de Paris lui réclame un arriéré de TVA et d'impôt sur les sociétés d'environ 45 000 €, dettes nées avant juin 2007. En janvier 2009, soit 19 mois après la cessation d'activité individuelle, le fisc assigne M. X en liquidation judiciaire devant le tribunal de commerce. L'avocat oppose le délai d'un an prévu par l'article L. 640-5 du code de commerce (qui fixe à un an après la cessation d'activité le délai pour qu'un créancier demande l'ouverture d'une liquidation judiciaire). La cour d'appel de Rennes rejette cet argument : selon elle, un avocat exerce une profession libérale indépendante, et le fait de passer d'une activité individuelle à une société ne constitue pas une cessation d'activité. M. X se pourvoit en cassation.

Le débat juridique est donc tranché : la cessation d'activité individuelle, au sens du droit des procédures collectives, a-t-elle eu lieu ? La Cour de cassation va répondre par l'affirmative, cassant l'arrêt d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur trois textes clés du code de commerce : l'article L. 640-2 (qui définit les personnes pouvant être soumises à une liquidation judiciaire, notamment tout commerçant ou personne exerçant une activité professionnelle indépendante), l'article L. 640-3 (qui fixe les conditions d'ouverture de la procédure) et l'article L. 640-5 (qui prévoit qu'après cessation d'activité, un créancier ne peut assigner que dans l'année). Elle les combine avec les articles 20 à 22 du décret n° 93-492 du 25 mars 1993 sur les sociétés d'exercice libéral d'avocats (SEL).

Le cœur du raisonnement est simple : un avocat qui devient associé d'une SEL n'agit plus en son nom propre. Il exerce ses fonctions au nom et pour le compte de la société. Il n'a donc plus d'activité professionnelle indépendante. La cour d'appel avait tort de dire que la profession d'avocat est « une profession libérale et indépendante dont l'exercice au sein d'une SEL n'est qu'une modalité ». La Cour de cassation rétorque que la forme sociale change la nature de l'exercice : l'avocat cesse d'être un indépendant pour devenir un salarié ou un associé, ce qui rompt le lien avec l'activité antérieure.

Cette décision confirme une interprétation stricte de la notion de cessation d'activité. Elle s'inscrit dans une jurisprudence constante : toute modification substantielle du mode d'exercice (passage d'indépendant à société, cessation pure et simple, etc.) fait courir le délai d'un an pour les créanciers. Les juges ne font pas de différence selon que l'avocat continue à plaider ou non : ce qui compte, c'est la structure juridique.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les avocats et autres professionnels libéraux (architectes, experts-comptables, médecins) qui envisagent de s'associer : cette décision est une épée de Damoclès. Si vous avez des dettes professionnelles antérieures, vous devez savoir que vos créanciers n'ont qu'un an pour vous poursuivre après votre départ en société. Passé ce délai, ils ne peuvent plus demander votre liquidation judiciaire sur la base de ce passif.

Prenons un exemple concret : Maître Y, avocat à Morlaix, a un arriéré de loyers professionnels de 12 000 € datant de son activité individuelle. Il rejoint une SEL le 1er mars 2024. Son bailleur doit l'assigner en liquidation avant le 1er mars 2025. S'il ne le fait pas, la dette existe toujours, mais elle ne pourra pas servir de fondement à une procédure collective contre Maître Y à titre personnel. Le bailleur devra agir contre la SEL ou recouvrer par d'autres voies.

Pour les créanciers (fournisseurs, banques, fisc) : soyez vigilants. Dès que vous apprenez qu'un débiteur a changé de forme juridique, vérifiez la date exacte de cessation d'activité individuelle. Si plus d'un an s'est écoulé, vous ne pouvez plus déclencher de liquidation judiciaire à son encontre pour les dettes antérieures. Vous devrez vous retourner contr

Questions fréquentes

Un créancier peut-il me poursuivre après un an si j'ai caché ma cessation d'activité ?

Non, le délai d'un an est absolu, sauf en cas de fraude. La simple omission ne suffit pas à le prolonger.

Mon associé dans la SEL peut-il être inquiété pour mes dettes personnelles ?

Non, les dettes personnelles antérieures restent vôtres. La société n'en répond pas.

Que faire si un créancier m'assigne après le délai d'un an ?

Soulevez immédiatement la fin de non-recevoir tirée du dépassement du délai. Consultez un avocat.

Le délai d'un an court-il à compter de l'inscription au RCS de la SEL ?

Oui, généralement la cessation d'activité individuelle coïncide avec la date d'effet de la société.

Puis-je être radié du barreau si je ne déclare pas ma cessation d'activité ?

Non, mais vous risquez des sanctions disciplinaires. Mieux vaut régulariser.

Informations juridiques

  • Numéro: 08-17.144
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 09 février 2010

Mots-clés

liquidation judiciaireavocat associésociété d'exercice libéralcessation d'activitédélai d'un an

Cas d'usage pratiques

1

Avocat individuel rejoignant une SEL avec des dettes fiscales

Maître X, avocat à Lesneven, a 45 000 € de dettes de TVA. Il devient associé d'une SEL à Morlaix en juin 2023. Le fisc l'assigne en liquidation judiciaire en août 2024.

Application pratique:

Grâce à cet arrêt, Maître X peut opposer le délai d'un an : l'assignation est tardive. Il doit fournir la preuve de sa cessation d'activité (radiation fiscale, statuts de la SEL). Le tribunal de commerce de Brest rejettera la demande.

2

Créancier d'un architecte passé en société

Un fournisseur de matériaux réclame 8 000 € à un architecte qui a créé une SEL en mars 2024. Il apprend le changement en novembre 2024.

Application pratique:

Le fournisseur doit agir avant mars 2025. Il peut consulter le Bodacc pour vérifier la date exacte. S'il assigne après, la procédure sera irrecevable. Il devra alors se tourner vers la SEL ou engager une action personnelle.

3

Particulier lésé par un avocat passé en SEL

Un client a versé 5 000 € d'honoraires à un avocat pour une affaire non traitée. L'avocat rejoint une SEL en janvier 2024. Le client s'en aperçoit en juin 2025.

Application pratique:

Le client est hors délai pour demander la liquidation judiciaire de l'avocat. Il peut agir en responsabilité civile contre l'avocat personnellement, mais pas déclencher une procédure collective. Il doit consulter rapidement un avocat pour d'autres voies.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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