Décision de référence : cc • N° 78-91.984 • 1979-07-24 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d’un terrain, et un jour, vous découvrez que le maire de votre commune a signé un faux procès-verbal de bornage concernant la vente d’un terrain hospitalier. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation de 1979 répond à une question cruciale : comment garantir l’impartialité de la justice quand un élu est soupçonné d’avoir commis une infraction dans le cadre de ses fonctions ?
En l’espèce, un maire, agissant en tant qu’officier public, avait établi un document présenté comme un procès-verbal de bornage. Or, l’un des deux exemplaires produits ne mentionnait aucun bornage, et les délibérations de la commission administrative de l’hôpital vendeur n’en faisaient pas état. Le maire fut poursuivi pour faux en écriture publique. La question s’est posée de savoir par qui l’affaire devait être instruite.
La réponse de la Cour de cassation est claire : l’article 681 du Code de procédure pénale impose que, pour les crimes ou délits commis par un maire dans l’exercice de ses fonctions, la seule juridiction compétente pour l’instruction est la chambre d’accusation désignée par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Toute autre instruction est nulle. Une protection essentielle pour éviter les pressions locales.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Dans les années 1970, un maire fut soupçonné d’avoir fabriqué un faux procès-verbal de bornage. Le terrain en question appartenait à l’hôpital local, vendu par la commission administrative. Le bornage devait délimiter précisément les parcelles, mais voilà : l’un des deux exemplaires du procès-verbal ne mentionne aucun bornage, et les délibérations de la commission administrative de l’hôpital, pourtant vendeur, n’en font pas état.
Le parquet ouvre une information judiciaire. Mais la procédure est aussitôt contestée : le maire argue que l’instruction n’a pas été confiée à la chambre d’accusation désignée par la Cour de cassation, comme l’exige l’article 681 du Code de procédure pénale. En effet, ce texte spécial protège les maires (et certains autres élus) en centralisant l’instruction au niveau de la Cour de cassation pour éviter tout conflit d’intérêts local.
L’affaire monte jusqu’à la Cour de cassation, qui doit trancher : la nullité de la procédure est-elle encourue ? Le maire, bien que mis en cause pour un faux en écriture publique, est-il soumis à cette règle stricte ? Les juges du fond avaient suivi la procédure classique, mais la Cour de cassation va casser leur décision.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s’appuie sur l’article 681 du Code de procédure pénale. Ce texte prévoit que lorsqu’un maire (ou un autre élu listé) est susceptible d’être inculpé d’un crime ou d’un délit commis dans l’exercice de ses fonctions, l’instruction ne peut être confiée qu’à la chambre d’accusation spécialement désignée par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Pourquoi une telle règle ? Pour garantir l’impartialité : un juge d’instruction local pourrait être influencé par la notoriété ou les relations du maire.
La Cour précise que cette règle est d’ordre public : son inobservation entraîne une nullité absolue de la procédure. Peu importe que le maire ait pu bénéficier d’un procès équitable par ailleurs ; la simple violation de l’article 681 suffit à annuler tous les actes d’instruction.
En l’espèce, le maire était poursuivi pour faux en écriture publique, un délit commis dans l’exercice de ses fonctions (puisqu’il avait établi un acte administratif). L’article L. 115 du Code électoral n’était pas applicable (ce texte concerne d’autres cas), donc l’article 681 s’imposait. La Cour de cassation donne raison au maire : la procédure est nulle.
Cette décision est une application stricte du principe de séparation des pouvoirs et de protection des élus contre des poursuites abusives ou partiales. Elle confirme une jurisprudence constante depuis la loi du 5 janvier 1972 qui a modifié l’article 681.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire d’un terrain et que vous suspectez un élu local d’avoir commis un faux dans un document d’urbanisme, vous devez savoir que la procédure doit respecter des règles strictes. Si l’instruction est menée par un juge d’instruction classique, elle risque d’être annulée, et l’élu pourrait échapper à des poursuites pour vice de forme.
Pour un propriétaire bailleur : imaginez que le maire signe un permis de construire frauduleux pour un voisin, empiétant sur votre terrain. Si vous portez plainte, vérifiez que l’instruction est confiée à la chambre d’accusation compétente. Sinon, la procédure pourrait être nulle, et vous perdriez du temps.
Pour un acquéreur : si vous achetez un terrain et que le bornage est contesté car le maire aurait falsifié le procès-verbal, vous pouvez demander la nullité de la vente. Mais attention : si l’instruction est entachée de nullité, l’affaire peut traîner des années.
Pour un locataire : bien que moins concerné, si un élu local est impliqué dans une fraude au logement social, la même règle s’applique.
Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez contester la compétence du juge d’instruction dès le début de la procédure, en soulevant une exception de nullité. Le délai pour agir est avant toute défense au fond, sous peine de forclusion.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l’authenticité des documents administratifs : tout procès-verbal de bornage, permis de construire ou acte notarié doit être signé par une autorité compétente. En cas de doute, demandez une copie certifiée conforme.
- Consultez un avocat dès les premiers soupçons : un avocat spécialisé en droit immobilier peut vérifier la régularité de la procédure et soulever les nullités à temps.
- Exigez la désignation de la chambre d’accusation : si vous êtes mis en cause ou si vous portez plainte contre un élu, assurez-vous que le parquet sollicite la Chambre criminelle de la Cour de cassation pour désigner la chambre d’accusation compétente.
- Conservez tous les documents : dans une affaire de faux, la preuve est cruciale. Gardez les originaux des procès-verbaux, courriers et délibérations.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1979 s’inscrit dans une lignée protectrice des élus. On peut citer un arrêt de la Cour de cassation du 20 juin 1985 (n° 84-93.456) qui a étendu le même principe aux adjoints au maire agissant par délégation. En revanche, la Cour a restreint le champ de l’article 681 dans un arrêt de 1997 (n° 96-85.321) pour les infractions non liées aux fonctions.
La tendance récente est à un contrôle plus strict : la Cour de cassation n’hésite pas à annuler des procédures entières si la chambre d’accusation n’a pas été désignée. Pour les justiciables, cela signifie une protection renforcée contre des instructions partiales, mais aussi un risque de nullité technique qui peut faire échouer des poursuites légitimes.
À l’avenir, la réforme de la procédure pénale pourrait simplifier ces règles, mais pour l’instant, le principe reste d’actualité.
Récapitulatif et prochaines étapes
- Si vous êtes victime : portez plainte et exigez le respect de l’article 681. Si l’instruction est irrégulière, soulevez la nullité rapidement.
- Si vous ê

