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Marché à forfait : quand un simple devis ne suffit pas à fixer le prix des travaux
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Marché à forfait : quand un simple devis ne suffit pas à fixer le prix des travaux

📅 Décision du 25 avril 1972⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que pour qu'un contrat d'entreprise soit qualifié de marché à forfait, le devis doit expressément le mentionner. L'absence de cette mention, des travaux supplémentaires non prévus et des retraits sans application de l'article 1794 du Code civil empêchent cette qualification.

Décision de référence : cc • N° 72-12.629 • 1972-04-25 • Consulter la décision →

Vous venez de faire construire une extension à votre pavillon à Illkirch-Graffenstaden. Le devis initial était clair : 45 000 € pour les travaux de finition. Mais au fil du chantier, vous avez demandé quelques modifications : une prise électrique supplémentaire, un placard sur mesure, et finalement vous avez renoncé à une cloison. L'entrepreneur vous réclame aujourd'hui 12 000 € de plus que le devis. Vous pensiez que le prix était forfaitaire. Lui soutient que non. Qui a raison ?

Cette question, banale en apparence, est au cœur d'une décision de la Cour de cassation du 25 avril 1972 (n° 72-12.629). Les juges y précisent les conditions pour qu'un contrat d'entreprise soit qualifié de « marché à forfait » – c'est-à-dire un contrat où le prix est fixe et définitif, sauf exceptions très strictes. L'enjeu est énorme : si le marché est à forfait, l'entrepreneur ne peut pas réclamer de supplément ; dans le cas contraire, il peut facturer les travaux supplémentaires et les imprévus.

Dans cet arrêt, la Cour suprême valide le raisonnement des juges du fond qui avaient refusé la qualification de marché à forfait. Pourquoi ? Parce que le devis ne disait pas expressément qu'il s'agissait d'un marché à forfait, que des travaux non prévus figuraient sur un écrit de la main du maître d'ouvrage (le propriétaire), et que certains travaux avaient été retirés du marché sans appliquer les règles de l'article 1794 du Code civil. Décryptage complet de cette décision et de ses implications pour vous, propriétaires ou entrepreneurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Strasbourg, confie à un entrepreneur des travaux de finition de son pavillon. Un devis est établi, mais il ne porte pas la mention « marché à forfait ». Au cours du chantier, des travaux supplémentaires sont demandés par le propriétaire : ils sont notés sur un simple papier, de la main de l'épouse de M. X. Par ailleurs, certains travaux initialement prévus sont retirés, ce qui réduit le montant du devis. À la fin du chantier, l'entrepreneur présente une facture incluant les travaux supplémentaires. M. X refuse de payer, estimant que le prix était forfaitaire. L'entrepreneur l'assigne en paiement.

Le tribunal de grande instance de Strasbourg, puis la cour d'appel de Colmar, donnent raison à l'entrepreneur : ils estiment que le contrat n'est pas un marché à forfait. Pour les juges, l'absence de mention expresse sur le devis, la preuve écrite des travaux supplémentaires de la main du maître d'ouvrage, et le retrait de certains travaux sans application des règles de l'article 1794 (qui prévoit que le maître d'ouvrage peut résilier le marché à forfait en payant les travaux déjà faits et une indemnité) démontrent que les parties n'avaient pas entendu conclure un marché à forfait. M. X se pourvoit en cassation.

Il soutient que les juges auraient dû examiner plus complètement le papier manuscrit, et que les travaux supplémentaires ne correspondaient pas à des travaux non prévus. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi : les juges du fond ont souverainement apprécié les faits pour écarter la qualification de marché à forfait. L'arrêt est confirmé.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur les articles 1787 et 1794 du Code civil. L'article 1787 définit le contrat d'entreprise : une personne charge une autre d'exécuter un ouvrage moyennant un prix. L'article 1794, lui, concerne spécifiquement le marché à forfait : il permet au maître d'ouvrage de résilier unilatéralement le marché, même si l'ouvrage est déjà commencé, en payant à l'entrepreneur ses travaux, ses dépenses et une indemnité. Mais en contrepartie, le prix est fixe et ne peut être augmenté sauf accord écrit des deux parties pour des travaux supplémentaires.

Dans cette affaire, les juges du fond ont relevé trois éléments qui excluent le marché à forfait :

  • Absence de mention expresse sur le devis : le devis ne précisait pas qu'il s'agissait d'un marché à forfait. Pour la Cour, cette mention est un indice fort de la volonté des parties.
  • Travaux supplémentaires non prévus : des travaux ont été demandés oralement puis confirmés par un écrit de la main de la propriétaire. Cet écrit ne faisait pas référence au devis initial et ne modifiait pas le contrat en respectant les formes d'un avenant.
  • Retrait de travaux sans application de l'article 1794 : certains travaux ont été retirés du marché, ce qui a diminué le montant du devis. Or, dans un marché à forfait, tout retrait devrait suivre la procédure de l'article 1794 (résiliation partielle avec indemnisation). Les parties n'ont pas suivi cette règle.

La Cour de cassation valide ce raisonnement : les juges du fond ont souverainement estimé que le contrat ne présentait pas les caractères d'un marché à forfait. Il s'agit d'une décision de principe qui rappelle que la qualification de marché à forfait ne se présume pas. Elle doit résulter de la volonté claire et non équivoque des parties.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques immédiates, que vous soyez propriétaire, locataire (qui fait réaliser des travaux avec l'accord du bailleur), ou entrepreneur.

Pour le propriétaire bailleur : si vous confiez des travaux de rénovation dans un appartement à Strasbourg, et que l'entrepreneur vous présente un devis sans la mention « marché à forfait », méfiez-vous : le prix n'est pas définitif. Tout imprévu ou modification pourra être facturé en supplément. Exemple concret : vous faites refaire la plomberie dans un immeuble à Illkirch-Graffenstaden pour 8 000 €. En cours de chantier, vous demandez à déplacer un radiateur. L'entrepreneur vous facture 1 200 € supplémentaires. Sans clause de forfait, vous devrez payer.

Pour le locataire : si vous faites des travaux d'aménagement avec l'accord de votre bailleur, assurez-vous que le contrat précise qu'il s'agit d'un marché à forfait. Sinon, vous risquez de devoir payer des suppléments imprévus.

Pour l'entrepreneur : si vous voulez sécuriser votre rémunération et éviter les contestations, mentionnez clairement « marché à forfait » sur vos devis et contrats. Et en cas de modification, faites signer un avenant écrit qui précise les nouvelles conditions.

En pratique, retenez ceci : un devis seul ne suffit pas à créer un marché à forfait. Il faut une mention expresse, et toute modification doit être formalisée par écrit avec l'accord des deux parties.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez la mention « marché à forfait » sur le devis : avant de signer, vérifiez que le document précise clairement qu'il s'agit d'un marché à forfait. Cela vous protégera contre les demandes de supplément.
  • Formalisez toute modification par un avenant écrit : si vous demandez des travaux supplémentaires ou si vous en retirez, faites signer un avenant qui modifie le contrat initial. Ne vous contentez pas d'un accord oral ou d'un bout de papier.
  • Conservez tous les écrits : devis, avenants, courriers, mails. En cas de litige, ce sont vos meilleures preuves. La Cour de cassation insiste sur l'importance des écrits.
  • En cas de retrait de travaux, appliquez l'article 1794 : si vous supprimez des prestations, formalisez une résiliation partielle avec indemnisation de l'entrepreneur pour les travaux déjà faits et la perte de bénéfice. Cela évite les contestations.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1972 s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante. La Cour de cassation a réaffirmé à plusieurs reprises que la qualification de marché à forfait ne se présume pas (Civ. 3e, 12 mai 1999, n° 97-14.815). Elle exige que la volonté des parties soit claire et non équivoque. Ainsi, la simple remise d'un devis détaillé ne suffit pas ; il faut une mention expresse.

Toutefois, une évolution récente tend à assouplir cette rigueur dans certains cas. Par exemple, lorsque le devis est très précis et que les parties ont manifesté leur accord sur tous les postes, certains juges du fond peuvent considérer qu'il s'agit d'un forfait implicite. Mais cette position est minoritaire. La tendance majoritaire reste celle de 1972 : exiger une mention expresse.

Pour l'avenir, il est conseillé aux professionnels de toujours stipuler clairement le caractère forfaitaire du marché, sous peine de se voir opposer des demandes de supplément. Les propriétaires, eux, doivent être vigilants et ne pas hésiter à négocier cette mention.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Un devis signé vaut-il marché à forfait ? Non, pas automatiquement. Il faut que le devis mentionne expressément qu'il s'agit d'un marché à forfait, ou que les parties aient clairement manifesté leur volonté de fixer un prix définitif.
  • Que faire si l'entrepreneur réclame un supplément après la signature du devis ? Vérifiez si le devis mentionne « marché à forfait ». Si oui, refusez le supplément, sauf si vous avez signé un avenant. Sinon, le supplément est dû s'il correspond à des travaux non prévus ou à des imprévus.
  • Puis-je retirer des travaux du marché sans pénalité ? Dans un marché à forfait, le retrait est possible mais doit respecter l'article 1794 : vous devez indemniser l'entrepreneur. Dans un marché sans forfait, le retrait est libre mais peut donner lieu à des dommages-intérêts.
  • Quel est le délai pour contester un supplément ? En général, vous avez 5 ans à compter de la facture pour agir en justice (délai de droit commun). Mais il est préférable de contester rapidement, par écrit.
  • Dois-je payer les travaux supplémentaires demandés oralement ? Oui, si vous les avez demandés et qu'ils ont été réalisés. Mais sans écrit, il sera difficile de prouver leur contenu. Mieux vaut toujours un écrit.

En résumé : pour éviter les mauvaises surprises, faites préciser sur le devis « marché à forfait » et formalisez toute modification par avenant. Cette décision de 1972 reste d'actualité et vous protège si vous respectez ces règles.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un devis signé vaut-il marché à forfait ?

Non, pas automatiquement. Il faut que le devis mentionne expressément qu'il s'agit d'un marché à forfait, ou que les parties aient clairement manifesté leur volonté de fixer un prix définitif.

Que faire si l'entrepreneur réclame un supplément après la signature du devis ?

Vérifiez si le devis mentionne « marché à forfait ». Si oui, refusez le supplément, sauf si vous avez signé un avenant. Sinon, le supplément est dû s'il correspond à des travaux non prévus ou à des imprévus.

Puis-je retirer des travaux du marché sans pénalité ?

Dans un marché à forfait, le retrait est possible mais doit respecter l'article 1794 : vous devez indemniser l'entrepreneur. Dans un marché sans forfait, le retrait est libre mais peut donner lieu à des dommages-intérêts.

Quel est le délai pour contester un supplément ?

En général, vous avez 5 ans à compter de la facture pour agir en justice (délai de droit commun). Mais il est préférable de contester rapidement, par écrit.

Dois-je payer les travaux supplémentaires demandés oralement ?

Oui, si vous les avez demandés et qu'ils ont été réalisés. Mais sans écrit, il sera difficile de prouver leur contenu. Mieux vaut toujours un écrit.

Informations juridiques

  • Numéro: 72-12.629
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 avril 1972

Mots-clés

marché à forfaitdevistravauxcontrat d'entrepriseCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Illkirch-Graffenstaden : rénovation avec supplément contesté

Vous confiez la rénovation de votre cuisine à un entrepreneur pour 12 000 €. En cours de chantier, vous demandez oralement de changer le carrelage. L'entrepreneur vous facture 2 500 € de plus. Le devis ne mentionnait pas 'marché à forfait'.

Application pratique:

Vous devez payer le supplément car le contrat n'est pas à forfait. Pour l'éviter, exigez un avenant écrit avant toute modification. Si vous contestez, vous pouvez invoquer l'absence de devis complémentaire, mais vous risquez de perdre.

2

Entrepreneur à Strasbourg : devis clair mais contestation du client

Vous réalisez des travaux de plomberie pour un client. Votre devis détaillé de 8 000 € ne mentionne pas 'marché à forfait'. En cours de chantier, vous découvrez une canalisation défectueuse non prévue. Vous facturez 1 200 € de plus. Le client refuse.

Application pratique:

Vous êtes en droit de réclamer le supplément car le devis n'est pas à forfait. Pour sécuriser votre rémunération, ajoutez la mention 'marché à forfait' sur vos devis et prévoyez une clause pour les imprévus.

3

Locataire à Strasbourg : travaux d'aménagement avec accord du bailleur

Vous souhaitez poser une cloison dans votre appartement. Le bailleur accepte. Vous signez un devis de 2 500 € avec un artisan. Le devis ne mentionne pas 'marché à forfait'. L'artisan vous facture 500 € de plus pour des fournitures non prévues.

Application pratique:

En tant que locataire, vous êtes tenu de payer le supplément sauf si le contrat est à forfait. Pour éviter cela, faites préciser 'marché à forfait' sur le devis et demandez un avenant pour toute modification.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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